Comment réinventer la ville au temps du changement climatique ?

Vue aérienne d'une forêt urbaine à Hong Kong.
Vue aérienne d'une forêt urbaine à Hong Kong. ©Getty - Kiyoshi Hijiki
Vue aérienne d'une forêt urbaine à Hong Kong. ©Getty - Kiyoshi Hijiki
Vue aérienne d'une forêt urbaine à Hong Kong. ©Getty - Kiyoshi Hijiki
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Les forêts urbaines, horizon mordoré de la ville pour un XXIe siècle qui aurait vu les sociétés humaines s'adapter au changement climatique, font partie des premières victimes de la sécheresse de cette année et du rationnement de l'eau. L'urbanisme est-il capable de suffisamment d'anticipation ?

Avec
  • Marc Held Designer et architecte
  • Jacques Baudrier Adjoint à la Maire de Paris
  • Virginie Vial Directrice de la SAMOA de Nantes

Le mondial du bâtiment, consacré en partie aux matériaux nécessaires à la rénovation urbaine face à la montée des températures, se termine ce soir à Paris. La crise sanitaire, qui a bloqué chez eux pendant des semaines les citadins, puis la canicule ont obligé en effet élus, urbanistes et architectes à repenser la ville en imaginant des forêts urbaines destinées à verdir le minéral. Mais ces solutions urbanistiques sont difficiles à mettre en œuvre que ce soit dans des cités historiques ou dans les villes nouvelles des années 1970 et 1980.

Faut-il céder à la tentation de construire les villes à la campagne puisque l’air y est plus pur comme l’écrivait Alphonse Allais ? Ou imaginer des villes neuves construites grâce à un néoartisanat mécanisé comme le croit un de nos invités l’architecte et désigner Marc Held ?

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Pour en débattre, Emmanuel Laurentin reçoit Marc Held, architecte, designer et photographe français, Virginie Vial, direction de la Samoa, société publique en charge de l’aménagement de l’île de Nantes, et Jacques Baudrier, élu conseiller du XXè arrondissement de Paris, adjoint à la maire de Paris en charge de la construction publique, du suivi des chantiers, de la coordination des travaux sur l’espace public et de la transition écologique du bâti. et conseiller métropolitain délégué au Déploiement des pistes cyclable.

Transformations urbaines

Dans les mutations qui attendent les villes, il n’y a pas de formule magique, mais plutôt un faisceau de réponses qu’il faut savoir utiliser à bon escient. "On voit bien que les régions, en fonction de leur situation géographique, ne sont pas touchées de la même façon" explique Virginie Vial, "et jusqu'à relativement peu de temps Nantes était encore épargnée sous un bouclier océanique. Mais je pense que les étés passent et désormais l'urgence de la situation est manifeste". Néanmoins certains axes de travail sont communs à la plupart des situations spécifiques rappelle Jacques Baudrier, "il faut rénover massivement les bâtiments, construire les nouveaux autrement, mais surtout rénover le bâtiment existant. L'essentiel du parc de bâtiments de 2050 est déjà construit". Alors que l’on voit des pans entiers de l’urbanisme des 50 dernières années très mal adapté à la vie urbaine d’aujourd’hui, il est légitime de s’interroger sur notre capacité à anticiper demain. Le temps n’est plus aux grandes doctrines, au bâti réplicable à la chaîne, mais plutôt à la construction territorialisée. Virginie Vial, qui travaille à l’aménagement de l’île de Nantes, explique : "aujourd’hui, on est en train de tenter. Il y a beaucoup de recherches qui sont en cours. Nous, ce que nous ont expliqué nos spécialistes de la biodiversité, c'est qu'il fallait surtout planter diversifié et que c'est ce qui nous donnait le plus de chances de garder la nature sur le long terme. On a donc une palette végétale très large et on fait un peu le pari de se dire même parmi toutes ces espèces, certaines survivront et continueront d'assurer un paysage".

Un choix de société

"Donc on prend certains virages" affirme Jacques Baudrier, "et on a fait le choix d'abandonner clairement quelques types de matériaux qu'on utilisait avant. En termes de béton par exemple : quand on construit ou qu'on réhabilite aujourd'hui, on utilise quatre ou cinq fois moins de béton qu'il y a dix ans. C'est vraiment une évolution massive, énorme". Cette transformation ambitieuse nécessite des moyens financiers importants explique-t-il : "dans le secteur du bâtiment, on pense qu'il devrait y avoir une politique nationale qui aille dans ce sens. Mais malheureusement, la politique de l'Etat ne mobilise quasiment aucun moyen pour atteindre ses objectifs. Et ça me semble dramatique". Pour Marc Held, "aujourd’hui, tout indique que la situation est beaucoup plus grave que le public et même les médias l’affirment. Nous sommes vraiment à un moment, certains l'ont écrit, de basculement, on ne pourra plus revenir en arrière". L’adaptation n’est pour lui pas une solution si elle maintient la société dans ses fondements idéologiques issus de la modernité. "Et je compare la situation que nous vivons aujourd'hui à la guerre. Il faut se battre. Il est dommage qu'on n'envisage pas aujourd'hui d'autres solutions radicales. Il faut s'occuper de la terre, il faut sauver la terre".

Il faut donc pour Marc Held une refonte du vivre ensemble, tant dans la manière dont il se définit matériellement que dans ses aspects non tangibles : "il faut avoir avec l'argent, avec le travail, avec le déplacement, un point de vue totalement différent. Je crois qu'il faut aller vers une société dans laquelle on ne vit pas seulement pour le profit et que l'on dépense l'énergie humaine : c’est incroyable la quantité d'énergie intellectuelle et physique dépensée pour produire des objets inutiles et à la vie limitée. La question, c'est d'en finir avec la productivité car cette productivité extraordinaire est extraordinairement polluante. Autant les machines étaient utiles à une période, autant aujourd'hui on ne travaille plus que pour absorber ce qu'elles produisent".

Pour aller plus loin :

Le Village global
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