5 ans après #Metoo, la société a-t-elle bougé ?

Des manifestants à Paris, le 24 novembre 2018, à l'occasion de la Journée internationale pour l'élimination de la violence à l'égard des femmes.
Des manifestants à Paris, le 24 novembre 2018, à l'occasion de la Journée internationale pour l'élimination de la violence à l'égard des femmes. ©AFP
Des manifestants à Paris, le 24 novembre 2018, à l'occasion de la Journée internationale pour l'élimination de la violence à l'égard des femmes. ©AFP
Des manifestants à Paris, le 24 novembre 2018, à l'occasion de la Journée internationale pour l'élimination de la violence à l'égard des femmes. ©AFP
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Le 5 octobre 2017 paraissait dans le New York Times une enquête sur des accusations de harcèlement sexuel contre le producteur Harvey Weinstein. Dix jours après, #MeToo surgissait. Des avancées sociales aux divisions du féminisme : en France, quels acquis et perspectives de ce phénomène mondial ?

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Parti des Etats-Unis, le phénomène est rapidement devenu mondial par l’intermédiaire des réseaux sociaux. Car l’affaire Weinstein, comme l’a écrit une de nos invitées, n’est pas une simple anecdote mais a touché tous les membres de nos sociétés et tous les domaines d’activité sans exception. Chacune et chacun a dû s’interroger sur son attitude sociale, ses rapports de séduction, la question du désir et de domination.

Quelles ont été les formes qu’ont prises ces interrogations ? Sont-elles parvenues à réconcilier des points de vue antagonistes ? Les craintes de fracture entre sexes émises il y a cinq ans, se sont elles confirmées ?

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Pour en débattre, Emmanuel Laurentin reçoit Belinda Cannone, écrivain, maîtresse de conférences en lettres modernes à l’université de Caen-Normandie, Laure Murat, historienne et essayiste, professeure de littérature à la University of California Los Angeles, Fabrice Virgili, historien, directeur de recherche au CNRS, travaille sur les questions de violences et de genre.

Cinq ans de discussions

"Ce qui me frappe" confie Laure Murat, "c'est que maintenant, c'est absolument intégré : il n'y a pas un jour, ne disons pas une semaine où dans la presse, dans les réflexions, dans les échanges qu'on peut avoir avec même des inconnus, pas un jour où ces questions centrales de consentement, d'impunité, de rapports hommes femmes, ne soient pas au cœur des conversations. Je ne connais pas beaucoup de mouvements qui ont eu un impact aussi profond et aussi long".

Si une chose a indéniablement changé depuis le début du mouvement #MeToo, c’est la place du sujet des violences sexistes et sexuelles, ou du féminisme, dans les discussions. Comme un raz-de-marée qui balaye tout sur son passage, puis l’eau se retirant, dévoilant ce qui est resté debout, et ce qu’il faut reconstruire. Mais comment, avec quoi, par qui, où ? Des questions qui sont partout, jusqu’au cœur de celle.ux qui se revendiquent féministes, comme le rappelle Belinda Cannone : "il y a des clivages qui se sont fait sentir entre des féministes. D’un côté, des féministes qui continuent à penser qu'il faut en passer par les institutions, modifier les institutions, mais se servir d'elles pour faire avancer la société. Et de l’autre, des féministes qui pensent qu'on se casse et qu'on n'a rien à leur dire et qu'il faut envahir les commissariats, les tribunaux. Il n'y a rien à sauver dans les institutions françaises". Pourtant, si le mouvement a été un électrochoc inouï, "la question du harcèlement et du harcèlement sexuel est posée dès le XIXᵉ siècle" explique Fabrice Virgili, "peut-être même avant d'ailleurs. Mais dans ces mots-là, dès le XIXᵉ siècle. Tout arrive, certes, mais après un temps tellement long pour faire bouger les choses. Je pourrais citer un texte d’Adelheid Popp, une jeune Autrichienne qui a écrit un livre qui s'appelle Jeunesse ouvrière, dans lequel elle raconte ce quotidien des jeunes femmes ouvrières harcelées sexuellement".

Alors parler de tout cela est peut-être à la fois le seul consensus et le seuil des désaccords. Belinda Cannone explique ainsi que d’après iel, "malheureusement, en face de la libération de la parole des femmes, il y balance ton porc, et là on n'est plus dans la libération de la parole des femmes, on est dans la dénonciation des hommes. On est en train d'entrer dans des domaines compliqués". Tandis que pour Laure Murat, il n’y a pas de compromis possible car "il faut comprendre que les femmes ont subi des choses tellement épouvantables depuis des centaines et des centaines d'années, que tout d'un coup, la parole non seulement est libérée, mais elle est écoutée". Patrice Virgili n’a "pas l'impression que balance ton porc soit une accusation et une dénonciation des hommes, mais bien de la violence des hommes ou d'une partie des hommes. Et tout ce qui peut l'accompagner comme discours symbolique, qui va l'autoriser ou la croire possible et légitime pour un certain nombre d'hommes".

Consentir ou concourir ?

Pour Belinda Cannone,"quand on parle du désir et des relations amoureuses et sexuelles on parle tout le temps du consentement des femmes et évidemment que le consentement c'est la base absolue de toute relation. Mais est-ce qu'on peut parler d'autre chose ? Est-ce qu'on peut parler de prise d'initiative des femmes ? Est-ce qu'on peut présenter les femmes comme des sujets expressifs de leurs désirs et pas seulement comme des êtres qui consentent ou pas ? C'est ça qui me chagrine un peu. C'est toujours de déplacer la question dans le sens d'une passivité des femmes, dans le sens d'une victimisation des femmes".* Bien que le terme soit au cœur des débats depuis un certain temps, aucun autre n’est parvenu à le supplanter et c’est bien ce mot que l’on trouve dans la loi. De plus, Patrice Virgili rappelle que "l'évolution dans le droit ne se traduit pas automatiquement, immédiatement, par une évolution dans les mentalités, mais y contribue néanmoins". En somme, Laure Murat prenant l’exemple de l’écologie, défend que "cinq ans, en effet, ce n’est rien du tout et c'est le début d'une énorme réforme qui doit évidemment toucher au premier chef les mentalités. Mais on ne change pas les mentalités à moins de 30, 40 ou 50 ans".

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