Affiche de campagne électorale en faveur du Premier Ministre israélien, Benjamin Netanyahou, au pouvoir depuis 12 ans
Affiche de campagne électorale en faveur du Premier Ministre israélien, Benjamin Netanyahou, au pouvoir depuis 12 ans
Affiche de campagne électorale en faveur du Premier Ministre israélien, Benjamin Netanyahou, au pouvoir depuis 12 ans  ©Maxppp - ABIR SULTAN
Affiche de campagne électorale en faveur du Premier Ministre israélien, Benjamin Netanyahou, au pouvoir depuis 12 ans ©Maxppp - ABIR SULTAN
Affiche de campagne électorale en faveur du Premier Ministre israélien, Benjamin Netanyahou, au pouvoir depuis 12 ans ©Maxppp - ABIR SULTAN
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Résumé

De nouvelles élections législatives attestent-elles de la vigueur démocratique d'Israël ? Alors que les accusations de corruption contre Netanyahou semblent avoir été balayées par le succès des vaccinations, que reste-t-il des critiques sur la politique sécuritaire et ségrégationniste du Likoud ?

avec :

Thomas Vescovi (Chercheur indépendant en histoire contemporaine. Auteur de “L'échec d'une utopie. Une histoire des gauches en Israël”, ed. La Découverte.), Sylvaine Bulle (sociologue, Professeure à l'ENSA de Paris Diderot), Jacques Bendelac (économiste, chercheur en sciences sociales à Jérusalem, enseignant au Collège académique de Netanya.).

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On l’a beaucoup dit depuis ce matin dans vos journaux mais les Israéliens sont allés aujourd’hui aux urnes pour la quatrième fois en deux ans. Quatre élections législatives qui n’empêchent pas de penser qu’il pourrait y en avoir une cinquième sous peu, si le vainqueur issu de celle-ci ne parvenait pas à s’entendre pour faire un nouveau gouvernement.

Vu de loin, et au regard du succès de la stratégie vaccinale mise en œuvre, il pourrait apparaître évident que le chef du gouvernement, Benjamin Netanyahu, à toutes les chances de l’emporter.  Mais l’émiettement des partis politiques est tel que sur les 39 listes électorales qui se battent pour les 120 sièges de la Knesset, composer un nouveau gouvernement ne sera pas le plus simple même pour celui qui est au pouvoir depuis bientôt 12 ans.

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Pour Jacques Bendelac, économiste et enseignant au Collège académique de Netanya, le glissement vers l'illibéralisme n'est pas inexorable, c'est une stratégie politique bien menée : 

Netanyahou s’accroche au pouvoir par tous les moyens : remettre en cause la Cour suprême, critiquer les journalistes, critiquer l’opposition, pour diviser le plus possible. Ce n’est pas [un processus] naturel, c’est une stratégie mise en place. 

La campagne électorale de Netanyahou a assez peu mis l’accent sur la gestion de la crise sanitaire. Il a beaucoup plus insisté sur les succès diplomatiques avec les pays arabes (accords d’Abraham), sa capacité à faire face au nucléaire iranien, et à sauver le pays de la crise économique.  [...] Ses opposants mettent l’accent sur les échecs de la politique économique : il y a beaucoup de chômeurs et de pauvres, et pas non plus de budget car le gouvernement n’a pas réussi à s’entendre. 

Thomas Vescovi, chercheur indépendant en histoire, revient sur les origines de l'État israélien, qui seraient au fondement de la crise démocratique actuelle : 

La complexité de la démocratie en Israël tient à sa formation : l’État a été créé dans le cadre d’une guerre, en 1948, qui a coûté l’injustice pour un peuple qui s’est vu exproprié de ses terres. Dès lors, une ligne de crête s’est formée : d’un côté la volonté de préserver des valeurs démocratiques, parce qu’on veut être allié à l’Occident, aux États-Unis, au « monde libre » et de l’autre, l’importance de donner au pouvoir militaire une présence forte, parce qu’il faut être défendu. Le seul moyen de sortir de là, c’est la paix, qui n’est plus au programme actuellement. 

Pour Sylvaine Bulle, sociologue, et Thomas Vescovi, le tournant pris par Ariel Sharon et poursuivi par Netanyahou a modifié le rapport à la démocratie et au nationalisme :

La ligne de conflit ne se situe plus entre partisans et opposant à la paix avec les Palestiniens ; il se fait entre ceux qui souhaitent défendre des valeurs démocratiques et ceux qui sont pour un état plus illibéral. -Thomas Vescovi

Le « peuple » au sens d’« ethnos », le peuple défensif, est désormais beaucoup plus important que le « peuple » au sens démocratique […] On peut ne peut pas poser la question de la démocratie sans poser celle du nationalisme. En raison de la faiblesse des institutions démocratiques, la religion avance dans l’agenda démocratique.  

Néanmoins, ce qui me semble très encourageant, c’est la démocratie par les marges : la présence des Russes, qui ne sont ni juifs ni sionistes, l’émergence de questions comme celle du féminisme (et du féminisme religieux), de l’écologie, ou encore la nouvelle génération palestinienne qui demande à voter.

Références

L'équipe

Emmanuel Laurentin
Emmanuel Laurentin
Hugo Boursier
Collaboration
Rémi Baille
Collaboration
Bruno Baradat
Production déléguée
Fanny Richez
Collaboration
Adèle Rosier
Collaboration