Sommes-nous accros à la dépense publique ? ©Getty - Yulia Reznikov
Sommes-nous accros à la dépense publique ? ©Getty - Yulia Reznikov
Sommes-nous accros à la dépense publique ? ©Getty - Yulia Reznikov
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Résumé

Le projet de budget 2022 a été présenté ce matin. À sept mois de la présidentielle, les oppositions dénoncent un "quoi qu'il en coûte électoraliste", quand le gouvernement défend une politique d'investissement. La crise sanitaire a-t-elle changé notre rapport à la dépense publique?

avec :

François Ecalle (Ancien magistrat à la Cour des comptes, président de Fipeco, association d'information sur les finances publiques), Laure Quennouëlle-Corre (Historienne, directrice de recherche au CNRS), Anne-Laure Delatte (Économiste, chercheuse au CNRS, membre du laboratoire LEDa de l'université Paris-Dauphine, spécialiste de la finance, des paradis fiscaux et de la zone euro).

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"Flou", "trompe-l’œil", "tour de passe-passe", "euphorie dépensière", les qualificatifs utilisés par la presse et l’opposition pour qualifier le projet de loi de finance présenté ce matin en Conseil des ministres ne vont pas jusqu’à le traiter d’insincère, comme ce fut le cas du dernier budget du quinquennat Hollande, mais l’envisagent comme un budget de pré-campagne électorale. 

L’orthodoxie budgétaire prônée avant la crise sanitaire semble s’être éloignée mais le gouvernement qualifie les dépenses à venir d’investissements utiles à la relance économique. 

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Pour ce débat, Emmanuel Laurentin reçoit François Ecalle, ancien magistrat de la Cour des comptes, l'économiste Anne-Laure Delatte et l'historienne Laure Quennouelle-Corre.

Que penser de ce projet de loi ?

François Ecalle appelle à la prudence et à la patience en expliquant:

"Le Haut conseil des finances publiques, qui est chargé de donner un avis sur les prévisions économiques et les prévisions budgétaires du gouvernement, pour la première fois, a refusé de se prononcer sur le volet budgétaire. Il dit par ailleurs, que du côté des recettes publiques, le gouvernement a été plutôt prudent (...), ce projet est pour l'instant incomplet".

Anne-Laure Delatte, elle, tient à revenir sur le contexte dans lequel naît ce projet de loi :

"Il y a un point qui doit être abordé : c'est la façon avec laquelle nous avons géré la dette publique du Covid, elle n'a pas été cantonnée mais isolée. ". 

C'est un enjeu central, rappelle-t-elle, car :

"les dépenses publiques sont au cœur du contrat social parce que c'est l'arme que pourra utiliser le gouvernement pour appliquer sa politique publique".

Laure Quennouelle-Corre se félicite qu'il y ait un débat sur les dépenses publiques :

"Enfin dans le débat publique français,  nous parlons des dépenses publiques! (...)C'est vraiment le problème en France, la dépense publique et la dette publique n'ont pas fait partie du débat pendant très très longtemps". 

Y aura-t-il un "retour à la normale" ?

Laure Quennouelle-Corre invite à "regarder en face" la situation dans laquelle nous sommes :

"Il faut voir d'où on part, on part d'un niveau de dépenses publiques très élevé, la marge de manœuvre est faible. (...) mais on va arriver à un problème de soutenabilité".

Dans la même ligne, François Ecalle ajoute :

"Ce qu'on a fait en France et dans tous les autres grandes puissances de l'OCDE était nécessaire. On pouvait le faire parce que tous les grands pays de l'OCDE ont pu se financer grâce à leurs banques centrales. Mais ces interventions de banques centrales n'existaient pas il y a douze ans ! On le fait depuis quelques années en Europe comme dans les autres grands pays de l'OCDE mais ça ne va pas forcement durer éternellement".

Anne-Laure Delatte, elle, avance qu'il n'y aura peut-être pas de "retour à la normale" comme certains l'annoncent, et qu'une forte intervention de l'État dans l'économie restera indispensable :

"Il faut remettre tous ces plans dans le contexte exceptionnel de la crise que l'on vient de vivre. Malheureusement, ça va devenir de plus en plus fréquent. En 2020, on a pris la mesure collectivement que sans une substitution de l'État, tout se serait effondré".  

Références

L'équipe

Emmanuel Laurentin
Emmanuel Laurentin
Rémi Baille
Collaboration
Sarah Marx
Collaboration
Fanny Richez
Collaboration
Thomas Jost
Réalisation
Chloë Cambreling
Production déléguée
Mathias Mégy
Collaboration