Abus sexuels dans l'Église : quelles réparations pour les victimes ?

Rapport Sauvé : au moins 216.000 mineurs victimes d'abus sexuels dans l'Eglise depuis 1950
Rapport Sauvé : au moins 216.000 mineurs victimes d'abus sexuels dans l'Eglise depuis 1950 ©Getty - Pascal Deloche
Rapport Sauvé : au moins 216.000 mineurs victimes d'abus sexuels dans l'Eglise depuis 1950 ©Getty - Pascal Deloche
Rapport Sauvé : au moins 216.000 mineurs victimes d'abus sexuels dans l'Eglise depuis 1950 ©Getty - Pascal Deloche
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La Commission indépendante sur les abus sexuels dans l'Église a rendu son rapport ce matin. Elle estime à au moins 216 000 le nombre de victimes depuis 1950, et fait 45 recommandations, dont une partie porte sur la question délicate des réparations, un "dû" selon Jean-Marc Sauvé.

Avec
  • Olivier Savignac Président de l’association "Parler et revivre"
  • Sœur Véronique Margron Dominicaine, théologienne et présidente de la Conférence des religieux et religieuses en France (CORREF).
  • Alice Casagrande Membre de la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l'Église (CIASE) et présidente de la Commission pour la lutte contre la maltraitance et la promotion de la bientraitance.

Le rapport de la commission indépendante présidée par Jean-Marc Sauvé a été rendu ce matin à ses commanditaires : la Conférence des religieux et religieuses de France et à la conférence des évêques. 

Ce travail était très attendu non seulement pour dresser un état des lieux le plus précis possible du nombre de victimes et d’agresseurs, mais aussi pour les préconisations de la commission, notamment sur les réparations des préjudices. 

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Réparations symboliques autant que financières capables de montrer aux victimes qu’elles sont reconnues alors même que le crime peut être prescrit. 

Pour ce débat, Emmanuel Laurentin reçoit Soeur Véronique Margron, présidente de la  Conférence des Religieux et Religieuses de France (CORREF), Alice Casagrande, membre de la CIASE et présidente de la Commission pour la lutte contre la maltraitance et la promotion de la bientraitance, et enfin Olivier Savignac, président de l’association "Parler et revivre".

"C'est une immense détresse, nous sommes dans un chagrin énorme. Aujourd'hui, la seule attitude juste est de se taire en soi-même et de prendre la mesure d'une telle tragédie, que des membres de l'Église ont créé. L'institution de l'Église n'a non seulement pas su protéger les victimes mais a même couvert certains actes, s'est rendue complice et a été lâche. Ca n'est pas demain que nous allons pouvoir nous en remettre, d'ailleurs je ne sais pas comment nous allons nous en remettre…(...) Nous devons payer, nous sommes dans une société où si vous commettez une faute ou si vous y participez d'une manière ou d'une autre, si vous avez la charge d'une institution par exemple qui participe à ces violences, et bien vous devez payer" Soeur Véronique Margron

"La question de la réparation n'est pas unidimensionnelle. Il faudra réparer mais aussi produire quelque chose de différent à l'avenir. Dans notre rapport, nous avons examiné les questions juridique, financière mais aussi symbolique. Certaines des victimes que nous rencontrions nous ont parlé d'argent mais pas toutes, certaines nous ont parlé d'argent pour des victimes qu'elles connaissaient. Il y avait aussi des attentes plus symboliques comme une victime qui nous parle de rebaptiser une salle de réunion dans une grande institution parisienne parce que cette salle de réunion porte le nom d'un agresseur, sans être de l'argent c'est très significatif du point de vue de l'Église. Une autre victime, elle, se plaint que son agresseur malgré avoir été écarté des enfants, a quand même reçu une grande fête pour son départ à la retraite : 'Pas de fête pour la retraite des agresseurs', demande-t-elle.(…) La justice restaurative est une justice qui ne se concentre pas sur la faute et sur la sanction de la culpabilité mais bien sur la réparation du dommage qui a été fait, en cela, elle est différente de la justice pénale" Alice Casagrande

"Les préconisations qui visent à changer la structure même de l'Église et les liens de l'Église avec la société sont très fortes et importantes. Un point qui est très important pour moi, c'est le secret de la confession. Jusqu'à présent, il y avait une sorte de pacte entre l'État et l'Église pour ne pas toucher à ce secret, et la Ciase dit : c'est terminé. Tant mieux ! Il y a un article, le 226-14 qui intime que toute personne en connaissance de violences sur mineurs doit les dénoncer. Le droit divin ne peut pas être au dessus du droit pénal. (...) L'Église a continué à cultiver une culture de l'entre-soi dont elle va devoir sortir. On va devoir aller vers une déconcentration des pouvoirs, et l'Église va devoir se professionnaliser si elle veut rester en vie car elle a besoin de compétences" Olivier Savignac

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