Des passagers en provenance de Chine soumis au contrôle de leurs documents de vaccination contre le COVID-19 à leur arrivée à l’aéroport Paris-Charles-de-Gaulle à Roissy, le 1er janvier 2023. La France a rejoint une liste grandissante de pays qui imposent des tests et des contrôles aux voyageurs venant de Chine alors que le pays connaît une hausse significative des cas et que le monde s’interroge sur la fiabilité des données.
Des passagers en provenance de Chine soumis au contrôle de leurs documents de vaccination contre le COVID-19 à leur arrivée à l’aéroport Paris-Charles-de-Gaulle à Roissy, le 1er janvier 2023. La France a rejoint une liste grandissante de pays qui imposent des tests et des contrôles aux voyageurs venant de Chine alors que le pays connaît une hausse significative des cas et que le monde s’interroge sur la fiabilité des données. ©AFP - JULIEN DE ROSA
Des passagers en provenance de Chine soumis au contrôle de leurs documents de vaccination contre le COVID-19 à leur arrivée à l’aéroport Paris-Charles-de-Gaulle à Roissy, le 1er janvier 2023. La France a rejoint une liste grandissante de pays qui imposent des tests et des contrôles aux voyageurs venant de Chine alors que le pays connaît une hausse significative des cas et que le monde s’interroge sur la fiabilité des données. ©AFP - JULIEN DE ROSA
Des passagers en provenance de Chine soumis au contrôle de leurs documents de vaccination contre le COVID-19 à leur arrivée à l’aéroport Paris-Charles-de-Gaulle à Roissy, le 1er janvier 2023. La France a rejoint une liste grandissante de pays qui imposent des tests et des contrôles aux voyageurs venant de Chine alors que le pays connaît une hausse significative des cas et que le monde s’interroge sur la fiabilité des données. ©AFP - JULIEN DE ROSA
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Le 8 janvier, en pleine reprise épidémique, la Chine a levé les restrictions aux voyages internationaux. En Europe, les mesures de contrôle des voyageurs provenant de Chine se multiplient et Bruxelles travaille à la cohésion des Etats-membres. Les Européens ont-ils tiré les leçons de la pandémie ?

Avec
  • Bruno Lina Virologue au Centre international de recherche en infectiologie de Lyon, membre du COVARS
  • Isabelle Marchais Chercheuse associée à l'Institut Jacques Delors sur les thématiques de santé
  • Véronique Trillet-Lenoir eurodéputée (Renew Europe), membre de la commission Environnement, Santé publique et Sécurité alimentaire

À l’ordre du jour ce soir : l’Europe sait elle tirer les leçons de trois ans de crise ? Il y a eu un peu de retard au démarrage : quand le gouvernement chinois a annoncé, début décembre, mettre fin à la politique du « zéro Covid », les chercheurs du monde entier en ont imaginé les conséquences qui n’ont pas tardé : flambée de l’épidémie, hôpitaux saturés et morts en grand nombre.

Mais pour en tirer les conséquences politiques, il a fallu qu’entre la veille de Noël et le premier de l’an, en ordre dispersé, l’Italie d’abord puis l’Espagne et la France décident de baisser les barrières et d’imposer des tests à l’entrée pour les personnes venant de Chine. Puis, la semaine dernière, les 27 ont enfin pris des recommandations communes pour lutter contre la multiplication des cas. Pourquoi avoir attendu autant alors que la dynamique de la pandémie est connue ?

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Pour en débattre, Emmanuel Laurentin reçoit Véronique Trillet-Lenoir, eurodéputée Renew et rapporteure du règlement sur les menaces transfrontières graves pour la santé, Bruno Lina, virologue au Centre international de recherche en infectiologie de Lyon et membre du COVARS, et Isabelle Marchais, chercheuse associée sur les thématiques de santé à l’Institut Jacques Delors ;

Vers une politique européenne de santé ?

Pour faire face à la reprise épidémique chinoise, l’eurodéputée Véronique Trillet-Lenoir a identifié des enseignements qui doivent nourrir la décision politique : « le rapport que j’ai coordonné a consisté à tirer les leçons de la pandémie pour se préparer et s’améliorer en cas de crise ultérieure ». Elle cite notamment « des notions de prévention, par exemple, le comité sanitaire qui s’est activé le 2 janvier et l’IPCR [le dispositif intégré de l'UE pour une réaction au niveau politique dans les situations de crise, ndlr] qui s’est réuni le lendemain. Il est également question de renforcer l’Agence européenne du médicament, pour lutter contre les risques de pénurie ». La parlementaire insiste aussi sur la nécessité de communiquer sur le rôle des institutions : « aujourd’hui, aucun citoyen européen ne serait vacciné si la Commission Européenne n’avait décidé d’aller au-delà de ses prérogatives, en achetant et en distribuant équitablement les vaccins ». L’objectif : couper court « à la tentation du repli sur soi ».

« Il faut revenir à l’histoire du coronavirus » estime Bruno Lina : « aux mois de mars et d’avril 2020, on observait des formes d’infections pulmonaires graves avec des patients qui étaient admis en réanimation après une semaine de Covid, et qui mouraient en quelques jours parce qu’ils étaient inventilables […]. Ce qui nous a permis de passer ce cap » explique-t-il, « c’est l’immunité collective et l’immunité vaccinale. A partir du moment où la Chine n’a pas eu la possibilité de faire cette immunité et de vacciner les personnes, en particuliers les personnes fragiles, elle est rattrapée par l’histoire ». Il alerte sur l’insuffisance des statistiques chinoises : « il y a un intérêt aux mesures de dépistage » pour esquisser un « panorama des virus qui circulent », mais « il ne se passera pas en France ce qui se passe en Chine ».

Pour Isabelle Marchais aussi, une action européenne commune est nécessaire : « il ne s’agit pas d’abandonner sa souveraineté, mais de la renforcer grâce à l’échelon européen. Malgré le peu de compétences européennes en matière de santé, ce qui s’est passé depuis le début de la crise sanitaire a poussé les 27 à faire preuve d’ambition en manière de santé publique, sans qu’il soit question d’harmonisation ou de toucher à des domaines de souveraineté nationale ». Néanmoins, elle insiste : « l’échelon européen est tout à fait important, beaucoup de choses restent à faire, que ce soit en matière de crise sanitaire, de santé publique, même si l’un des gros chantiers qui est devant nous, c’est le problème de la dépendance à l’égard des pays tiers […] et de reconstruction de bases industrielles de médicaments et de produits de santé ».

L'Esprit public
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