Image satellite d'immeubles d'habitation détruits à Marioupol, en Ukraine, le 22 mars 2022.
Image satellite d'immeubles d'habitation détruits à Marioupol, en Ukraine, le 22 mars 2022.
Image satellite d'immeubles d'habitation détruits à Marioupol, en Ukraine, le 22 mars 2022. ©AFP - Maxar Technologies
Image satellite d'immeubles d'habitation détruits à Marioupol, en Ukraine, le 22 mars 2022. ©AFP - Maxar Technologies
Image satellite d'immeubles d'habitation détruits à Marioupol, en Ukraine, le 22 mars 2022. ©AFP - Maxar Technologies
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Résumé

Alors que la ville de Marioupol, en Ukraine, est totalement anéantie et que d’autres, comme Kharkiv, sont encore intensément bombardées, comment comprendre cette stratégie, conduisant à l’"urbicide" ? Que se passe-t-il lorsque la ville devient elle-même un objectif de guerre ?

avec :

Franck Mathevon (Journaliste à la Rédaction internationale), Vincent Duclert (historien, chercheur titulaire à l'Ehess, inspecteur général de l'Education nationale, professeur associé à Sciences-Po.), Bénédicte Tratnjek (Agrégée de géographie, professeure au lycée Garnier à Chambéry et au département de géographie de l’université Savoie Mont-Blanc, auteure du blog Géographie de la ville en guerre.).

En savoir plus

Le terme d’"urbicide" fut inventé par l’ancien maire de Belgrade, Bogdan Bogdanovic, dans les années 1990, pendant les guerres en ex-Yougoslavie et popularisé par l’historien de l’architecture François Chaslin. Ce terme décrivait la destruction de Sarajevo, cité qui affichait un certain cosmopolitisme dans un conflit qui, lui, cherchait à opposer les communautés. Depuis Sarajevo, il y eut les bombardements sur Grozny en Tchétchénie puis Alep en Syrie, et aujourd’hui Marioupol et Kharkiv, qui nous autorisent à nous demander ce qu’on cherche à détruire quand on détruit une ville. Est-ce l’urbanité, un certain mode de vie en société qui est attaquée ? Cherche-t-on simplement à terroriser les populations civiles et à les faire partir ? Pourquoi détruire des lieux de culture et de vie dont le rôle n’a rien de stratégique ?

Pour cette émission, Emmanuel Laurentin reçoit Vincent Duclert, historien, chercheur titulaire à l'Ecole des Hautes Etudes en Sciences sociales (EHESS), inspecteur général de l'Education nationale, professeur associé à Sciences Po, Tetyana Kilesso-Contant, docteure en études slaves de la Sorbonne Université, spécialiste de l'architecture ukrainienne, chargée de cours à l'Institut National des Langues et Civilisations Orientales (Inalco), Bénédicte Tratnjek, agrégée de géographie, professeure au collège Michel Servet à Annemasse, auteure du blog "Géographie de la ville en guerre" ainsi que Franck Mathevon, rédacteur en chef adjoint réaction internationale de Radio France, de retour de Kharkiv.

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Vincent Duclert met en lumière les objectifs humains de la guerre des villes : "Les villes peuvent être aussi des lieux d’extermination des populations que l’on considère globalement comme des opposants potentiels, comme devant subir un châtiment collectif à travers des modes opératoires très ciblés. (...) Il faut insister sur la dimension humaine. Des bâtiments historiques peuvent se reconstruire. La culture se reconstruit. Mais les personnes qui meurent sous les bombes ne revivent pas. Il faut insister sur les objectifs humains de ces guerres des villes."

Tetyana Kilesso-Contant souligne la solidarité existante entre les populations, qui pousse à espérer une reconstruction de la ville une fois la guerre terminée : "Au lieu de séparer les populations, la guerre a soudé la population contre l’ennemi commun, ce ne sont pas les russes contre les ukrainiens, c’est la barbarie contre les valeurs démocratiques. C’est ce qui unit les gens aujourd’hui. (...) Cette solidarité qui s’est créée est extraordinaire et va durer. Tous les ukrainiens qui arrivent aujourd’hui en France ne rêvent que d’une chose, c’est de revenir à la maison, de reconstruire leur pays et de vivre heureux, en paix, dans un pays moderne. Les architectes n’ont pas l’intention de partir. Ils veulent attendre car après la guerre, il y aura du travail pour eux."

Bénédicte Tratnjek insiste sur la destruction, par les bombardements des villes, de la coexistence entre les peuples, et sur l'importance des traumatismes subis par les individus : "Pourquoi détruire ces bâtiments ? Ce ne sont pas forcément des objectifs militaires, une guerre c’est aussi médiatique, pas seulement par des médias officiels. L'idée est de marquer les représentations. C’est détruire ce qui fait que la ville est ville. Une ville, c’est un maximum de densité et de proximité, c’est là où les gens vivent ensemble. En Ukraine, ce que les russes essayent de détruire, c’est cette coexistence plus ou moins conflictuelle entre des pro-russes et des pro-Europe. Dans les villes, cette coexistence devient mixité, elle peut devenir quelque chose qui va vers le cosmopolitisme. On détruit l’ “urbanité”, la ville n’est pas seulement des bâtiments, c’est d’abord un vivre-ensemble. (...) La peur s’immisce par delà le temps des bombardements. La ville peut être reconstruite, mais est-ce qu’on peut reconstruire une manière de vivre ensemble ? Les habitants vont être marqués par les traumatismes."

Références

L'équipe

Emmanuel Laurentin
Emmanuel Laurentin
Rémi Baille
Collaboration
Fanny Richez
Collaboration
Thomas Jost
Réalisation
Chloë Cambreling
Production déléguée
Mathias Mégy
Collaboration
Juliette Mouëllic
Collaboration