Une queue pour retirer de l'argent, à la Tinkoff Bank, au centre-ville de Moscou, le 9 mars 2022.
Une queue pour retirer de l'argent, à la Tinkoff Bank, au centre-ville de Moscou, le 9 mars 2022.
Une queue pour retirer de l'argent, à la Tinkoff Bank, au centre-ville de Moscou, le 9 mars 2022. ©Maxppp - MAXIM SHIPENKOV/EFE/Newscom
Une queue pour retirer de l'argent, à la Tinkoff Bank, au centre-ville de Moscou, le 9 mars 2022. ©Maxppp - MAXIM SHIPENKOV/EFE/Newscom
Une queue pour retirer de l'argent, à la Tinkoff Bank, au centre-ville de Moscou, le 9 mars 2022. ©Maxppp - MAXIM SHIPENKOV/EFE/Newscom
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Résumé

Les sanctions économiques appliquées depuis le début de l'invasion de l'Ukraine fragilisent une économie russe encore très dépendante de l'Occident. Peut-on limiter les dommages collatéraux subis par la population russe ?

avec :

Caroline Dufy (Maitre de conférences en économie et en sociologie à Sciences po Bordeaux, spécialiste de l'économie russe).

En savoir plus

Les sanctions contre la Russie ne datent pas de la fin février puisqu’elles durcissent et font suite à une première série de sanctions économiques prises lors de l’annexion de la Crimée en 2014. Pendant ces huit années, la Russie s’est préparée à ce durcissement en menant ses capacités économiques vers une certaine autarcie, surtout dans le domaine alimentaire. De leur côté, les pays occidentaux ont affiné leur régime de sanction, les ciblant plus finement, en tenant compte ainsi des échecs précédents, face a l’Iran, le Venezuela ou Cuba.

Cependant, quelle que soit la technicité de ces punitions financières en même temps que morales, une grande partie de la population souffre déjà de la hausse des prix et de la baisse des revenus. Certains craignent même que ce soit les plus pauvres qui soient touchés en Russie et que ce "militantisme de spectateur sportif", comme le nomme le sociologue Martin Shaw, ne conduise à un ralliement autour du drapeau russe et à un ressentiment de l’opinion contre ceux qui ont pris ces sanctions.

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Pour ce débat, Emmanuel Laurentin reçoit Charlotte Beaucillon, professeure agrégée des universités, spécialisée en droit international et européen, co-directrice du Master 2 Justice pénale internationale, auteure de nombreuses publications sur les sanctions internationales et européennes, Caroline Dufy, maîtresse de conférences en sociologie et en économie à Sciences Po Bordeaux et chercheuse au Centre Émile Durkheim et Nicolai Kobliakov, homme d'affaires franco-russe, président de l'association Russie Libertés.

Charlotte Beaucillon souligne l'existence d'exceptions humanitaires afin que les sanctions ne touchent pas la population de manière injuste, et la durée nécessairement limitée de ces sanctions : "On a énormément de difficulté à prouver le lien entre la sanction, le comportement privé et l’impact humanitaire, sur la population. On n’est pas dans des causalités naturelles. On a des instruments en droit pour répondre à ça. (...) Il y avait des phénomènes de soulèvement en Russie, de manifestations interdites. C’est toujours la difficulté de donner un appui à des opposants potentiels et un soutien à ces opposants et de ne pas frapper de manière injuste la population qui finirait par se rallier à son dirigeant. (...) On a la possibilité de prévoir des exceptions humanitaires suffisamment larges pour que les entreprises ne soient contraintes (...) L’objectif des sanctions est de faire cesser le comportement, empêcher que la guerre ne se poursuive. Les sanctions ne sont pas faites pour durer de manière indéfinie. Les sanctions sont souvent efficaces lorsqu’elles sont assorties d’une porte de sortie, d’une proposition, d’une alternative qui va servir d’objet de négociation et permet de donner un incentif suffisant à la cible de sanctions pour qu’il modifie ses comportements."

Caroline Dufy explique la façon dont l'économie russe était préparée aux sanctions, et la stratégie d'autonomisation précédemment adoptée : "Les trains de sanctions adoptés aujourd’hui sont beaucoup plus généralisés, beaucoup plus coordonnés que les sanctions adoptées à la suite de l’annexion de la Crimée. (...)  Depuis 2014, l’économie russe est préparée à ces sanctions. Il y a un discours de préparation qui est donné en haut lieu. (...) Il y a un sentiment patriotique parmi la population. Il y a quand même dans les sanctions une dimension d’humiliation qui renforce ce côté de ralliement de la population."

Nicolai Kobliakov met en lumière les quatre paramètres que doivent respecter des sanctions pour être efficaces et justes : "Les sanctions doivent arrêter le fonctionnement de cette machine de guerre. Mais ce n’est pas suffisant, il faut créer les conditions pour éviter la reconstruction de cette machine de guerre à l’avenir. (...) On a fait une sorte de système d'évaluation de chaque sanction, chaque sanction doit respecter quatre paramètres : Est-ce que cette sanction aide pour arrêter la guerre immédiatement ? Est-ce que cette sanction diminue le niveau de vie des russes ? Est-ce que cette sanction influence le niveau de vie des européens ? Cette sanction aide-t-elle les ukrainiens ? (...) Il faut bien préparer les sanctions, calculer les conséquences."

Bibliographie :

  • Dir. Charlotte Beaucillon, Research Handbook on Unilateral and Extraterritorial Sanctions, Research Handbooks in International Law, Edward Elgar (éditions), 2021
  • Caroline Dufy, Le retour de la puissance céréalière russe : Sociologie des marchés du blé, 2000-2018, Peter Lang, 2021
Références

L'équipe

Emmanuel Laurentin
Emmanuel Laurentin
Rémi Baille
Collaboration
Fanny Richez
Collaboration
Thomas Jost
Réalisation
Chloë Cambreling
Production déléguée
Mathias Mégy
Collaboration
Juliette Mouëllic
Collaboration