Des militaires français à leur arrivée à la base de Mihail Kogălniceanu, en Roumanie, le 3 mars 2022 ©AFP - DANIEL MIHAILESCU
Des militaires français à leur arrivée à la base de Mihail Kogălniceanu, en Roumanie, le 3 mars 2022 ©AFP - DANIEL MIHAILESCU
Des militaires français à leur arrivée à la base de Mihail Kogălniceanu, en Roumanie, le 3 mars 2022 ©AFP - DANIEL MIHAILESCU
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Résumé

D’après un récent rapport parlementaire, les forces françaises sont insuffisamment armées face à la menace de conflits de haute intensité, comme la guerre en Ukraine. Sans pour autant laisser planer que le pire est à venir, il s’agit de préparer l’armée et la société dans son ensemble.

avec :

Bénédicte Chéron (historienne, chercheur-partenaire au SIRICE (Sorbonne Université), enseignante à l’institut catholique de Paris (ICP).), Jérôme Pellistrandi (Rédacteur en chef de la Revue Défense Nationale (RDN)), Jérôme Pellistrandi (Rédacteur en chef de la Revue Défense Nationale).

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Comment doit-on nommer le conflit qui s’est ouvert il y a deux semaines en Ukraine ? Une "montée aux extrêmes", comme la décrit Clausewitz ? Une guerre majeure ? Une guerre totale ? Ou bien une guerre de haute intensité, comme les États majors aiment qualifier, depuis quelques années, un conflit qui nécessite grande capacité de mobilisation humaine, de matériels mais aussi guerre de l’image, cyber guerre et propagande.

Un rapport parlementaire remis opportunément en février a alerté la représentation nationale mais aussi l’opinion publique sur les manques de l’armée française en cas de conflit majeur la visant : pointant un stock de matériel trop étroit et une masse trop faible de notre armée, les rapporteurs estiment que malgré ses rafales, l’aviation française pourrait être réduite à néant en cinq jours. De plus, la guerre est sortie depuis si longtemps de l’horizon des françaises et français qu’une situation de ce type nécessiterait un ré-apprentissage auquel peu d’entre nous sont préparés.

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Pour ce débat, Emmanuel Laurentin reçoit Bénédicte Chéron, historienne, maîtresse de conférences à l’Institut Catholique de Paris, spécialiste de la relation armée-société, Général Jérôme Pellistrandi, rédacteur en chef de la Revue Défense Nationale (RDN) et Robert Ranquet, vice-président de l’European Expertise & Expert Institute (EEEI), ingénieur général de l’armement à la retraite, ancien directeur-adjoint de l’Institut des Hautes Études de Défense Nationale (IHEDN).

Bénédicte Chéron souligne l'importance de réapprendre collectivement ce qu'est la guerre et de renforcer le lien entre l'armée et la société afin que les forces soient mieux préparées aux conflits : "C’est par à-coups qu’un certain nombre de sujets reviennent sur le devant de la scène, des hypothèses qui étaient sur la table deviennent alors visibles, palpables. (...) Il y a des questions capacitaires, mais aussi des questions de ce que les militaires appellent les forces morales. Le lien entre l'armée et les concitoyens est indispensable pour que les armées puissent agir. Il y a un réapprentissage collectif de ce qu’est la guerre, qui s'inscrit sur un temps long (...) On a assisté à un effacement de la parole politique sur le fait que la guerre soit un affrontement de volonté politique. On est dans une société où on a évacué ce sujet, l'affrontement était toujours celui des autres, et jamais le nôtre. (...) La question qui se pose est le consentement à l’investissement pour des chantiers qui sont lointains, ou même qui, on espère, n’arriveront jamais."

Général Jérôme Pellistrandi met en lumière les capacités actuelles des armées malgré le manque d'investissement dans la défense :  "Les conflits auxquels nous sommes confrontés sont toujours l’occasion de se remettre systématiquement en cause. (...) Il y a une forme réelle de désarmement, il suffit de se pencher sur le budget, la déflation des effectifs, les réformes. (...) Le rapport à la mort était totalement différent. On a assisté à un trou générationnel, avec une nouvelle génération de dirigeants qui n’a pas connu la guerre. (...) La qualité est là, le problème c’est la quantité. Nous avons su conserver tout le spectre des capacités, dans un contexte dans lequel la défense était une variable d’ajustement budgétaire. Il faut avoir des capacités humaines, les stocks de munition. (...) Ce qui a fait la force des armées est qu’on a su conserver cet esprit de préparation à ce qu’il y a de plus dur. (...) Toute la difficulté est de construire une défense dans le temps long. "

Robert Ranquet exprime la nécessité de rattraper les manques actuels et de mieux organiser l'armée pour qu'elle puisse faire face aux nouveaux modèles de guerres : "Le modèle de l’armée conduit à avoir des formes professionnelles bien équipées, agiles, taillées pour ce qu’on leur a demandé de faire. Mais pendant tout ce temps, l’idée qu’on pouvait avoir à nouveau affaire à la guerre classique, en situation de haute intensité, était mise de côté. (...) On s’est accoutumés depuis des années à l’idée que nos forces allaient faire des choses limitées, donc il était normal qu’il n’y ait pas beaucoup de pertes. (...) Il faut montrer aux Ukrainiens qu’on ne leur abandonne pas, mais aussi montrer aux alliés de l’OTAN que nous sommes solidaires d’eux, et placer face à la menace russe un seuil à ne pas franchir (...) Il y a des lacunes temporaires capacitaires. Quand on veut faire des opérations, on a pas ce qu’il faut en ce qui concerne les capacités qui conditionnent la disponibilité effective de la force. (...) On est plutôt dans du rattrapage que dans de la reconquête. Entre rattraper les manques actuels et préparer un modèle d’armée à faire ce nouveau type de guerre, il y a un fossé absolu, difficile à combler."

Bibliographie :

  • Dir. Louis Gautier, Mondes en guerre, Volume IV, Guerres sans frontières, 1945 à nos jours,
Références

L'équipe

Emmanuel Laurentin
Emmanuel Laurentin
Chloë Cambreling
Production déléguée
Mathias Mégy
Collaboration
Thomas Jost
Réalisation
Juliette Mouëllic
Collaboration
Rémi Baille
Collaboration
Fanny Richez
Collaboration