Définition du terme "Guerre" dans le dictionnaire Le Robert.
Définition du terme "Guerre" dans le dictionnaire Le Robert.
Définition du terme "Guerre" dans le dictionnaire Le Robert. - Juliette Mouëllic
Définition du terme "Guerre" dans le dictionnaire Le Robert. - Juliette Mouëllic
Définition du terme "Guerre" dans le dictionnaire Le Robert. - Juliette Mouëllic
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Résumé

Le terme “guerre” est de retour au cœur de l’actualité. L’opération militaire lancée par Vladimir Poutine en Ukraine est même qualifiée de "vraie" guerre, ou de "guerre d’antan", comme si ce mot retrouvait une réalité que l’on avait oubliée.

avec :

Catherine Hass (anthropologue), Olivier Schmitt (Professeur de science politique) (professeur de science politique au centre d'études sur la guerre de l'université du Sud-Danemark et vice-président/directeur scientifique de l'Association pour les études sur la guerre et la stratégie (AEGES)).

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Deux grandes histoires collectives de la guerre sont parues ces dernières années, alors même que les militaires témoignent que "la guerre réapparaît, (…) irrigue le discours politique, redevient une hypothèse plausible de la stratégie, s’accompagne du retour d’une figure de l’ennemi longtemps ignorée." comme l’écrivait, en 2017, le général Durieux, directeur de l’Institut des Hautes Etudes de Défense Nationale (IHEDN). 

La guerre qui vient de se déclencher en Ukraine a rappelé que ce qu’on appelait ces derniers temps des "opérations militaires" ou des "violences sociales internationales" pouvaient redevenir des "guerres d’antan" comme l’a dit hier le chef de la diplomatie européenne Josep Borell. Ce terme avait-il perdu son sens originel à force d’être utilisé "contre le terrorisme" ou "contre le virus" ?

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Pour ce débat, Emmanuel Laurentin reçoit Catherine Hass, anthropologue, chercheuse associée au Laboratoire interdisciplinaire d’études sur les réflexivités - Fonds Yan Thomas (LIER-FYT) de l'École des hautes études en sciences sociales (EHESS), chargée de cours à Sciences Po, et Olivier Schmitt, professeur de relations internationales, directeur de recherche et d'études à L’Institut des hautes études de Défense nationale (IHEDN), détaché du Center for War Studies (CWS) de l'Université du Danemark du Sud. 

Catherine Hass souligne le retour d'une guerre qui se caractérise par plusieurs repères qui ont marqué les guerres du passé : "Il y a une fin de prise en compte des Etats, de l’étaticité des Etats, de leurs frontières. Mais là, la Russie dénie à l’Ukraine son statut d’Etat. (...) Quand on dit la “guerre” et qu’il n’y a pas la guerre, on dit d’abord son intention de la faire, et on désigne des ennemis. (...) L’explicite étatico-territorial, c'est-à-dire l’agression, les hommes derrière la frontière, constitue les repères dans lesquels sur ces deux-cents dernières années, la guerre s’est pensée et est faite. Mais, il y a une perte de cadre. Or, dans cette guerre en Ukraine, on retrouve ce cadre ancien."

Olivier Schmitt met en lumière l'absence de définition du terme "guerre" dans le droit international, mais expose plusieurs caractéristiques qui permettent de la définir. Il souligne également le tournant que représente la guerre en Ukraine sur la scène internationale : "La guerre renvoie à la fois à un imaginaire, à des pratiques, à un vocabulaire (...) À la suite de la guerre froide, on est rentrés dans une gestion du risque international plutôt qu’une logique de gestion des menaces, qui suppose un ennemi. Le risque est indifférencié : terrorisme, risque climatique, effondrement des Etats. On a utilisé les forces armées comme des forces de police internationale, ce qui rend difficile l’usage du terme “guerre” qui renvoie à la définition d’un ennemi. (...) Il y a eu un malaise, une déconnexion entre les pratiques d’emploi de la force et le vocabulaire. (...) Cette hésitation linguistique renvoie au fait qu’on voit émerger plusieurs caractéristiques de ce qui constitue généralement une guerre : l’objectif politique, la violence et l’activité collective. (...) La guerre en Ukraine signale la fin d’un ordre international. Il y avait un monde unipolaire, un choix de la non-intervention. Ce cycle se termine par une guerre en Europe, qui signifie les limites de la puissance des Etats-Unis de leurs alliés occidentaux."

Bibliographie :

  • Catherine Hass, Aujourd'hui la guerre - Penser la guerre : Clauzewitz, Mao, Schmitt, Adm. Bush, Fayard, 2019
  • Charles-Philippe David et Olivier Schmitt, La guerre et la paix : Approches et enjeux de la sécurité et de la stratégie, Les Presses de Sciences Po, 2013 (4e ed, 2020)
  • Olivier Schmitt, Pourquoi Poutine est notre allié ? : Anatomie d'une passion française, Hikari éditions, 2017
Références

L'équipe

Emmanuel Laurentin
Emmanuel Laurentin
Rémi Baille
Collaboration
Fanny Richez
Collaboration
Thomas Jost
Réalisation
Chloë Cambreling
Production déléguée
Mathias Mégy
Collaboration
Juliette Mouëllic
Collaboration