La rivière du Vecchio, affluent du Tavignano pour qui des militants écologistes demandent le droit « d’exister, de vivre et de s’écouler ». ©Radio France - Céline Richez
La rivière du Vecchio, affluent du Tavignano pour qui des militants écologistes demandent le droit « d’exister, de vivre et de s’écouler ». ©Radio France - Céline Richez
La rivière du Vecchio, affluent du Tavignano pour qui des militants écologistes demandent le droit « d’exister, de vivre et de s’écouler ». ©Radio France - Céline Richez
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Résumé

"Situation historique", c'est en ces termes qu'Elisabeth Borne qualifiait la sécheresse de cet été qui pourrait perdurer tandis que des records de chaleur ont été battus dans le sud-ouest en septembre. Face au risque d'intensification des conflits d'usages, qu'en est-il de la politique de l'eau ?

avec :

Pierre-Louis Mayaux (Chercheur en science politique au Cirad, le Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement), Philippe Barry (Maire de Saint-Priest-sous-Aixe, président de la Communauté de Communes du Val de Vienne et président du syndicat d'aménagement du bassin de la Vienne), Matthieu Richel (Viticulteur à St Baldoph en Savoie).

En savoir plus

La sécheresse du mois de septembre peut laisser craindre un automne sec et donc une année 2023 marquée par des pénuries d’eau. Or, si l’été 2022 a été marqué par des conflits d’usage médiatisés mais somme toute peu nombreux, les acteurs de terrain reconnaissent que les tensions entre les différents types d’usagers (agriculteurs, industriels, consommateurs privés d’eau potable, usagers de rivières et de retenues d’eau de loisirs) se sont multipliées. Il existe pourtant nombre d’instances publiques supposées prévenir ces incidents et réguler la consommation. Comment fonctionnent-elles ? Qu’y voit-on poindre des conflits futurs et de leurs possibles résolutions ?

Pour en débattre, Emmanuel Laurentin reçoit Pierre-Louis Mayaux, chercheur en science politique au Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (Cirad), spécialiste des politiques de l’eau, Philippe Barry, maire de Saint-Priest-sous-Aixe, président de la Communauté de Communes du Val de Vienne et président du syndicat d'aménagement du bassin de la Vienne, et Matthieu Richel, viticulteur à Saint-Baldoph en Savoie, membre du conseil d'administration des Jeunes Agriculteurs en charge du dossier environnement.

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Une France de plus en plus sèche ?

"Il y a eu des sécheresses par le passé, en 1989, en 2003 et évidemment la canicule de 2019 aussi" rappelle Pierre-Louis Mayaux, "à chaque fois, il y a des discours politiques qui insistent bien sur l'idée, maintenant que l'eau est une ressource rare, limitée, qu'il va falloir la partager mieux". La raison de ce manque d’eau s’explique en partie par le changement climatique, qui vient déstabiliser le grand cycle de l’eau nous explique Matthieu Richel : "les derniers chiffres montrent que sur une année civile, on a toujours la même quantité d'eau qui tombe sur le territoire national. Le seul souci, c'est qu'aujourd'hui, au lieu qu'elle s'étale sur toute l'année, elle tombe exclusivement sur deux ou trois mois. Et aujourd'hui, il faut trouver une solution pour stocker notre eau". Mais le stress hydrique s’accentue aussi du fait d’un besoin croissant de cette ressource clé : "on sait que le besoin en eau va augmenter de 20 % pour l'agriculture d'ici à 2070", rappelle-t-il.

Quelles politiques de l’eau ?

Aujourd’hui, explique Pierre-Louis Mayaux, "la gouvernance de l'eau, conjugue des échelles qui sont celles de la ressource en eau, donc des échelles hydrographiques qui épousent les limites des cours d'eau, les limites géographiques des bassins versants et puis des échelles administratives plus classiques". Or, ce système en millefeuille risque de souffrir d’un manque de légitimité lors de prises de décisions qui vont être de moins en moins consensuelles. Les cuves brandies comme une réponse idéale par les agriculteurs, et qui sont largement répandues en Espagne, sont loin de faire l’unanimité comme l’explique Philippe Barry : "peut se poser la question du risque justement d'appropriation de la ressource. Aujourd'hui, je crois qu'il faut l'aborder d'une manière pragmatique, et revenir à la question des bassins et des systèmes hydrogéologiques. Ce n'est pas la même chose de stocker l'eau sur un bassin sédimentaire, sur un socle, sur un socle granitique. Avoir une approche de chaque système hydrologique en identifiant les pressions, les marges de manœuvre et puis voir quel usage on veut en faire". La participation démocratique accrue au sein d’un débat dédramatisé pourrait-être une issue apaisée, espère-t-il.

Pour aller plus loin :

  • Pierre-Louis Mayaux est, avec Sylvain Barone, co-auteur de Les Politiques de l'eau aux éditions LGDJ
1h 12
8 min
Références

L'équipe

Emmanuel Laurentin
Emmanuel Laurentin
Cécile Bidault
Production déléguée
Stéphanie Villeneuve
Collaboration
Fanny Richez
Collaboration
Mathias Mégy
Collaboration
Daphné Leblond
Réalisation