Les dirigeants du G7 lors d'un sommet de l'OTAN au siège de l'alliance à Bruxelles le 24 mars 2022.
Les dirigeants du G7 lors d'un sommet de l'OTAN au siège de l'alliance à Bruxelles le 24 mars 2022.
Les dirigeants du G7 lors d'un sommet de l'OTAN au siège de l'alliance à Bruxelles le 24 mars 2022. ©AFP - HENRY NICHOLLS / POOL
Les dirigeants du G7 lors d'un sommet de l'OTAN au siège de l'alliance à Bruxelles le 24 mars 2022. ©AFP - HENRY NICHOLLS / POOL
Les dirigeants du G7 lors d'un sommet de l'OTAN au siège de l'alliance à Bruxelles le 24 mars 2022. ©AFP - HENRY NICHOLLS / POOL
Publicité
Résumé

Directement pointé du doigt par Vladimir Poutine comme directement appelé à l'aide par Volodymyr Zelensky, de nombreuses adresses sont faites à l'Occident dans cette guerre. Mais que signifie l'usage renouvelé de cette notion autant géopolitique qu'idéologique et de qui parle-t-elle ?

avec :

Frank Tétart (Géographe), Sophie Bessis (Historienne, spécialiste de l'Afrique subsaharienne et du Maghreb).

En savoir plus

Alors que la mondialisation libérale laissait entendre que l’unification du monde passait par les chemins du commerce, la guerre en Ukraine nous a rappelé que la vieille idée d’Occident n’était pas morte chez ceux qui contestaient sa domination. Vladimir Poutine et ceux qui l’entourent ont en effet tour à tour dénonce la perfidie de l’Occident ou les mensonges des occidentaux tandis que les sommets concomitants à Bruxelles du G7 et de l’OTAN, en même temps que le Conseil européen, redonnaient corps et voix à un camp occidental qu’on imaginait plus divisé. Cette notion d’Occident était pourtant contestée tant la confusion entre espace politique et valeurs démocratiques était grande. Pourquoi est-elle à nouveau attaquée par de nombreux pays ? Et revendiquée par d’autres ?

Pour ce débat, Emmanuel Laurentin reçoit Sophie Bessis, historienne, Marie Dumoulin, directrice du programme "Europe élargie" du think-tank ECFR, ancienne diplomate et Frank Tétart, docteur en géopolitique spécialiste de Kaliningrad.

Publicité

Pour Marie Dumoulin, la mobilisation du concept d'Occident par la Russie provient d'une interprétation des menaces sur le pays  : " La place de la Russie dans le monde est perçue comme exceptionnelle et parce qu'elle est exceptionnelle, celle-ci se sent menacée par l'Occident, nommé ces dernières années sous le terme d'Occident collectif, concept qui recouvre les Etats-Unis, les européens et un certain nombre d'organisations que la Russie perçoit comme dominées par ces acteurs, en particulier les Etats-Unis. Cet Occident est vu comme fondamentalement hostile à la Russie et toutes ces actions sont interprétées comme une volonté de détruire la Russie et de réduire son influence."

De son côté et pour répondre à la question posée par cette émission, Frank Tétart considère que la notion d'Occident n'avait pas disparue : " Certains ont pensé que la notion d'Occident allait disparaître avec la fin de la guerre froide et l'opposition entre les deux blocs de part et d'autre du rideau de fer, avec d'un côté le bloc occidental dirigé par les Etats-Unis et de l'ordre le bloc soviétique de l'URSS et de ses pays satellites d'Europe de l'Est mais en réalité on voit bien que cette notion est toujours là, parce qu'elle est fondamentalement une représentation, représentation mobilisée pour exprimer un risque pour les Russes, qui s'incarne notamment par des institutions héritées elles de la Guerre Froide, comme l'OTAN ." 

Troisième invitée de cette émission, Sophie Bessis a longtemps travaillé sur le concept d'Occident et ses limites depuis les années 2000, réfléchissant sur le corpus de valeurs que ce même Occident souhaite exporter : " L'indispensable solidarité avec l'Ukraine aujourd'hui n'empêche pas d'interroger l'instrumentalisation du terme d'Occident par ceux qui s'auto-désignent comme des Occidentaux. Cela pose la question des valeurs et de la démocratie. Il y a deux choses qui caractérisent l'Occident, le fait de se caractériser ainsi, de se sentir porteur de valeurs et considérer que tous ceux qui portent ces mêmes valeurs sont en définitif des Occidentaux. Et c'est ainsi que l'Occident s'étend jusqu'à des marges qui ne sont pas occidentales, d'un point de vue géographique, posant alors la question de savoir si les valeurs dont se réclament les occidentaux, comme la démocratie, appartiennent exclusivement à l'Occident. "

Bibliographie :

  • Sophie Bessis, Je vous écris d'une autre rive. Lettre à Hannah Arendt, Éditions Elyzad, 2021
  • Frank Tétart, Pierre-Alexandre Mounier, L'Atlas de l'Europe : Un continent dans tous ses états, Autrement, 2021
  • Sophie Bessis, L'Occident et les autres, La Découverte, 2001
Références

L'équipe

Emmanuel Laurentin
Emmanuel Laurentin
Rémi Baille
Collaboration
Fanny Richez
Collaboration
Thomas Jost
Réalisation
Chloë Cambreling
Production déléguée
Mathias Mégy
Collaboration
Juliette Mouëllic
Collaboration