Quelles réactions individuelles et collectives face à l'épreuve d'un nouveau confinement ?
Quelles réactions individuelles et collectives face à l'épreuve d'un nouveau confinement ? ©Getty - Dutcher Aerials
Quelles réactions individuelles et collectives face à l'épreuve d'un nouveau confinement ? ©Getty - Dutcher Aerials
Quelles réactions individuelles et collectives face à l'épreuve d'un nouveau confinement ? ©Getty - Dutcher Aerials
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Dans l’optique d’une seconde vague épidémique, le Conseil scientifique nous appelait fin juillet à nous préparer à d’éventuels reconfinements localisés. Alors que les impacts psychologiques du premier confinement n’ont pas encore été complètement évalués, comment envisager un nouvel isolement ?

Avec
  • François de Singly Sociologue, spécialiste de la famille, de la vie privée, de l'adolescence et de la sociologie de l'individu
  • Frédéric Worms Professeur de philosophie contemporaine à l’ENS, directeur adjoint du département des Lettres et membre du Comité consultatif national d’éthique, producteur à France Culture
  • Catherine Tourette-Turgis Professeure des Universités à Sorbonne Université, psychologue clinicienne, chercheure au Conservatoire des Arts et Métiers.

"Tout le malheur des hommes vient d’une seule chose, qui est de ne pas savoir demeurer en repos dans une chambre" (1669). Cet aphorisme de Blaise Pascal a trouvé un nouvel écho au printemps 2020 en mettant des mots sur ce sentiment d’ennui, de vacuité inédit, que nombre d’entre nous ont ressenti pendant nos deux mois confinés.

Le confinement fut à la fois une réalité collective et une expérience individuelle, intime. 

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Il n’y a pas eu un confinement, mais une mosaïque de confinements : certains marqués par la solitude et l’isolement, d’autres par une inévitable promiscuité ; pour une partie des français, ce fut une pause forcée, pour d’autres un marathon infini de travail - par exemple pour le personnel soignant. Mais pour tous, le confinement fut une rupture, soudaine et inattendue. Un événement qui a impacté la santé mentale des Français et qui fait craindre l’arrivée prochaine d’une “vague psychiatrique” dans les établissements spécialisés. Quels ont été les effets du confinement sur la santé mentale ? Que pouvons-nous tirer de positif d’une situation d’enfermement ? Comment rendre l’idée d'un second confinement acceptable pour les individus ?

Pour comprendre ces enjeux et répondre à ces interrogations, nous recevons Catherine Tourette-Turgis, psychosociologue en santé publique, professeure à Sorbonne Université, directrice-fondatrice de l’Université des patients-Sorbonne, François de Singly, professeur émérite de sociologie, chercheur au Centre de recherches sur les liens sociaux de l’Université de Paris et Frédéric Worms, professeur de philosophie contemporaine à l’École normale supérieur (ENS) et membre du Comité consultatif national d’éthique (CCNE).

" Le confinement est une perturbation "

On paraît plus anxieux aujourd’hui que lors du premier confinement où il existait une forme d’ambivalence liée à une idéalisation sur l’importance des liens proches et d’un « retour aux activités essentielles ».            
Frédéric Worms

Il y a plusieurs composantes du confinement qui n’ont pas toujours cohabité en harmonie : professionnel, conjugal, sexuel, pédagogique… Chez 35% de la population, on constate des aspects anxiogènes et du stress post-traumatique après cette période d'enfermement.            
Catherine Tourette-Turgis

Lorsque l’on est enfermé en famille, elle devient une institution totale. Or notre sentiment de liberté est le déplacement des regards fixés sur nous : ce mouvement perpétuel dans les espaces et le temps construit notre sentiment de liberté. Il n’y a pas de vie possible sans espace à soi.            
François de Singly

" Il ne faut pas couper les enjeux médicaux, psychiques et sociaux " 

Il faudrait enfin prendre en compte l’ensemble des questions et des facteurs liées à la santé et au virus. D’où l’importance des sciences sociales dans ce moment particulier afin de mieux connaître notre société.            
Frédéric Worms

En termes de démocratie sanitaire, cette période de confinement a été un grand bide : la société civile et les malades n’ont pas été consultés. La santé publique c’est d’abord une stratégie, avant les outils : qui s’occupe de qui ? On n’a jamais fait une politique de prévention sans installer une participation des citoyens. Il faut faire remonter ça aujourd’hui.              
Catherine Tourette-Turgis

En haut de l’État, le social n’existe pas. Il y a une conception asociale de la société. Pourtant, un éventuel reconfinement ne pourra se faire qu’avec une réflexion sur la santé publique mais aussi sur la perte du lien social constaté lors du premier confinement.    
François de Singly

Pour aller plus loin :

Étude COCONEL (Coronavirus et Confinement : Enquête longitudinale) de l’École des hautes études en santé publique (EHESP).

Confinement pour tous, épreuve pour certains. Les résultats de la première vague d'enquête du projet CoCo (Sciences Po, CNRS).

Confinement : la philosophie nous a-elle aidé à bien vivre ?, RTBF, 01.07.2020.

Bernard Stiegler : « Retourner le confinement en liberté de faire une expérience », Le Monde, 19.04.2020.

L'équipe

Camille Diao
Production
Nicolas Berling
Collaboration
Sophie Alavi
Production déléguée
Emily Vallat
Réalisation
Audrey Dugast
Collaboration
Mathilde Thon-Fourcade
Collaboration
Alexandra Delbot
Alexandra Delbot
Alexandra Delbot
Collaboration