Définition du terme "Compromis" dans le dictionnaire Le Robert. - Juliette Mouëllic
Définition du terme "Compromis" dans le dictionnaire Le Robert. - Juliette Mouëllic
Définition du terme "Compromis" dans le dictionnaire Le Robert. - Juliette Mouëllic
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Résumé

La capacité des politiques français à faire des compromis pour gouverner le pays est à nouveau interrogée par les résultats du second tour des législatives. Le compromis est-il possible, voire souhaitable, quand des valeurs s’affrontent ?

avec :

Stathis Kouvélakis (enseignant en philosophie au King’s College de Londres), Eric Thiers (Chercheur associé au CEVIPOF (Sciences Po), membre des comités de rédaction des revues Pouvoirs et Commentaire).

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Depuis dimanche soir et le deuxième tour des législatives, voilà donc revenu dans le débat ce terme, si souvent considéré en France comme synonyme de compromission. Pourtant, sous la IIIe et la IVe, et parfois sous la Ve, des compromis entre partis opposés ont permis l’adoption de grandes lois sociales.

En quoi cette culture du compromis est-elle difficile à mettre en place ? Se heurte-t-elle a l’idéal, si fort dans notre pays, de Révolution ? Comment qualifier le moment présent ?

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Bibliographie :

Pour ce débat en partenariat avec La Croix, Emmanuel Laurentin et Béatrice Bouniol reçoivent Stathis Kouvélakis, philosophe, ancien enseignant de philosophie politique au King's College de Londres et Eric Thiers, chercheur associé au CEVIPOF-Sciences Po, membre des comités de rédaction des revues Pouvoirs et Commentaire.

Eric Thiers : "Le compromis est au départ un terme juridique : c'est un accord entre plusieurs personnes. La politique peut paraître contradictoire avec l'idée d'accord, parce derrière l'idée de politique il y a l'idée de pouvoir : c'est imposer ses vues, c'est un rapport asymétrique, c'est obtenir de l'autre qu'il obéisse à un commandement. Je crois donc qu'il ne va pas de soi, a priori, que la politique passe nécessairement par le compromis. (...) Il ne faudrait pas penser qu'il n'y a jamais eu de compromis ces dernières années dans la vie politique, il y a des exemples sous la troisième république et sous la quatrième, mais il y a aussi des courants politiques qui ont toujours prôné le compromis, je pense à la démocratie chrétienne, aux radicaux, à la deuxième gauche. Il me semble que si l'on peut avoir des difficultés aujourd'hui pour penser cette notion et la mettre en pratique, c'est pour des raisons peut-être plus anthropologiques, avec l'idée selon laquelle les citoyens ont de plus en plus de mal à accepter la transaction à la fois dans la vie personnelle mais aussi dans la vie publique. La pulvérisation démocratique, c'est la pulvérisation des acteurs mais également la pulvérisation des citoyens, la pulvérisation du débat."

Stathis Kouvélakis : "Le niveau fondamental de compromis est celui entre des forces sociales (...) Je pense que le pluralisme s'exprime toujours à l'intérieur d'un cadre qui fait l'objet d'un accord fondamental. Les moments d'émergence, de surgissement de la volonté générale au sens de Rousseau sont des moments fondateurs qui définissent un cadre à l'intérieur duquel s'expriment une pluralité d'intérêts, des contradictions, des conflits. Ces conflits peuvent éventuellement conduire à une rupture de ce cadre et à la création d'un autre cadre, l'histoire française est riche d'exemples de ruptures mais elle comporte aussi des périodes longues de compromis : la troisième République, la quatrième République qui a permis les grandes avancées sociales de la Libération et qui s'est poursuivie jusqu'à l'avènement de la période néolibérale à laquelle nous nous trouvons et qui est mon sens complètement incompatible avec la notion de compromis puisque son émergence a signifié la démolition ou en tout cas les tentatives de démolition, largement entamée il faut bien le dire, du compromis social de la période antérieure."

  • Stathis Kouvélakis, La critique défaite : émergence et domestication de la théorie critique : Horkheimer, Habermas, Honneth, Editions Amsterdam, 2019
  • Stathis Kouvélakis, Philosophie et révolution : de Kant à Marx, Editions La Fabrique, 2017
Références

L'équipe

Emmanuel Laurentin
Emmanuel Laurentin
Chloë Cambreling
Production déléguée
Mathias Mégy
Collaboration
Thomas Jost
Réalisation
Juliette Mouëllic
Collaboration
Rémi Baille
Collaboration
Fanny Richez
Collaboration