Définition du terme "démocratie" dans le dictionnaire Le Robert.
Définition du terme "démocratie" dans le dictionnaire Le Robert.
Définition du terme "démocratie" dans le dictionnaire Le Robert. - Juliette Mouëllic
Définition du terme "démocratie" dans le dictionnaire Le Robert. - Juliette Mouëllic
Définition du terme "démocratie" dans le dictionnaire Le Robert. - Juliette Mouëllic
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Résumé

Dans un contexte de crise de la représentativité, où de plus en plus de citoyens ont la sensation que leur vote ne compte plus, quelle place laisse-t-on à leurs voix ? Comment comprendre l’abstention et les formes de mobilisation non conventionnelles afin de les inclure dans le débat politique ?

avec :

Olivier Zunz, Samuel Hayat (politiste, chargé de recherche CNRS).

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L'élection présidentielle a reposé la question des conditions d'exercice de la démocratie forcément imparfaite dans laquelle nous vivons tous et toutes. Le fort taux d'abstention a montré que même l'"élection reine" dans notre pays n'échappait pas à la défiance d'électeurs, de plus en plus nombreux, vis-à-vis de l'utilité de leur vote. D'autant que dans les dernières années, au Liban, au Chili, en Espagne, en Grèce et paradoxalement même aux Etats-Unis, les formes de la démocratie libérale ont été remises en cause, suggérant l'épuisement d'un modèle forgé au XIXe siècle en particulier, et vanté par l'homme qui selon, un de nos invités, compris la démocratie : Alexis de Tocqueville.

Pour ce débat en partenariat avec La Croix, Emmanuel Laurentin et Béatrice Bouniol reçoivent Samuel Hayat, chercheur en science politique, chargé de recherche CNRS au CEVIPOF-Sciences Po et Olivier Zunz, professeur émérite à l'Université de Virginie, fondateur et ancien Président de la "Société Tocqueville".

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Samuel Hayat met en lumière l'aspect anti-démocratique que peut constituer le vote, et la nécessité de se pencher sur les autres formes de participation, qui constituent l'essence même de la démocratie :  "Dans cet événement supposé central des institutions de la démocratie libérale, l'élection, ce sont deux adversaires de la démocratie qui se sont opposés. (...) C'est la participation qui fait la démocratie, mais laquelle ? Participer aux élections, une fois tous les cinq ans, pour choisir un chef pour la Nation, est une vision extrêmement étroite de ce que l'on appelle la participation. (...) Ce qui fait la vigueur d'une démocratie, c'est la participation civique. (...) Les gens sont de moins en moins dans les partis ou les syndicats, mais il y a ces dix dernières années des soulèvements populaires avec une aspiration démocratique particulièrement forte. (...) On doit craindre l'abstention dans une démocratie, mais pas une abstention électorale, une abstention civique. (...) Dans une société démocratique, on est attentifs aux rapports sociaux et aux inégalités sociales. Défendre son intérêt lorsqu'on subit une domination, être conscient du fait que des personnes se situent au-dessus de nous et essayer de s'organiser pour faire en sorte que cela change, ça n'a rien d'anti-démocratique, au contraire : c'est par là que se réalise l'égalité. (...) Il y a une démocratisation du vote, mais toujours partielle, qui n'enlèvera jamais son caractère aristocratique, qui est de sélectionner les meilleurs. Effectivement, beaucoup de personnes refusent de jouer le jeu de choisir qui va nous diriger, car il y a là quelque chose d'anti-démocratique.".

Olivier Zunz revient sur la définition de la "démocratie" de Tocqueville, de la grande exigence que suppose ce régime, et de l'enjeu fort que constitue, encore aujourd'hui, le vote : "La définition de la démocratie de Tocqueville qui me semble pertinente aujourd'hui, c'est une forme extrêmement exigeante de gouvernement, qui demande à chaque citoyen d'y participer. (...) L'abstention est profondément anti-démocratique. (...) Ce qui faisait la force et la grandeur de la démocratie pour Tocqueville, c'était l'amélioration de l'existence du plus grand nombre. Dans la mesure où cette amélioration est remise en question, où on voit une montée des inégalités et une baisse de la démocratie. (...) Le vote reste un enjeu fort dans la société démocratique. (...) Je ne suis pas persuadé que le vote consiste à élire des élites. (...) La citoyenneté n'est pas réduite uniquement à la relation entre l'Etat et le citoyen, il y a cette zone intermédiaire de la vie associative. Un des grands enjeux de la démocratie est de conserver les partis afin que le tout ne les efface pas. (...) Le refus de participation appelle à une réponse. (...) L'ensemble de la population généralement valorise l'égalité plus que la liberté, car la liberté est souvent productrice d'inégalités. C'est là que réside le grand conflit interne à la démocratie."

Bibliographie :

  • Olivier Zunz, Tocqueville, l'homme qui comprit la démocratie, Fayard, 2022
  • Samuel Hayat, Démocratie, Editions Anamosa, 2020
Références

L'équipe

Emmanuel Laurentin
Emmanuel Laurentin
Rémi Baille
Collaboration
Fanny Richez
Collaboration
Thomas Jost
Réalisation
Chloë Cambreling
Production déléguée
Mathias Mégy
Collaboration
Juliette Mouëllic
Collaboration