Qu'est-ce qu'une bonne retraite ?

Foire aux santons sur le Vieux-Port
Foire aux santons sur le Vieux-Port ©Maxppp - VALERIE VREL
Foire aux santons sur le Vieux-Port ©Maxppp - VALERIE VREL
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Le 19 janvier a lieu la première journée de mobilisation intersyndicale contre le projet de réforme des retraites. Alors que le débat traite beaucoup de l’enjeu du financement, il interroge aussi la place du vieillissement en société et ce que signifie être en retraite aujourd’hui.

Avec
  • Annie Jolivet économiste du travail, chercheuse au Centre du travail et de l’emploi du CNAM.
  • Franck Morel Avocat en droit du travail, expert à l'Institut Montaigne.
  • Pierre-Henri Tavoillot maître de conférences à Sorbonne Université, président du Collège de philosophie

Les réformes du système de retraite se sont multipliées, en même temps que les aspirations des retraités et futurs retraités. Selon certains chercheurs, nous serions passés d’une retraite espérée comme temps de repos après une vie de labeur, à une retraite devenue active, pour des seniors vaillants.

Mais de quels présupposés charge-t-on l’idée même de bonne retraite ? Est-ce l’alliance d’une pension suffisante pour faire face aux aléas de la vie et d’une bonne santé ? D’être entouré des siens en vivant le plus longtemps chez soi ?

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Pour en débattre, Emmanuel Laurentin reçoit Annie Jolivet, économiste au Conservatoire national des arts et métiers, spécialiste de l’emploi des seniors et des conditions de travail ; Franck Morel, avocat associé chez Flichy Grangé Avocats, senior fellow Travail, Emploi, Dialogue social à l'Institut Montaigne, conseiller du Premier Ministre Edouard Philippe de 2017 à 2020 et de quatre ministres du travail de 2007 à 2012 ; Pierre-Henri Tavoillot, philosophe, maître de conférences à Sorbonne Université, président du Collège de Philosophie.

Les critères d’une bonne retraite

A la question ‘qu’est-ce qu’une bonne retraite ?’, Annie Jolivet énumère quelques critères qu’elle considère importants à prendre en compte : « le moment du départ, s’il est choisi ou pas ; quel était le travail exercé ; quel sera le niveau de revenus ». Parmi ces derniers, Franck Morel distingue deux catégories : une dimension quantitative, liée au niveau de revenus de la retraite ; et une dimension qualitative, c’est-à-dire « le regard qu’on porte sur le travail, ses facteurs d’épanouissement et de douleur ». Pour Pierre-Henri Tavoillot, la question essentielle est la suivante : « la retraite nous permet-elle d’avoir une vieillesse où on est âgé sans être vieux, d’avoir un temps de vie après l’activité, et avant la vraie vieillesse ? ».

Un statut paradoxal

« Originellement, la retraite a été conçue pour être un court temps de repos après une longue vie de labeur » explique Pierre-Henri Tavoillot, « aujourd’hui la retraite a un autre sens : c’est un temps d’épanouissement personnel après une vie de labeur qui n’est plus la part principale de l’existence ». Il y voit un paradoxe : « on a la chance de vieillir plus longtemps et plus confortablement, mais cette retraite est assez dévalorisée, on a le sentiment qu’elle va à rebours du temps moderne ». Il parle d’une « rupture existentielle brutale » qu’Annie Jolivet a pu documenter dans des enquêtes pour le ministère du travail : « la proportion de gens angoissés augmente à l’approche de la retraite, et le principal motif d’angoisse est : ‘aurai-je assez de revenus à la retraite ?’ »

Quel travail pour quelle retraite ?

Pour un bon système de retraite, la pénibilité du travail constitue un principe structurant selon Annie Jolivet. Elle explique qu’elle s’est étendue à beaucoup de professions : « quand on regarde des professions intermédiaires qui ressentent une forte pression au travail, on n’est pas forcément dans la pénibilité physique au sens ouvrier du terme, mais ça peut rendre le travail difficile ». Dans la même idée, Franck Morel défend la prise en compte de la « charge de travail, avec l’idée d’intensité qui renvoie au contenu du travail ». Néanmoins, « ce n’est pas dans le groupe avec le plus de pénibilité physique qu’on trouve la plus forte proportion de gens qui disent : ‘je ne me sens pas capable de continuer jusqu’à la retraite’ » ajoute Annie Jolivet : « on a croisé la réponse ‘je veux partir le plus tôt possible’ avec des éléments sur le parcours, le travail et les aspirations : l’élément qui sort le plus c’est : ‘au travail on ne rigole jamais’ ».

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