les microphones des principales radios d'information françaises ©AFP
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Résumé

53% des Français souffrent de "fatigue informationnelle", selon une étude publiée le 1er sept. par la Fondation Jean Jaurès. En 1981, Edgar Morin écrivait déjà : "Nous sommes comme aveuglés par un nuage informationnel". Comment public et médias peuvent-ils lutter contre cet excès ou "infobésité" ?

avec :

Sylvain Parasie (sociologue, maître de conférence à l’Université Paris-Est / Marne-la-Vallée, co-auteur avec Jean-Samuel Beuscart et Éric Dagiral de « Sociologie d’internet » ed. Armand Colin.), David Medioni (Journaliste, co-auteur du blog “Yes they can”), Aude Carasco (Cheffe de la rubrique médias à La Croix).

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Trois organismes, la fondation Jean Jaurès, l’observatoire Société et Consommation et Arte viennent de publier une étude sur les mutations et tensions dans notre rapport à l’information qui met en évidence un stress et un épuisement liés aux excès de nouvelles. Sont mis en cause dans cette enquête à la fois l’impression d’avoir tout le temps les mêmes informations dans la journée ainsi que la difficulté de distinguer ce qui est important dans le flot des infos.

Quelle responsabilité portent les médias eux-mêmes dans cette surcharge d’actualités ? Comment continuer à s’informer sans couper l’ensemble des médias qui nous informent ?

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Pour en débattre, Emmanuel Laurentin reçoit Sylvain PARASIE, Sociologue, professeur au Medialab de Sciences Po, Aude CARASCO, cheffe de la rubrique médias à La Croix, autrice d'une enquête sur la « diète médiatique » d’anciens accros à l’info publiée en Janvier 2022, et David MEDIONI, directeur de l’Observatoire des médias à la fondation Jean-Jaurès et co-auteur de l’étude sur la fatigue informationnelle chez les Français.

Une saturation : "Les contenus sont désormais très nombreux, très multiples et très éclatés"

"J’ai refait le compte" nous explique David Medioni, "depuis jeudi dernier avec quatre médias, Le Monde, Libé, Le Figaro et une radio concurrente, j'ai reçu plus de 67 alertes qui ne concernaient que la mort de la reine d'Angleterre, le couronnement du roi Charles III, le fait que le cercueil est passé d'un endroit à l'autre et ainsi de suite". Par cet excès d’information couplé à ce que Sylvain Parasie appelle "l’exposition incidente ou addictive" ou encore aux "bulles informationnelles" qu’évoque Aude Carasco, l’information est devenue une source de stress et de fatigue pour plus d’un Français sur deux, d'après l'étude de la fondation Jean Jaurès. Ainsi, alors que 75% des Français s’intéressaient à l’information il y a quelques années, on se situe désormais "à 61 % depuis deux ou trois années" explique-t-elle.

Cette situation est, d'après Sylvain Parasie, liée à "des transformations très importantes et une explosion conséquente du nombre de médias. Les contenus d'informations sont désormais très nombreux, très multiples et très éclatés, puisque rappelons-nous que, quand on achetait un journal imprimé, on avait un paquet d'informations bien différentes, alors qu'aujourd'hui n'importe quel article peut aussi avoir son propre chemin de diffusion via les réseaux sociaux". Cette massification de l'information, qui se propage à travers un nombre croissant de canaux, est d'autant moins efficace qu'elle n'est pas justifiée par la mission d'informer défend Aude Carasco. "En 2013, Julia Cagé, économiste, et ses collègues avaient mesuré qu'il y avait plus de 64 % des informations d'actualité annuelle qui étaient totalement répétitives.

Vers une écologie des médias ?

Ces symptômes font, d’après David Medioni, écho à "un livre de Neal Postman qui s'appelait ‘Se Divertir à en mourir’ dans lequel justement il alpaguait la façon dont la télévision travestissait l'univers informationnel en se tournant vers le divertissement. Il écrivait ‘Nous sommes en train de perdre la notion de ce que signifie être bien informé’, et je pense que même l'ensemble des médias a aussi perdu cette notion".

Néanmoins, certains signes semblent indiquer que l’éthique journalistique pousse peu à peu le secteur des médias vers une nouvelle écologie. Avec la sobriété dans la production de contenus, comme l’évoque Aude Carasco : "à Libération il y a peut être un an et demi, le directeur disait qu’ils produisaient 120 papiers par jour, et qu’il fallait arriver à 90". Mais aussi grâce aux retour en forces dans la consommation "des formats d'information qui sont fermés, où il y a un début et une fin, par exemple une newsletter ou un journal comme Le 1 qui prend un sujet d'information et qui décide de le triturer" défend Sylvain Parasie. Enfin, la prise en compte du biais de négativité, une réflexion sur "la diversité des perspectives que les médias peuvent traduire sur le monde ou sur les possibilités d'échapper un peu à l’agenda" insiste David Medioni, constituent aussi des pistes crédibles.

Finalement, la piste de la responsabilisation individuelle semble être privilégiée par nos invités, comme l'exprime Sylvain Parasie : "Je pense qu'il faut être attentif effectivement à la pluralité des usages de l'information dans les milieux sociaux. Cette idée de ce qu'on pouvait appeler, à la suite de Pierre Bourdieu, la bonne volonté informationnelle".

Pour aller plus loin :

Références

L'équipe

Emmanuel Laurentin
Emmanuel Laurentin
Cécile Bidault
Production déléguée
Stéphanie Villeneuve
Collaboration
Fanny Richez
Collaboration
Mathias Mégy
Collaboration
Daphné Leblond
Réalisation