Déjà en hausse ces derniers mois, le prix des carburants s'est envolé depuis le début de la guerre en Ukraine
Déjà en hausse ces derniers mois, le prix des carburants s'est envolé depuis le début de la guerre en Ukraine
Déjà en hausse ces derniers mois, le prix des carburants s'est envolé depuis le début de la guerre en Ukraine ©AFP - Sébastien Bozon
Déjà en hausse ces derniers mois, le prix des carburants s'est envolé depuis le début de la guerre en Ukraine ©AFP - Sébastien Bozon
Déjà en hausse ces derniers mois, le prix des carburants s'est envolé depuis le début de la guerre en Ukraine ©AFP - Sébastien Bozon
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Résumé

La guerre en Ukraine accentue encore l'inflation. Comment faire face à la hausse généralisée et durable des prix ? Faut-il renouer avec le contrôle des prix officiellement abandonné en 1986 ? Quelle différence avec des primes ou une baisse des taxes ?

avec :

Pascale Hébel (Economiste, spécialiste de la consommation), Jean-Marc Daniel (économiste, professeur émérite à l'ESCP Europe).

En savoir plus

C’est un débat récurrent chez les économistes : le contrôle des prix, général ou partiel, est-il légitime ? S’il l’est, doit-il être cantonné aux périodes de crise et de guerre ou peut-il s’appliquer en temps de paix?

Ces questions, théoriques en France depuis 1986 et la fin du contrôle, sont brusquement revenues sur le devant de la scène depuis que l’inflation croît en Europe. Des candidats à la présidentielle l’ont également inscrit à leur programme.

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Après tout, dans un système qui privilégie la liberté des prix, certains biens, comme les titres de transport en commun, les frais de notaire, les timbres poste ou le tabac sont contrôlés. Pourquoi ne pas élargir cette liste aux carburants ou certains produits alimentaires ? Quel rôle cela aurait-il sur l’inflation ?

Pour ce débat, Emmanuel Laurentin reçoit Jean-Marc Daniel, économiste et professeur émérite d'économie à ESCP Business School, Pascale Hébel, directrice du pôle consommation et entreprise du CREDOC et Jonathan Marie, maître de conférences en économie à l’Université Sorbonne Paris Nord, membre du laboratoire CEPN (Centre d’Economie de Paris Nord) et rédacteur en chef adjoint de la Revue de la régulation – Capitalisme, institutions, pouvoirs.

Jean-Marc Daniel définit le juste prix et souligne la nécessité de laisser le marché faire : "Le juste prix, qui rémunère le producteur et permet de préserver le pouvoir d’achat du consommateur, est le prix issu de la concurrence et de la liberté de formation du prix sur le marché. L’intervention administrative finit toujours par conduire à des blocages, du marché noir, des opérations de contournement. (...) L’Etat peut intervenir mais pas sous forme de contrôle des prix. Il faut qu’il laisse le marché respirer et intervenir pour orienter la consommation. (...) Le prix du marché est relativement efficace. (...) L’intervention sur les prix doit être de laisser fonctionner le marché. En revanche, on peut intervenir sur un certain nombre de prix avec la fiscalité pour lutter contre les externalités, comme le réchauffement climatique."

Pascale Hébel insiste sur l'importance de réguler, pour qu'une majorité d'individus puisse répondre à ses besoins de base : "On essaye de remettre en marche des instruments pour orienter les marchés vers des pratiques plus vertueuses, dans le sens de l’écologie, ou dans l’aide de certaines parties de la population pour manger et se loger. (...) On a besoin d’instruments de régulation : modifier les prix et ne pas laisser le marché faire. (...) Il y a certains secteurs où on va fixer des prix. On a des activités qui ont besoin d’être régulées pour ne pas laisser s’enflammer les prix sur des besoins du bien commun. "

Jonathan Marie met une lumière les différentes possibilités d'intervention sur les prix, qui pourraient être pertinentes : "Une politique d’intervention sur les prix est possible : blocage des prix, contrôle des prix… On peut tolérer une variation des prix, à condition, si celle-ci est importante, que l’on indique pourquoi celle-ci est indispensable, parce que ça rendrait par exemple les profits négatifs. (...) C’est rapide de dire que le contrôle des prix n’a jamais fonctionné et ne fonctionne jamais. On pourrait renverser l’argumentation en disant que la situation actuelle montre l’échec de la libéralisation des prix. (...) La libéralisation complète de tous les prix ne renvoie pas toujours le bon signal sur les comportements. Un contrôle de prix peut être justifié."

Bibliographie :

  • Jean-Marc Daniel, Histoire vivante de la pensée économique : des crises et des hommes, Pearson, 2021
  • Dir. Éric Berr, Virginie Monvoisin, Jean-François Ponsot, L'Economie post-keynésienne - Histoire, théories et politiques, Seuil, 2018
Références

L'équipe

Emmanuel Laurentin
Emmanuel Laurentin
Rémi Baille
Collaboration
Fanny Richez
Collaboration
Thomas Jost
Réalisation
Chloë Cambreling
Production déléguée
Mathias Mégy
Collaboration
Juliette Mouëllic
Collaboration