Char russe à Marioupol, en Ukraine, le 29 mars 2022.
Char russe à Marioupol, en Ukraine, le 29 mars 2022.
Char russe à Marioupol, en Ukraine, le 29 mars 2022. ©Getty - SOPA Images
Char russe à Marioupol, en Ukraine, le 29 mars 2022. ©Getty - SOPA Images
Char russe à Marioupol, en Ukraine, le 29 mars 2022. ©Getty - SOPA Images
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Résumé

Alors que Marioupol est en train de tomber et que Kiev tente de revivre, Vladimir Poutine concentre à nouveau ses forces sur l’axe Donbass-Crimée. À quel moment de la guerre sommes-nous ? Comment se caractérise la conduite de cette guerre de “haute intensité” ?

avec :

Louis Gautier (directeur de la Chaire « Grands enjeux stratégiques contemporains » à l’Université Paris 1, ex-secrétaire général de la défense et de la sécurité nationale), Véronique Nahoum-Grappe (Anthropologue).

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La surprise de l’attaque du 24 février a été suivi par bien d’autres étapes dans le cours de ce conflit : le retrait des troupes russes de la région de Kiev, l’intense bombardement de Kharkiv, le siège de Marioupol, le naufrage du navire-amiral Moskva, et maintenant l’attaque attendue sur le Donbass. Cette guerre, comme toute guerre, n’est pas écrite mais ses phases sont peut-être déjà analysées dans les écoles de guerre : l’importance de la résistance des ukrainiens, le rôle des drones, des missiles anti-chars, les massacres de civils… toutes ces figures de la guerre sont apparues ou réapparues en Ukraine.

Pour ce débat, Emmanuel Laurentin reçoit Louis Gautier, professeur à l’université Panthéon-Sorbonne Paris-1, où il dirige la chaire "Grands enjeux stratégiques contemporains", ancien secrétaire général de la Défense et de la Sécurité nationale, Edouard Jolly, chercheur à l’IRSEM en théorie des conflits armés et philosophie de la guerre et Véronique Nahoum-Grappe, anthropologue, membre du Comité Russie-Europe à la revue Esprit.

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Louis Gautier souligne l'idée que Vladimir Poutine sera contraint à négocier à un certain moment de la guerre : "Poutine ne peut pas aller à la destruction de ce qu'il convoite, ou de ce qu'il veut obtenir. Il est bloqué par la manière dont il peut exécuter son plan. (...) Poutine a lui seul les cartes de la pression militaire et de la négociation et du compromis possible. Viendra un moment où pensant qu'il a suffisamment obtenu dans cette guerre, ou affichant une victoire, il en viendra à négocier. Plus cette guerre dure, plus elle a des effets y compris pour lui-même, plus cette violence l'affaiblit. (...) On est amenés à quelque chose de régressif, elle n'est pas complètement une guerre moderne, mais cette guerre dit quelque chose de ce qu'est notre monde."

Edouard Jolly met en lumière la rationalité qui caractérise l'objet politique qu'est la guerre, et le retour probable d'un sens au pouvoir diplomatique face au conflit :  "Je pense que nous arriverons peut-être à redonner sens à un pouvoir diplomatique, en dépit des atrocités qui nous indignent. (...) Il ne faut pas oublier que la guerre est un objet politique. Même si elle semble déraisonnable, elle reste rationnelle : il y a un calcul, il y a une stratégie, des moyens sont mis en série de façon à obtenir des fins. (...) Il y a aura un moment où devenir raisonnable sera nécessaire, Vladimir Poutine sera contraint."

Véronique Nahoum-Grappe note l'importance de ne pas normaliser la guerre et souligne la dimension illégitime de celle-ci : "On a normalisé le paysage : ça y est, il y a une guerre. On a oublié la stupeur du début. La stupeur est un effet de sidération qui fait fonctionner l'intelligence et qui dit quelque chose. On le retrouve au moment de cette seconde bataille. (...) La dysmétrie en termes de rapports de force a disparu à cause de l'extraordinaire résistance ukrainienne mais est toujours là. (...) La dimension d'illégitimité est frappante. L'Ukraine était en voie de démocratie pacifique. (...) Comment faire avec Poutine, qui ne comprend que le rapport de force ?"

Bibliographie :

  • Dir. Louis Gautier, Mondes en guerre : Guerre sans frontières, 1945 à nos jours, Passés composés, 2021
Références

L'équipe

Emmanuel Laurentin
Emmanuel Laurentin
Rémi Baille
Collaboration
Fanny Richez
Collaboration
Thomas Jost
Réalisation
Chloë Cambreling
Production déléguée
Mathias Mégy
Collaboration
Juliette Mouëllic
Collaboration