Epidémie de bronchiolite : pourquoi la crise est-elle si aiguë ?

Un chef de service de réanimation pédiatrique soigne un enfant aux urgences pédiatriques du CHU Pelegrin à Bordeaux, le 3 novembre 2022.
Un chef de service de réanimation pédiatrique soigne un enfant aux urgences pédiatriques du CHU Pelegrin à Bordeaux, le 3 novembre 2022. ©AFP - Philippe LOPEZ
Un chef de service de réanimation pédiatrique soigne un enfant aux urgences pédiatriques du CHU Pelegrin à Bordeaux, le 3 novembre 2022. ©AFP - Philippe LOPEZ
Un chef de service de réanimation pédiatrique soigne un enfant aux urgences pédiatriques du CHU Pelegrin à Bordeaux, le 3 novembre 2022. ©AFP - Philippe LOPEZ
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Dans une lettre ouverte adressée à Emmanuel Macron, 7.000 soignants et associations de patients dénoncent la saturation des services de pédiatrie en hôpitaux. Entre plan blanc et mesures d'urgences : à quel prix l'hôpital public peut-il gérer une épidémie ?

Avec
  • Mélodie Aubart Neuropédiatre à l'hôpital Necker-Enfants malades à Paris et membre du Collectif de Pédiatrie
  • Vincent Enouf responsable adjoint du Centre national de référence des virus des infections respiratoires à l'Institut Pasteur.
  • Brigitte Virey Pédiatre libérale à Dijon, Présidente du Syndicat national des pédiatres

L’alerte a été précoce : dès la mi-octobre, pédiatres des hôpitaux et de ville alertent les pouvoirs publics sur l’intensité à venir d’une vague d’hospitalisation dans le secteur pédiatrique. Ces bronchiolites sont provoquées par un plus grand nombre de virus respiratoires synthitial, des rhinovirus et des metapneumovirus. De semaine en semaine, la situation s’est aggravée avec le déclenchement du plan blanc dans certaines régions, une polémique entre le ministre et des médecins sur le tri des enfants, une autre sur la dette immunitaire, raison théorique avancée par certains pour expliquer la virulence de la bronchiolite cette année et enfin par l’annonce de 400 millions d’euros supplémentaires pour aider l’hôpital à passer ce nouveau cap.

Car l’engorgement des services pédiatriques retarde les opérations programmées pour d’autres malades jeunes et épuise les personnels qui tiennent encore mais jusqu’à quand.

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Pour en débattre, Emmanuel Laurentin reçoit Mélodie Aubart, neuropédiatre à l'Hôpital Necker de Paris ; Vincent Enouf, responsable adjoint du Centre national de référence des virus des infections respiratoires à l'Institut Pasteur ; Brigitte Virey, pédiatre libérale à Dijon, Présidente du Syndicat national des pédiatres.

Hôpital public : La pédiatrie en première ligne

"En pédiatrie, on a l’habitude d’ouvrir des lits l’hiver – on passe d’une capacité de 100% à 120-130% –, justement pour accueillir les enfants qui ont une bronchiolite, la grippe ou la gastro" explique Mélodie Aubert. "Or, cette année on a vu au printemps qu’on restait à 80% de lits ouverts, malgré des heures supplémentaires et un recours à l’intérim extrêmement important – et extrêmement couteux pour l’hôpital –. Donc on savait bien qu’on n’arriverait pas à monter à 120% et on a vu arriver très vite la catastrophe : on déprogrammait déjà des soins au printemps et cet été, cette crise était donc prévisible. Nous faisons notre maximum et nous allons continuer de le faire. Le problème c’est pour l’après : les personnels médicaux quittent l’hôpital, parce que nous ne pouvons plus tenir dans ces conditions, et nous demandons que l’Etat reconnaissent sa responsabilité dans ce qu’il se passe depuis bien longtemps. (…) Car la mortalité infantile en France augmente depuis maintenant plusieurs années". Si la dégradation des services de soins pédiatriques devient perceptible à l’occasion de cette épidémie, le problème n’est ni nouveau, ni circonscrit à l’hôpital rappelle Brigitte Virey : "ça fait très longtemps qu’on alerte sur la démographie pédiatrique, maintenant il sort un peu plus de 300 internes en pédiatrie tous les ans, mais ce n’est absolument pas suffisant pour pouvoir assurer toutes les missions des pédiatres. D’autant que quand il s’agit de venir s’installer en ville, ça devient compliqué parce que, à l’heure actuelle, la spécialité est complétement déconsidérée. Nous sommes 2 600 pédiatres libéraux, ce n’est quand même pas beaucoup pour mailler l’ensemble du territoire national. De surcroit, ça devient très compliqué pour les jeunes car nous sommes la spécialité qui a le plus de consultations non-programmées : nous avons fait une études auprès de médecins, pour comparer avec d’autres spécialités, ce sont les pédiatres qui ont la plus grande amplitude horaire".

Plus largement, se pose la question de ce qui peut être fait pour aider le système de soins. Pour Vincent Enouf, "il y a eu toutes ces mesures barrières qui nous ont protégés du Covid, aujourd’hui elle peuvent être aussi mises à profit pour essayer de calmer ces arrivages de personnes, aujourd’hui les enfants, mais demain les adultes avec la grippe et le SARS-COV-2 qui est toujours là. Il n’est pas forcément question d’un nouveau variant, mais avec l’humidité de l’air, avec le froid qui arrive, là on est dans des conditions parfaitement adéquates pour favoriser la diffusion des virus respiratoires. Que ce soit la grippe et tous les autres. (…) Par ailleurs, quand on voit cette augmentation de détection de virus respiratoire de manière précoce il y a un mois, il ne peut se passer que ce qu’il se passe aujourd’hui, faute de moyens. Pourtant on a eu une crise gigantesque avec le SARS-COV-2, et je me pose toujours la question : quels en sont les enseignements ?".

À réécouter : "Hôpital public"
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