Bangkok, le 2 mars 2020
Bangkok, le 2 mars 2020
Bangkok, le 2 mars 2020 ©AFP - MLADEN ANTONOV
Bangkok, le 2 mars 2020 ©AFP - MLADEN ANTONOV
Bangkok, le 2 mars 2020 ©AFP - MLADEN ANTONOV
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Résumé

Avec la propagation de l'épidémie du coronavirus, le distancié devient proximité et le localisé, globalisé. Alors, les réflexes nationaux, à savoir les manières de se protéger nationalement, se réactivent. Comment un virus mondial provoque-t-il des réactions et des politiques sanitaires nationales ?

avec :

Audrey Bochaton (maître de conférence en géographie à l'Université Paris-Nanterre, spécialiste des migrations sanitaires), Henri Bergeron (Chercheur CNRS au CSO (Centre de Sociologie des Organisations) de Sciences Po), Frédéric Keck (Anthropologue, directeur du Laboratoire d’anthropologie sociale au CNRS).

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La multiplication des foyers de coronavirus à travers le monde, depuis la Chine jusqu’à l’Europe en passant par l’Iran et l’Afrique, permet de mesurer comment les réflexes sanitaires de chacun des pays concernés sont orientés par une histoire des politiques de santé.

Ouvrir ou fermer les stades, interdire les rassemblements ou les autoriser, fermer ou non les écoles : tous ces marqueurs disent comment chaque pays envisage une crise sanitaire de portée mondiale appliquée à son propre territoire.

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La gestion des crises sanitaires est un marqueur de différences entre les pays, y compris des pays qui sont assez proches dans leur fonctionnement démocratique et leur situation socio-économique. Henri Bergeron

Le coronavirus, "la mondialisation des désirables"

Pour le politiste Guillaume Lachenal, "le coronavirus c'est la mondialisation des désirables, par contraste avec Ebola qui serait la mondialisation des indésirables". C'est pourquoi, d'après Fredéric Keck, "il y a une sorte d'inversion du régionalisme italien en ce moment. En effet, ce ne sont pas les italiens du sud qui posent problème aux italiens du nord. C'est l'inverse et je trouve que c'est révélateur de la situation mondiale pour ce coronavirus. [...] On est dans une gestion entre pays du nord, avec des Etats suffisamment forts et des populations civiles suffisamment contrôlées". 

En savoir plus : Coronavirus : la mondialisation réactive-t-elle les peurs ancestrales ?

Les nudges pour gouverner les épidémies ?

Les politiques de préparation aux pandémies qui existent depuis une trentaine d'années sont très difficiles à intégrer dans la rationalité de la prévention. Par exemple, la politique des vaccins qui a été appliquée pour le H1N1 en 2009, ne suscite pas l'adhésion de la population car cette dernière voulait se vacciner pour des maladies qu'elle connaissait avec une distribution connue du territoire. [...] Les experts ont la rationalité pour expliquer aux gouvernants, mais les gouvernants n'ont pas encore fait les efforts pour impliquer la population dans la préparation. Fredéric Keck

À lire : Les 10 questions que vous vous posez sur le coronavirus

Henri Bergeron dresse une critique des nouveaux modes d'intervention des Etats pour agir sur les comportements individuels à partir des nudges.  Il explique que pour comprendre comment agissent les individus, il faut comprendre les déterminants de son action. "Sous Vichy, les politiques sanitaires étaient très autoritaires : tu ne boires pas, tu ne fumes pas, tu te vaccines. Ensuite, des politiques sont arrivées en disant qu'il faut augmenter le niveau d'information des individus et cela s'est fait par le biais de la publicité : "Attention, fumer tue". Puis, dans les années 1970, le Centre français d'éducation pour la santé a dit qu'il faut, en plus, montrer aux français que ne pas fumer peut être très sympathique.__Les nudges, c'est encore une étape supplémentaire. On ne cherche pas à transformer les croyances des individus, l'intérieur des individus, leur niveau d'information mais on cherche à modifier leur architecture de choix". 

Les nudges ont été utilisé, et c'est critiquable, pour augmenter les campagnes de vaccination. Dans les entreprises, on demande aux gens de fixer un rendez-vous pour la vaccination, plutôt que de leur dire : "Le bureau de vaccination sera ouvert et vous passez quand vous voulez", et le taux de vaccination est supérieur.  Henri Bergeron 

Références

L'équipe

Emmanuel Laurentin
Emmanuel Laurentin
Hugo Boursier
Collaboration
Rémi Baille
Collaboration
Fanny Richez
Collaboration
Chloë Cambreling
Production déléguée