Le président français Emmanuel Macron et la présidente du Parlement européen Roberta Metsola à la Conférence sur l'avenir de l'Europe le 9 mai 2022.
Le président français Emmanuel Macron et la présidente du Parlement européen Roberta Metsola à la Conférence sur l'avenir de l'Europe le 9 mai 2022.
Le président français Emmanuel Macron et la présidente du Parlement européen Roberta Metsola à la Conférence sur l'avenir de l'Europe le 9 mai 2022. ©AFP - Ludovic Marin / POOL
Le président français Emmanuel Macron et la présidente du Parlement européen Roberta Metsola à la Conférence sur l'avenir de l'Europe le 9 mai 2022. ©AFP - Ludovic Marin / POOL
Le président français Emmanuel Macron et la présidente du Parlement européen Roberta Metsola à la Conférence sur l'avenir de l'Europe le 9 mai 2022. ©AFP - Ludovic Marin / POOL
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Résumé

En ce 9 mai 2022, Vladimir Poutine et Emmanuel Macron se sont exprimés à l’occasion du jour de la Victoire de la Russie pour l’un, et de la journée de l’Europe pour l’autre. Ces prises de parole questionnent chacune à leur manière l’avenir de l’Europe, conditionné par sa relation à la Russie.

avec :

Claude-France Arnould (Conseillère du président de l’Ifri pour les affaires européennes, diplomate, ancienne ambassadeur de France en Belgique et ancienne directrice exécutive de l’Agence européenne de défense), Françoise Thom (historienne), Jacques Rupnik (Historien, politologue, directeur de recherche émérite au CERI/Sciences Po).

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Ce 9 mai était à la fois la journée de l’Europe et celle de la commémoration par la Russie de Vladimir Poutine de la fin de la Seconde Guerre mondiale. A cette occasion, Emmanuel Macron a prononcé un discours devant le Parlement européen à Strasbourg saluant l’Ukraine qui "par son combat été son courage est d’ores est déjà membre de cœur de notre Union" appelant à une révision des traités européens ainsi qu’à la création d’une "communauté politique européenne" à définir, tandis que Vladimir Poutine présentait, sur la Place Rouge, la Russie comme "un pays différent (…) souhaitant la paix face à un Occident engagé dans une course à l’armement et à la militarisation". Deux modèles qui s’affirmeront face à face expliquait l’Élysée ce matin mais deux discours qui montrent plutôt deux blocs dos à dos, laissant entendre une séparation durable de l’Union européenne et de la Russie.

Pour ce débat, Emmanuel Laurentin reçoit Claude-France Arnould, conseillère du président de de l'Institut français des relations internationales (Ifri) pour les affaires européennes, diplomate, ancienne ambassadrice de France en Belgique et ancienne directrice exécutive de l’Agence européenne de défense, Jacques Rupnik, politiste, spécialiste de l’Europe centrale à Sciences Po, professeur au Collège d’Europe à Bruges et Françoise Thom, maître de conférences émérite, historienne de l’URSS et de la Russie post-soviétique.

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Claude-France Arnould souligne la nécessité d'une proximité entre l'Union européenne et l'Ukraine pour faire face à cette "vraie guerre" : "Maintenant qu'on a réalisé cette Europe de paix, il ne s'agit pas de bâtir une nouvelle opposition militaire ou post-militaire avec la Russie. L'objectif à long terme est d'avoir une relation de paix sur le continent européen avec la Russie. (...) Ce qui compte, c'est d'avoir une proximité qui apporte à l'Ukraine ce dont elle a besoin comme lien avec l'Union européenne. (...) Il y a un besoin politique de paix et de sécurité. Une adhésion prend très longtemps. (...) Ce qu'on cherche à faire, c'est donner tout de suite ce que requièrent l'histoire et la situation militaire. (...) Il ne faut pas acter pour demain que la Russie sera éternellement, pendant des décennies, un ennemi. (...) Le choix pour l'avenir n'est pas de considérer que c'est inéluctable. C'est pas une Guerre froide, c'est une vraie guerre. (...) Il faudrait une politique concertée pour gérer la succession."

Jacques Rupnik note le cycle long que peut constituer cette nouvelle "Guerre froide", et les différentes conséquences que pourraient avoir la défaite de Poutine : "La guerre est aux portes de l'Europe. (...) La lecture de l'histoire russe est marquée par la montée en puissance d'autocratie, et d'autoritarisme, mais aussi du retour à la force, de la conquête militaire. (...) Avant de penser une relation future, réfléchissons à ce qui est la nature du régime russe. (...) Nous sommes entrés dans quelque chose d'imprévisible et dangereux, dans un cycle long d'une "nouvelle Guerre froide", d'une tension entre deux communautés : la communauté européenne et le monde russe. (...) Rien ne nous dit que celui qui viendrait après Poutine serait plus accommodant. Il y a constamment cette tension entre cette idée d'engagement européen et le repli sur l'Eurasie, qui s'oppose à l'Occident. (...) Une guerre perdue induit le changement, et je crois que Poutine est en train de perdre cette guerre. Une défaite peut être porteuse de changement, mais la Russie peut aussi s'installer durablement dans un régime autoritaire nationaliste, post-impérial, hostile à l'Occident."

Françoise Thom met en lumière l'importance de se protéger de la Russie, et l'idée que la mise en œuvre d'une politique russe est nécessaire : "La Russie se pense maintenant en adversaire de l'Europe et reprend une très longue tradition d'hostilité, qui remonte au XIXe siècle. (...) Il faut se poser la question de quelle Russie ? Si la Russie continue dans cette trajectoire, les relations avec la Russie seront des relations d'hostilité, et il faudra penser à se protéger de cette Russie. (...) C'est ce souci d'éviter d'humilier la Russie qui nous a mis dans la situation tragique dans laquelle on est aujourd'hui. Il faudrait rompre avec ce discours. (...) Il faudrait que l'Europe élabore une politique russe, en ayant à l'esprit que la succession de Poutine peut être plus proche qu'on ne l'imagine. Il faut réfléchir à quel genre de Russie on souhaite, et à quelles conditions on pourrait lever les sanctions. (...) La guerre en Ukraine n'est qu'une opération particulière dans une politique beaucoup plus large de bouleversement de l'ordre international, et de renversement de l'hégémonie occidentale."

Bibliographie :

  • Françoise Thom, Comprendre le poutinisme, Desclée de Brouwer, 2018
Références

L'équipe

Emmanuel Laurentin
Emmanuel Laurentin
Rémi Baille
Collaboration
Fanny Richez
Collaboration
Thomas Jost
Réalisation
Chloë Cambreling
Production déléguée
Mathias Mégy
Collaboration
Juliette Mouëllic
Collaboration