La difficulté des cinémas à remplir leurs salles persiste.
La difficulté des cinémas à remplir leurs salles persiste. ©AFP
La difficulté des cinémas à remplir leurs salles persiste. ©AFP
La difficulté des cinémas à remplir leurs salles persiste. ©AFP
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98 millions d'entrées vendues entre janvier et août 2022 dans les salles de cinéma françaises, pour 138 millions sur la même période en 2019. Covid-19, hausse prix des places ou plateformes d'abonnements vidéos : quel avenir pour les salles et la cinéphilie ?

Avec
  • Anne Faucon Porteuse du projet de cinéma éco-responsable de Pont-Sainte-Marie
  • Rosalie Brun Déléguée générale de la société des réalisateurs de films
  • Aurélien Bosc Président des cinémas Pathé Gaumont

Le 77e congrès des exploitants de cinéma s’est tenu la semaine dernière à Deauville alors que la fréquentation des salles, surveillée quotidiennement ou presque par tous les professionnels, reste largement en dessous de l’année-record d’avant le Covid, en 2019. Une baisse de 30 % qui interroge sur les profils de celles et ceux que certains ont surnommés les "déserteurs".

Qui sont ceux qui reviennent moins souvent qu’auparavant vivre "l’expérience de la salle" : des jeunes rétifs au prix des entrées ? Des retraités échaudés par la Covid ? Des cinéphiles qui peuvent trouver sur le Net des milliers de films pour assouvir leur passion ?

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Pour en débattre, Emmanuel Laurentin reçoit Anne Faucon, porteuse du projet de cinéma écoresponsable à Pont-Sainte-Marie dans l’Aube, membre du réseau de salles indépendantes Utopia, rédactrice dans les programmes Utopia La GazetteAurélien Bosc, président des cinémas Pathé Gaumont, et Rosalie Brun, déléguée générale de la société des réalisateurs de film.

le 7e art, un art à vivre ensemble

D’après Aurélien Bosc, "le cinéma en France reste un loisir très populaire qui crée des liens dans beaucoup de territoires. C'est un loisir aussi accessible qui ouvre sur le monde. On pense effectivement à une société où les gens ont parfois tendance à se replier un peu sur eux-mêmes, ces moments collectifs sont souvent essentiels et donc très importants". L’enjeu dépasse alors peut-être la simple question des salles de cinéma, pour englober celle de la convivialité et de l’art de vivre à la française. Ce qui fait dire à Anne Faucon : "qu’il y a besoin de cet échange, de cette convivialité. Je pense que ce n'est pas pour rien qu’on a toujours choisi, nous Utopia, d'avoir des salles petites, de manière à être proches de nos spectateurs. Notre métier, c'est l'accueil". Si effectivement le Covid-19 a brusquement remis en question notre rapport à l’autre, Rosalie Brun invite à "s'inquiéter sans être défaitiste. Des baisses de fréquentation importantes, de cette ampleur, on en a eu d'autres dans les années 80. Si on regarde les chiffres, on a une baisse très importante, qu'on peut corréler avec l'apparition de Canal+ et de la place grandissante du cinéma à la télé. Et à ce moment-là, on a eu une réponse politique, avec la loi de 1986 sur la liberté de communication, une loi très importante qui a créé le CSA et qui a mis en place des obligations d'investissement dans le cinéma pour les chaînes de télévision. Et c'est cette création d'un écosystème, la mise en place de la chronologie des médias".

De l’offre aux cinéphiles

Le Covid-19 ce n’est pas seulement la fermeture des salles, c’est aussi la mise en veille des productions cinématographiques. Aurélien Bosc rappelle que "la fréquentation d'aujourd'hui, est en convalescence avec un Covid qui est pas si éloigné. C'est quelque chose d'important, ça permet aussi de relativiser. On se rappelle aussi que la salle de cinéma, c'est un métier d'offre de films et cette offre, quand on regarde ce qui est sur les écrans depuis maintenant quelques mois, on voit qu'on n'a pas la densité qu'on avait l'habitude d'avoir avant, avant le Covid". Il souhaite ainsi croire à la relance par l’offre avec notamment l’arrivée de blockbusters, qui font défaut jusque-là. Mais les productions américaines ne sont pas l’unique solution face à une problématique qui touche les salles dans leur diversité comme le souligne Anne Faucon : "tout le monde pleurniche dans la profession, en disant que l’on n'a pas de blockbusters. Chez nous, ça n’a jamais été un problème parce qu'on ne fonctionne pas avec ces films-là. Donc on s'est habitué à travailler différemment". Ces différences se traduisent par une disparité des prix comme le rappelle Rosalie Brun : "les cinéastes de la SRF pensent qu'effectivement la question du tarif est un sujet. Quand on pose la question au spectateur, il nous répond souvent que c'est trop cher. Le prix moyen d'un billet d'entrée en France est autour de sept euros, ce qui n'est pas finalement très cher. Mais dans certains endroits, c'est plutôt quinze. On a des tarifs étudiants qui sont parfois à onze euros. Ce n’est pas sérieux, ce n'est pas un tarif étudiant".

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L'équipe

Emmanuel Laurentin
Emmanuel Laurentin
Emmanuel Laurentin
Production
Cécile Bidault
Production déléguée
Stéphanie Villeneuve
Collaboration
Fanny Richez
Collaboration
Mathias Mégy
Collaboration
Daphné Leblond
Réalisation