Soutiens à la présidente Tsai Ing-wen la veille des élections présidentielle et parlementaire du 11 janvier 2020, à Taipei ©AFP
Soutiens à la présidente Tsai Ing-wen la veille des élections présidentielle et parlementaire du 11 janvier 2020, à Taipei ©AFP
Soutiens à la présidente Tsai Ing-wen la veille des élections présidentielle et parlementaire du 11 janvier 2020, à Taipei ©AFP
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Résumé

Après Nancy Pelosi en août dernier, 5 sénateurs français se sont rendus à Taïwan pour renforcer les liens avec Taipei. Face à une menace militaire chinoise de plus en plus prégnante, quel avenir pour cette île de 23 millions d’habitants que Pékin cherche à contrôler ?

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Une délégation sénatoriale française est revenue en début de semaine de Taipei dans un de ces réguliers voyages de parlementaires occidentaux dans un pays qui n’est pourtant pas reconnu par la France.

Cette visite faisait suite à celle de la présidente de la chambre des représentants des Etats-Unis qui a provoqué un regain de tension en plein cœur du mois d’août et servi de prétexte à des manœuvres militaires de Pékin dans le détroit de Taïwan. Car le modèle de démocratie libérale incarné par la présidente Tsai Ing Wen irrite le président XI JinPing qui répète que les deux rives du détroit doivent être et seront réunifiées. Mais c’est sans compter sur le développement d’une identité proprement taïwanaise, forgée en partie par la multiplication des menaces venant de Pékin.

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Pour en débattre, Emmanuel Laurentin reçoit Olivier Cadic, sénateur du groupe Union centriste, représentant les français établis hors de France, vice-président de la commission des Affaires étrangères, de la Défense et des Forces armées en charge des sujets cyber, Valérie Niquet, spécialiste de l’Asie à la Fondation pour la recherche stratégique,  Stéphane Corcuff, géopolitiste du monde sinophone, enseignant à Sciences Po Lyon et chercheur associé à l’antenne de Taipei du Centre d’études françaises sur la Chine contemporaine (CEFC).

Taïwan : un système, un pays ? Emergence d’une nation.

Si la Taïwan possède une identité sinisée, celle-ci est historiquement bien plus complexe et riche le rappelle Stéphane Corcuff : "la plupart des habitants de Taïwan aujourd'hui Formosans exceptés (aborigènes), sont issus de la Chine. Cela dit, il faut savoir qu'à partir du début du XVIIe, les immigrants chinois à Taïwan, fuient la Chine, et ils s’indigénisent pendant 250 ans de gouvernement d’ailleurs mandchous et non pas chinois. Puis arrivent les Japonais pendant 50 ans, qui vont avoir une politique moderne par rapport à cette gestion mandchoue qui va notamment développer l'île, mais aussi donner une éducation japonaise de plus en plus marquée aux taïwanais. En 45, quand les nationalistes prennent l'île, on est dans une situation telle que le Kuomintang (ancien parti unique) considère que les taïwanais, ne sont pas chinois et qu'il faut les rééduquer (…). Il faut savoir qu'en 1936, Mao Zedong se prononçait pour l'indépendance de Taïwan". Dans l’histoire plus récente, la démocratisation entamée en 88 a elle aussi profondément modifiée l’identité taïwanaise comme l’explique Olivier Cadic : "aujourd'hui, si vous interrogez les jeunes taïwanais, les nouvelles générations, elles ne se sentent pas du tout Chinoises. Ce sont elles qui, par exemple, imaginent qu'on pourrait rebaptiser la République de Chine, qui est le nom officiel, en République de Taïwan". L’affirmation progressive de cette identité vient s’opposer directement à l’expansionnisme du Parti Communiste Chinois qui s’appuie sur le caractère chinois de l’ile pour justifier sa vision unioniste.

Le statu quo menacé.

Cette croissance du sentiment d’appartenance à une identité taïwanaise fait partie d’une lente et constante dégradation de la situation, depuis les tirs de missiles chinois en 1995-1996 pour influencer le vote des taïwanais aux élections présidentielles jusqu’aux exercices militaires de la République populaire de cet été empiétant sur les eaux territoriales taïwanaises. D’après Valérie Niquet, les raisons de cette dégradation sont que "Taïwan est un contre modèle démocratique qui met à mal le discours chinois, qui rejette totalement l'universalité des valeurs telles que les droits de l'homme, la démocratie, en considérant que chaque « civilisation » doit avoir son propre régime. Taïwan démontre que la démocratie fonctionne parfaitement, y compris dans un monde chinois".

Face à la montée en puissance de la Chine, l’affirmation de Taïwan comme démocratie exemplaire facilite son soutien par les Occidentaux, qui trouvent alors dans leurs valeurs humanistes une légitimité pour s’opposer de manière croissante à la Chine et aux autoritarismes. "On comprend" explique Olivier Cadic, "que les enjeux autour de Taïwan vont bien au-delà de cette île et affectent tout le monde démocratique. Ainsi cette île qui résiste fait que tous les pays, les uns après les autres, commencent à prendre en compte, à commencer par les Etats-Unis, la situation critique. Et on espère empêcher la Chine de commettre l'irréparable : de franchir le Rubicon et de venir attaquer Taïwan, comme on l'a vu avec les Russes en Ukraine". Ainsi, Taïwan bénéficie d’un soutien croissant, comme le démontre l’aide militaire américaine directe de 4.5 milliards de dollars qui vient d’être votée par le sénat.

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59 min
Références

L'équipe

Emmanuel Laurentin
Emmanuel Laurentin
Cécile Bidault
Production déléguée
Stéphanie Villeneuve
Collaboration
Fanny Richez
Collaboration
Mathias Mégy
Collaboration
Daphné Leblond
Réalisation