L'un des 200 "dark stores" parisiens.
L'un des 200 "dark stores" parisiens.
L'un des 200 "dark stores" parisiens. ©Radio France - Rémi Baille
L'un des 200 "dark stores" parisiens. ©Radio France - Rémi Baille
L'un des 200 "dark stores" parisiens. ©Radio France - Rémi Baille
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Résumé

Dans les métropoles, la pandémie a contribué à l’essor des "dark stores" et "dark kitchen", qui promettent une livraison à domicile de courses ou de repas en dix minutes. Une nouvelle "économie de la flemme", dont les conséquences économiques et sociales restent à mesurer.

avec :

Laetitia Dablanc (chercheuse à l'Inrets), Philippe Moati (Professeur d'économie à l'Université Paris-Diderot et co-fondateur de l'Observatoire société et consommation).

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En partenariat avec le magazine "Chut!", qui titre son numéro du trimestre "cinq clics et légumes par jour", nous nous intéressons à une niche commerciale en croissance forte depuis deux ans : les "dark stores" et "dark kitchens", ces espaces sans vitrines qui stockent nourriture et biens de première nécessité ou préparent des repas à livrer au cœur des grandes villes. Ce sont de là que partent des flottes de livreurs à vélo ou scooters pour parcourir le fameux dernier kilomètre et porter chez nous le repas ou les courses. C'est un marché sur lequel se lancent des sociétés inconnues il y a quelques mois, comme Cajoo, Getir ou Gorillas, avec des investissements gigantesques pour emporter le marché au nez des enseignes de la grande distribution, présentes partout dans les métropoles. 

Pourquoi promettre ces livraisons en moins de dix minutes de courses que chacun pourrait faire au pied de chez soi ? Cette accélération a-t-elle des conséquences sur les commerces de ville, les restaurants et sur la ville elle-même  ? Cette "économie de la flemme" est-elle une économie de désir de distinction ou de réels besoins ? 

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Pour cette émission en partenariat avec le magazine Chut!, Emmanuel Laurentin et Sophie Comte reçoivent Laetitia Dablanc, directrice de recherche à l’Université Gustave Eiffel, directrice de la Chaire Logistics Energy, Philippe Moati, économiste, professeur à l'Université Paris 7 et cofondateur de l'Observatoire Société et Consommation (ObSoCo) et Antonio Casilli, sociologue, enseignant-chercheur à Télécom ParisTech et chercheur associé au LACI-IIAC de l'EHESS. 

Laetitia Dablanc décrit le profil-type des consommateurs des "dark stores" et "dark kitchen", et souligne l'intensité de la demande : "Les jeunes urbains sans enfants sont friands d’une livraison d’hyper-proximité. (…) On nous propose une livraison quasi-gratuite immédiate, on ne va pas s’en priver. En ce moment, il y a création d’un marché à travers le désir, et il va se structurer car il rencontre une demande qui va rester (…) Mais ces nouvelles entreprises vont devoir gérer autrement leurs relations à la ville et aux municipalités". 

Selon Philippe Moati, c'est parce que la livraison très rapide est proposée que les consommateurs optent pour ce service, mais elle n'est pas au cœur de la demande : "Ce qui prime, c’est la praticité, l’absence de fatigue. La vitesse en tant que telle n’est pas une demande des consommateurs. On a besoin de quelque chose et on ne supporte pas d’attendre : on va jouer sur la gratification instantanée. On vit dans une société globale qui nous promet la satisfaction de nos désirs dans l’immédiat. (…) Les surfaces de proximité sont en danger, mais le phénomène peut être un levier de développement commercial pour les commerces différenciés." 

Quant à lui, Antonio Casilli met en lumière la diminution des interactions, notamment depuis la pandémie, et les différentes stratégies de distinction des services d'e-commerce : "Un discours se met en place autour du fait que les consommateurs, depuis la crise sanitaire, semblent être plus à l’aise avec des interactions distancielles et des livraisons ou services de e-commerce plateformisés. (…) Ces services s’efforcent de montrer qu’ils font de la livraison sans contact. Ils effacent toutes les interactions avec le restaurateur, le commerçant, le magasinier du "dark store", et même le livreur. (…) Ces services sont difficiles à départager. On a du mal à les qualifier en terme de qualité de service, alors on les quantifie : dire que la livraison se fait en dix minutes, c’est une ruse.".

Bibliographie :

  • Laetitia Dablanc et Antoine Frémont (dir.), La Métropole logistique. Le transport des marchandises et le territoire des grandes villes, Paris, Armand Colin, 2015
  • Philippe Moati, La plateformisation de la consommation. Peut-on encore contrer l’ascension d’Amazon ?, Gallimard, "Le débat", 2021
  • Antonio Casilli, En attendant les robots, Enquête sur le travail du clic, Seuil, 2019
En savoir plus : Servis à domicile
3 min
Références

L'équipe

Emmanuel Laurentin
Emmanuel Laurentin
Rémi Baille
Collaboration
Fanny Richez
Collaboration
Thomas Jost
Réalisation
Chloë Cambreling
Production déléguée
Mathias Mégy
Collaboration
Juliette Mouëllic
Collaboration