Y-a-t-il une question blanche ?
Y-a-t-il une question blanche ? ©Getty - Robert Recker
Y-a-t-il une question blanche ? ©Getty - Robert Recker
Y-a-t-il une question blanche ? ©Getty - Robert Recker
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Blanchité, privilège blanc, fragilité blanche... La sortie de l'essai "Pensée blanche" de Lilian Thuram est l'occasion de questionner ces notions fleurissantes dans les mouvements antiracistes actuels. Conscience nécessaire ou construction dangereuse, y-a-t-il une question blanche en France ?

Avec
  • Emmanuel Debono Historien, auteur du blog 'Au coeur de l'antiracisme' sur le site web du Monde, rédacteur en chef du DDV (Le Droit de Vivre), le journal historique de la LICRA
  • Mirna Safi Sociologue, professeure à Sciences Po, directrice de l'OSC (Observatoire Sociologique du Changement)
  • Lilian Thuram Ex footballeur

Depuis l’année dernière et la parution du livre de Nell Irvin Painter sur l’histoire des blancs , un grand nombre d’ouvrages traitent de la question blanche. En attendant celui de Pascal Bruckner sur la construction du bouc émissaire blanc qui  va combattre la notion de blanchité, Lilian Thuram publie La Pensée Blanche, aux éditions Philippe Rey, dans lequel il historicise le fait d’être blanc. Il interroge la construction d’une identité blanche que les blancs eux-mêmes ne veulent pas voir mais dont la négation empêche, selon lui, l’avènement d’une société plus égale où les discriminations de race ne s’ajouteraient pas à celles de sexe ou de classe.

Une question d’actualité d’ailleurs quand le texte de loi à venir sur le séparatisme vise, selon le président de la république ou le ministre de l’intérieur, autant les suprémacistes blancs que  les intégristes islamistes. Mais c'est une question qui divise d’abord le camp des antiracistes.

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39 min

Doit-on passer par la race pour la dépasser ?

Les questions raciales ont été surtout analysées en étudiant les groupes minoritaires. Et puis, on s'est rendu compte que la construction - si on suit, si on adhère à une idée de construction raciale -, doit mener à regarder de part et d'autre de la frontière. Et encore plus que cela : il faut regarder plus la frontière elle-même que le contenu des groupes. (...) Les personnes qui s'identifient à des groupes raciaux minoritaires pensent que leur identité raciale est très importante. Ce n'est pas le cas pour les Blancs. Mirna Safi

Ces groupes raciaux ont été constitués par une minorité de gens, par volonté politique et financière pour pouvoir exploiter la majorité des gens. La pensée blanche est une construction.(...)Mais il faut dire qui a créé ces groupes et j'essaie de dire que ces groupes n'ont rien de naturel et ont permis la mise en place de systèmes au nom des Blancs. (...) Mais c'est une pensée qui nous a tous enfermés, peu importe la couleur de peau. Toutes les personnes de toutes les couleurs. Lilian Thuram

Avec les statistiques ethniques, j 'ai peur qu'on soit dans quelque chose qui soit vraiment performatif : qu'on devienne ce que l'on dit qu'on est. A force de le répéter, on tombe dans le principe du racisme. Emmanuel Debono

38 min