Une manifestation à l'appel du collectif "Bassines Non Merci" près du site de construction d'une nouvelle réserve d'eau, à Sainte-Soline, le 29 octobre 2022.
Une manifestation à l'appel du collectif "Bassines Non Merci" près du site de construction d'une nouvelle réserve d'eau, à Sainte-Soline, le 29 octobre 2022. ©AFP - PASCAL LACHENAUD
Une manifestation à l'appel du collectif "Bassines Non Merci" près du site de construction d'une nouvelle réserve d'eau, à Sainte-Soline, le 29 octobre 2022. ©AFP - PASCAL LACHENAUD
Une manifestation à l'appel du collectif "Bassines Non Merci" près du site de construction d'une nouvelle réserve d'eau, à Sainte-Soline, le 29 octobre 2022. ©AFP - PASCAL LACHENAUD
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Le dernier bilan, après la manifestation contre la "méga-bassine" de Sainte-Soline, est de 20 blessés chez les gendarmes et d'une trentaine côté manifestants. Le terme "écoterrorisme" utilisé par Gérald Darmanin, relève-t-il d'une diabolisation de l'écologie ?

Avec
  • Sylvie Ollitrault Politiste, directrice de recherche CNRS et à l’Ecole des hautes études en santé publique (EHESP)
  • Philippe Pelletier Géographe, professeur à l’Université Lyon 2

Les affrontements entre manifestants écologistes et force de l’ordre le week-end dernier à Sainte-Soline dans les Deux-Sevres ont donné lieu à différents qualificatifs. Quand les opposants au développement des bassines alimentées par les nappes phréatiques l’hiver pour arroser les cultures l’été revendiquent l’éco-activisme, le ministre de l’intérieur préféré parler d’écoterrorisme. Un terme fréquemment utilisé depuis les années 1970 aux États-Unis mais aussi en Grande-Bretagne mais qui, selon les spécialistes, ne peut s’appliquer à des manifestations qui ont eu lieu en France.

Pourquoi donc s’en servir ? A quoi renvoie-t-il ? Comment des mouvements fondés initialement sur la non-violence tomberaient-ils dans la violence et , encore plus, dans la violence terroriste ?

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Dans le cadre de cette émission spéciale Les Termes du débat, Emmanuel Laurentin reçoit Sylvie Ollitrault, directrice de recherche CNRS et à l’Ecole des hautes études en santé publique (EHESP), spécialiste des mouvements écologistes, et Philippe Pelletier, professeur de géographie à l’Université Lyon 2, auteur des livres : « Noir et vert, Anarchie et écologie, une histoire croisée » publié en janvier 2021 aux Editions Le Cavalier bleu, et « Le Puritanisme vert, aux origines de l’écologisme » paru en octobre 2021 aux Editions Le Pommier.

Ecologie : violences, légalité et légitimité ?

Pour Sylvie Ollitrault, "l’écoterrorisme renvoie à une codification criminelle qui existe aux États-Unis, mais qui renvoie surtout à des mouvements d’une autre nature que ceux de Sainte-Soline, c’est-à-dire des actions directes qui sont violentes, et qui émanent souvent des mouvements spécistes, vegans, ou d’une écologie de protection des animaux. Ce sont souvent des sabotages contre des entreprises et pas des conflits avec les forces de l’ordre. Donc ça n’est, à l’origine, pas tout-à-fait adapté" à l’emploi qu’en a fait le ministre Gérald Darmanin.

Les tensions qui entourent les luttes écologistes émanent de groupes dont les inquiétudes et origines sont variées et qui haussent la voix pour être entendus : une jeunesse internationale, diplômée et désemparée, ou des classes populaires qui se sentent délaissées face aux crises, comme l’explique Philippe Pelletier : "l’écologisme dépasse les questions environnementales. On est dans une période sociale tendue, on pense notamment aux gilets jaunes dont on assiste à l’appropriation des modes d’action. (…) Il y a un caractère de mondialisation à partir du moment où le discours environnementaliste parle de la planète terre. Dans le cas de Sainte-Soline, les modalités d’action ont été décidées collectivement sur place, et je pense que quelque part c’est le retour au local, mais à un local qui refuse d’être localiste et qui demande du soutien et de la solidarité" à un échelon plus large. Il insiste par ailleurs sur le fait que certaines formes de violence sont légales, quand d’autres moyens d’action non-violents sont parfois illégaux.

Une autre origine des actions violentes et illégales revendiquée dans les mouvements écologistes a, elle, plutôt émergé en marge des questions environnementales, explique Sylvie Ollitrault : "on peut dire que c’est sur le plateau du Larzac que s’est constituée l’idée de la désobéissance civile, en tout cas à la française, parce qu’effectivement on a nos matrices très particulières du militantisme. Depuis les années altermondialistes, au fur et à mesure des luttes antimondialisation, il est devenu assez habituel qu’il y ait des groupes anticapitalistes, dit Black-block, qui s’adjoignent au mouvement écologiste au moment des grandes manifestations : ce qu’on a retrouvé là, c’est aussi une grammaire militante, qui maintenant devient quasiment ritualisée, qui est interrogée au sein du mouvement, pour qui la question de la violence est centrale".

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