Image extraite du film de Charlie Chaplin, "Les Temps modernes" (1936).
Image extraite du film de Charlie Chaplin, "Les Temps modernes" (1936).
Image extraite du film de Charlie Chaplin, "Les Temps modernes" (1936). ©Getty - Hulton Archive
Image extraite du film de Charlie Chaplin, "Les Temps modernes" (1936). ©Getty - Hulton Archive
Image extraite du film de Charlie Chaplin, "Les Temps modernes" (1936). ©Getty - Hulton Archive
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Résumé

Un rapport du Sénat publié le 17 mars 2022 sur l’influence des cabinets de conseils privés sur les politiques publiques a fait état d’un recours croissant et d’une logique "tentaculaire" de ces cabinets au sein de l’Etat. Comment mieux contrôler ces usages ?

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La publication la semaine dernière d’un rapport du Sénat sur l’influence des sociétés de conseils privées sur les politiques publiques a suivi de peu la sortie en librairie, le mois dernier, du livre-enquête de deux journalistes de l’Obs, Matthieu Aron et Caroline Michel-Aguirre, "Les Infiltrés", qui décrit comment, depuis la fin des années 2000 et la Révision générale des Politiques Publiques, le recours aux cabinets de conseil privés est devenu de plus en plus régulier et les consultants omniprésents au sein des ministères.

La crise du Covid a accentué considérablement cet usage au point qu’au nom de McKinsey, Mars and Co, Bain, Deloitte, Roland Berger ou Boston Consulting Group ont correspondu des contrats de plusieurs millions d’Euros pour imaginer des politiques de santé, de vaccination ou de distribution de masques.

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Est-ce pour autant là un putsch silencieux comme le disent les auteurs des "Infiltrés", fondé sur l’accélération des requêtes gouvernementales, la perte de savoir-faire de l’Etat ? Ces conseils sont-ils légitimes ou des alibis ou bien encore comblent-ils la nécessité de rendre tangible une ligne de budget "Etudes et conseils" ?

Pour ce débat, Emmanuel Laurentin reçoit Arnaud Bontemps, fonctionnaire, porte-parole du collectif "Nos services publics", Fabien Gélédan, directeur du pôle "Transformation et innovation" à l'Ecole polytechnique et Caroline Michel-Aguirre, grand reporter à l'Obs.

Arnaud Bontemps souligne les différents critères qui rendent ou non le recours aux cabinets de conseils stratégique, et met en lumière la défiance de l'État vis-à-vis de ses agents : "Le recours aux cabinets de conseils n’est pas un choix stratégique, c’est quasiment une contrainte du fait du manque de moyens. Ce n’est pas ponctuel, c’est un réflexe, c’est omniprésent. Et dès lors, on ne fait pas du sur-mesure, on est dans le prêt-à-porter. On a un besoin ponctuel, on prend un cabinet lambda sur une prestation qu’on ne réfléchit pas. Tout ça interroge sur la réelle plus value de ces cabinets, et pourquoi on en est arrivés là, à en avoir tant besoin. (...) Sous prétexte de ne pas savoir, ou bien on ne développe pas de compétences nouvelles, ou bien on se coupe de pans entiers de services publics (...) Il y a une défiance manifeste de l’État envers une partie de ses propres agents, qui tient à une mythification du recours au privé."

Fabien Gélédan insiste sur l'importance des gestionnaires aujourd'hui et sur la nécessité pour l'État de valoriser mieux certains de ses services :  "Il y a un air du temps gestionnaire, qui fait qu’on a de plus en plus posé les choses en termes gestionnaires, en termes de productivité, de chiffres. (...) Avec la start-up Nation, on ne peut pas dire que cet esprit du temps soit diminué. (...) L’État valorise très peu ses propres ressources et ce qu’il produit. Il paye des chercheurs de très grande qualité en sciences sociales qui produisent beaucoup de savoirs, qui pourraient être beaucoup plus mobilisés."

Caroline Michel-Aguirre souligne elle aussi la défiance de l'État vis-à-vis de ses propres agents, et met en lumière les raisons qui poussent souvent l'État à faire appel aux cabinets : "On est aujourd’hui dans cette affaire d’Etat où on découvre des sommes colossales, une intrusion qu’on ne connaissait pas, pour laquelle on n’a pas voté. (...) Le système finit par se mordre la queue. On appelle dans une première intention les cabinets de conseils car on a une contrainte budgétaire. Mais sur cette réduction des coûts, on vient créer des failles dans les compétences de l’État. (...) Dans ces failles, on est obligés à certains moments à faire appel à des cabinets de conseils. On est obligés de faire appel aux entreprises privées pour combler les manques qu’elles ont elles-même créé."

Bibliographie :

  • Caroline Michel-Aguirre et Matthieu Aron, Les Infiltrés - Comment les cabinets de conseil ont pris le contrôle de l'État, Allary Éditions, 2022
Références

L'équipe

Emmanuel Laurentin
Emmanuel Laurentin
Rémi Baille
Collaboration
Fanny Richez
Collaboration
Thomas Jost
Réalisation
Chloë Cambreling
Production déléguée
Mathias Mégy
Collaboration
Juliette Mouëllic
Collaboration