Vladimir Poutine et Angela Merkel à la fin de leur conférence de presse conjointe après leur rencontre au Kremlin à Moscou, le 11 janvier 2020. ©AFP - Pavel Golovkin / POOL
Vladimir Poutine et Angela Merkel à la fin de leur conférence de presse conjointe après leur rencontre au Kremlin à Moscou, le 11 janvier 2020. ©AFP - Pavel Golovkin / POOL
Vladimir Poutine et Angela Merkel à la fin de leur conférence de presse conjointe après leur rencontre au Kremlin à Moscou, le 11 janvier 2020. ©AFP - Pavel Golovkin / POOL
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Résumé

Dans le contexte de la guerre en Ukraine, malgré la pression de l’OTAN et des Etats-Unis, l’armée allemande se trouve dans l'incapacité de réagir. De plus, la dépendance au gaz russe de la première économie européenne la met en difficulté. Comment comprendre cette position délicate ?

avec :

Michaela Wiegel (Correspondante à Paris du Frankfurter Allgemeine Zeitung), Jakob Vogel (Professeur au Centre d’histoire de Sciences Po, titulaire de la chaire « Histoire de l’Europe, XIXe-XXe siècles »), Hans Stark (Professeur de civilisation allemande contemporaine à la Sorbonne-Université et conseiller pour les relations franco-allemandes à l’IFRI).

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Sa parole est assez rare mais celui qu’on considère comme la conscience allemande de l’après-guerre, Jurgen Habermas, a parlé : dans un texte publié vendredi dans la Süddeutsche Zeitung, le défenseur du "patriotisme constitutionnel" félicite le chancelier Olaf Scholz d’avoir fait preuve "de réflexion et de retenue" face à la guerre en Ukraine. Par ce texte, le philosophe vient au secours du chancelier dont la "retenue" était de plus en plus critiquée en Allemagne. En même temps que se déployaient dans d’opinion les arguments favorables au droit d’inventaire sur la politique d’Angela Merkel et de Gerhardt Schroeder vis-à-vis de la Russie Pourtant que de chemin parcouru depuis le début de ce conflit : le discours du chancelier devant le Bundestag et l’annonce d’un programme de 100 milliards d’euros d’investissement dans une armée dont la situation apparaît pathétique, puis l’envoi d’armes légères avant la décision, la semaine dernière de fournir à l’Ukraine des chars Guepar ont conduit Berlin loin de la position traditionnelle du "plus jamais la guerre". Mais à quel prix pour l'économie et la position internationale de l’Allemagne ?

Pour ce débat, Emmanuel Laurentin reçoit Hans Stark , professeur de civilisation allemande à l’Université de la Sorbonne, conseiller pour les relations franco-allemandes à l’Institut français des relations internationales (IFRI), Jakob Vogel,  historien, professeur à Sciences po Paris, directeur du centre de recherche franco-allemand en sciences humaines et sociales Marc-Bloch à Berlin et Michaela Wiegel, correspondante en France du journal Frankfurter Allgemeine Zeitung.

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Hans Stark met en lumière les limites du comportement allemand vis-à-vis de la Russie, et lé nécessité d'agir pour aider efficacement l'Ukraine : "Depuis trente ans, les Allemands essaient de faire de la Russie un partenaire. (...) Le fait que les Allemands aient autant injecté d'argent en Russie pour acheter du gaz et du pétrole a très activement participé à l'émergence de la puissance militaire russe, ce qui pose un vrai problème puisque les Européens d'Europe centrale n'ont cessé de souligner depuis des années le danger qui nous guette, des risques que la Russie se tourne à nouveau contre l'Europe centrale pour déclencher les hostilités. (...) L'Allemagne aurait dû se poser plus tôt quelques questions sur la politique russe. (...) C'est l'Allemagne qui doit donner le "la" et d'être l'avant-garde de l'aide en faveur de l'Ukraine."

Jakob Vogel souligne les tensions internes aux positions allemandes, tout en notant l'indépendance européenne générale à la Russie : "Je parlerais plutôt d'une crise d'adaptation que d'une crise morale : une adaptation à une situation nouvelle pour les Allemands qui se croyaient vivre dans une époque paisible, après l'unification de l'Allemagne et tous les changements intervenus depuis. Ils se découvrent dans une Europe où l'agression russe a changé la donne. (...) Les Ministres Verts du nouveau Gouvernement sont ouvertement défenseurs des positions ukrainiennes. Du côté de la SPD, les positions sont plus nuancées. (...)  Les pays d'Europe sont dépendants, de façon différente, des matières premières russes, y compris dans le nucléaire. (...) Les Allemands sont prêts à faire des concessions, même si ça touche de raffineries allemandes. (...) L'Allemagne a déjà réussi à diminuer l'importation du pétrole russe, même si au niveau du gaz les choses ne sont pas si simples et vont plus lentement."

Michaela Wiegel affirme que l'on peut parler de crise morale du fait de l'aveuglement de l'Allemagne depuis l'annexion de la Crimée, et qu'il est nécessaire de trouver une nouvelle position pour faire face à la guerre : "Tout ce désarmement et les coupes dans les budgets militaires sont venus après la réunification, où réellement les Allemands avaient l'impression que c'était la fin de l'histoire, et la victoire de la démocratie et de l'économie de marché. (...) Je ne suis pas sûre que l'opinion publique ait totalement intégré les changements, je pense que l'on peut parler d'une crise morale actuellement. (...) L'obsession de sortir de l'énergie nucléaire a engendré un aveuglement géostratégique. (...) On s'est mis dans les mains de la Russie, on a même refusé de regarder quelles autres sources d'approvisionnement on pouvait utiliser. (...) Il n'y a pas eu de pensée stratégique en Allemagne après l'annexion de la Crimée. (...) La position allemande ne tient plus bon face à une guerre qui est aux portes de l'Europe."

Références

L'équipe

Emmanuel Laurentin
Emmanuel Laurentin
Rémi Baille
Collaboration
Fanny Richez
Collaboration
Thomas Jost
Réalisation
Chloë Cambreling
Production déléguée
Mathias Mégy
Collaboration
Juliette Mouëllic
Collaboration