Un passant regarde des affiches de campagne déchirées à Paris le 24 avril 2022 après l'annonce des résultats de l'élection présidentielle française.
Un passant regarde des affiches de campagne déchirées à Paris le 24 avril 2022 après l'annonce des résultats de l'élection présidentielle française.
Un passant regarde des affiches de campagne déchirées à Paris le 24 avril 2022 après l'annonce des résultats de l'élection présidentielle française. ©AFP - Emmanuel DUNAND
Un passant regarde des affiches de campagne déchirées à Paris le 24 avril 2022 après l'annonce des résultats de l'élection présidentielle française. ©AFP - Emmanuel DUNAND
Un passant regarde des affiches de campagne déchirées à Paris le 24 avril 2022 après l'annonce des résultats de l'élection présidentielle française. ©AFP - Emmanuel DUNAND
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Résumé

Un soir de résultats, les caméras captent autant la joie de certain.es que la colère des autres. Alors que les citoyen.nes français.es vivent différemment leur rapport au politique, comment leurs émotions sont-elles reçues et utilisées ? Doit-on les comprendre autrement afin de mieux y répondre ?

avec :

Gloria Origgi (philosophe, chercheuse au CNRS, Institut Jean Nicod), Laurence Kaufmann (Sociologue à la faculté des sciences sociales et politiques de l’université de Lausanne), Christian Le Bart (politiste, professeur à Sciences Po Rennes).

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Au soir des résultats, dimanche, les caméras ont capté sur le Champ de Mars à Paris et au Pavillon d’Armenonville dans le Bois de Boulogne la joie des uns et la colère et la déception des autres. Des scènes qui se renouvellent à chaque élection mais qui, dans un contexte où la science politique et la psychologie cognitive s’intéressent de plus en plus au poids des émotions en politique, sont désormais observées comme des façons de tempérer l’idée du vote rationnel. D’autant que les élus eux-mêmes, élevés dans une vision machiavelienne du sang-froid en politique, acceptent désormais parallèlement de montrer leurs émotions et de prendre en compte celles des citoyens. La politique apparaît alors aussi comme un spectacle public des passions relayé par la démultiplication des médiateurs.

Pour ce débat, Emmanuel Laurentin reçoit Laurence Kaufmann, sociologue à la faculté des sciences sociales et politiques de l'Université de Lausanne, Christian Le Bart, politiste, professeur à Sciences Po Rennes et Gloria Origgi, philosophe, chercheuse au CNRS, Institut Jean Nicod.

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Laurence Kaufmann souligne le passage d'une politique de l'idéologie à une politique des personnes, et la géographie affective qui contribue à expliquer la place des émotions dans le vote : " On est passés d'une politique de l'idéologie basée sur des partis, des opinions, des programmes à une politique de la confiance qui mise sur la personnalité des politiques et leur capacité à ressentir et à être émotionnellement ajustés. (...) Il manque un grand récit qui peut emporter une forme d'adhésion. C'est Walter Benjamin qui disait que l'espoir était de "faire le lien entre les opprimés et les rêveurs". (...) Les votes n'obéissent pas à des émotions fugaces, ils répondent à des sentiments au long cours liés à des données socio-démographiques. Il y a une sorte de géométrie affective qui fait que les places sociales sont aussi des places affectives qui rendent les émotions quasiment prédictibles."

Christian Le Bart note la présidentialisation caractérisant le système politique actuel, qui mobilise davantage les émotions qu'auparavant, et le rôle que le personnel peut jouer pour orchestrer ces émotions :  "Le mythe du leader politique exemplaire s'est construit sur un idéal de contrôle de soi, se gouverner soi-même pour gouverner les autres. (...) Depuis une ou deux décennies, du fait de la médiatisation hyper-présidentialisation, personnalisation à outrance des figures politiques, les émotions sont plus recevables qu'auparavant : on voit des politiques laisser transparaître leurs émotions. (...) L'élection qui vient de se passer, ce qui domine c'est la peur : peur du réchauffement climatique, de la guerre, de la crise économique, de l'immigration, du Covid. (...) Le rôle de professionnel de la politique est bien un rôle d'orchestration des émotions, refroidir et réchauffer selon les moments."

Gloria Origgi met en lumière l'existence de "passions tristes" des Français.es, notamment liées au ressentiment et au sentiment de déclassement, tout en insistant sur une renaissance des émotions positives via les émotions identitaires, refaisant surface dans le contexte de guerre :  "L'ancienne opposition entre rationalité et émotions est remise en question. (...) Les passions tristes françaises frappent l'étranger. (...) Il y a la présence d'un grand ressentiment et d'un sentiment d'humiliation qui a joué dans la campagne, mais aussi avant, tout au long du quinquennat de Macron (...) Les émotions positives qui se sont exprimées en France mais aussi sur la scène internationale sont des émotions identitaires."

Bibliographie :

  • Dir. Laurence Kauffman et Louis Quéré, Les émotions collectives : en quête d'un "objet" impossible, EHESS, 2020
  • Gloria Origgi, Passions sociales, PUF, 2019
  • Christian Le Bart, Les émotions du pouvoir : larmes, rires, colères des politiques, Armand Colin, 2018
Références

L'équipe

Emmanuel Laurentin
Emmanuel Laurentin
Rémi Baille
Collaboration
Fanny Richez
Collaboration
Thomas Jost
Réalisation
Chloë Cambreling
Production déléguée
Mathias Mégy
Collaboration
Juliette Mouëllic
Collaboration