Jean-François Loiseau, président d'Intercéréales, a souligné le 28 février que l'Ukraine et la Russie étaient "incontournables" sur la scène agricole.
Jean-François Loiseau, président d'Intercéréales, a souligné le 28 février que l'Ukraine et la Russie étaient "incontournables" sur la scène agricole.
Jean-François Loiseau, président d'Intercéréales, a souligné le 28 février que l'Ukraine et la Russie étaient "incontournables" sur la scène agricole. ©Getty - Paul Barnett EyeEm
Jean-François Loiseau, président d'Intercéréales, a souligné le 28 février que l'Ukraine et la Russie étaient "incontournables" sur la scène agricole. ©Getty - Paul Barnett EyeEm
Jean-François Loiseau, président d'Intercéréales, a souligné le 28 février que l'Ukraine et la Russie étaient "incontournables" sur la scène agricole. ©Getty - Paul Barnett EyeEm
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Résumé

Alors que le 26 février dernier, deux jours après l’entrée en guerre de Vladimir Poutine en Ukraine, le Salon de l’Agriculture de Paris a ouvert ses portes, l’inquiétude grandit quant aux potentielles répercussions du conflit sur l’activité agricole française et son économie.

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Le guerre pour la Crimée et le Donbass de 2014 avait déjà eu des conséquences sur les échanges de matières premières entre Russie, Ukraine et Union Européenne. Cependant, le conflit, qui en est à son sixième jour aujourd’hui, a fait surgir des rapports d’experts un terme délicat : la "souveraineté alimentaire", brandie dès le début du Salon de l'Agriculture de Paris par le ministre Julien Denormandie. En effet, la Russie, touchée par les sanctions européennes, et l’Ukraine, produisent à eux deux 30% des exportations mondiales de blé et d’orge. De plus, l’Ukraine exporte vers l’agriculture française ses tourteaux de tournesol pour l’alimentation animale. À ces produits agricoles s'ajoute l’augmentation du prix du gaz et donc des engrais qui avaient déjà connu une flambée avant le début de la guerre. Comment les agriculteurs peuvent-ils faire face à la hausse des coûts de production ?

Pour ce débat, Emmanuel Laurentin reçoit depuis le Salon de l'Agriculture de Paris Jérémy Diais, éleveur porcin à Oudon (44), élu national Jeunes Agriculteurs (responsable du dossier "qualité" et co-responsable du "porc"), membre du bureau de la Fédération nationale porcine, Philippe Heusele, agriculteur, président de France Export Céréales et du Comité Relations Internationales d'Intercéréales, membre de l'Association Générale des Producteurs de Blé et autres céréales (AGPB) et de la coopérative Valfrance et Marine Raffray, agroéconomiste à la Chambre d'agriculture de France.

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Jérémy Diais insiste sur l'importance de l'État d'agir, et sur la dépendance du marché européen vis-à-vis de la Russie et de l'Ukraine : "Les négociations n’ont pas été faites en temps et en heure. On attend que l’État intervienne (...) Avant 2014, on exportait énormément de porcs en Russie. Après l’embargo, on a arrêté du jour au lendemain. La Russie est devenue elle-même exportatrice, et non plus importatrice. Aujourd'hui, on sait que Vladimir Poutine est capable de développer son agriculture rapidement, et de ne plus être dépendant du marché européen. Or, de notre côté, nous avons besoin de l’exportation pour avoir un équilibre. On n’a plus cette sécurisation aujourd'hui."

Philippe Heusele souligne la nécessité de diminuer la dépendance de la France face à cette situation grave dont les conséquences ne sont pas encore mesurables : "Cette situation, au-delà de l’horreur de la guerre, nous plonge au niveau des échanges internationaux dans une situation complètement inconnue. (...) Depuis 2014, avec l’annexion de la Crimée et un certain nombre de sanctions prises par l'Union européenne vis-à-vis de la Russie, Vladimir Poutine a réarmé son agriculture et  investi de façon colossale pour faire de ces régions russes une force. (..) La souveraineté alimentaire, ce n'est pas l’autonomie, produire tout ce qu’on a besoin et seulement cela. Il  faut cultiver nos forces, y compris nos forces d’exportation, mais aussi renforcer nos faiblesses, diminuer notre dépendance. (...) Quand on a un événement géopolitique de la nature que l’on vit qui vient priver 30% des ressources disponibles, les conséquences sont incalculables. (...) Il faut tout remettre sur la table à l’aune de ce qu’on est en train de vivre en ce moment."

Marine Raffray met en lumière l'indépendance du secteur agricole de la Russie et les nombreux enjeux de la guerre en Ukraine pour tous les pays qui dépendent de l'agriculture russe et ukrainienne :  "À la sortie de la pandémie, on a vu les coûts des matières premières exploser. (...) Dès son arrivée au pouvoir dans les années 2000, Vladimir Poutine a mis le secteur agricole comme priorité de ses mandats, avec des sommes colossales d’investissement sur le secteur (...) Après 2014, avec l’annexion de la Crimée, les français n’ont plus exporté de produits alimentaires vers la Russie à l’exception de quelques filières, mais on a perdu ce marché. La Russie est montée en puissance : elle n’était pas auto-suffisante sur sa production de blé, et elle l’est aujourd'hui. (...) On fait face à une incertitude démultipliée avec cette crise, qui vient rajouter à un contexte déjà compliqué porteur de difficultés pour certaines filières, une difficulté supplémentaire. Les enjeux sont lourds pour les nombreux pays qui dépendaient de la Russie et de l’Ukraine."

Références

L'équipe

Emmanuel Laurentin
Emmanuel Laurentin
Rémi Baille
Collaboration
Fanny Richez
Collaboration
Thomas Jost
Réalisation
Chloë Cambreling
Production déléguée
Mathias Mégy
Collaboration
Juliette Mouëllic
Collaboration