Face à la hausse récente des tensions entre Paris et Bamako et à l’insécurité croissante au Sahel, la présence des armées françaises dans la région interroge.
Face à la hausse récente des tensions entre Paris et Bamako et à l’insécurité croissante au Sahel, la présence des armées françaises dans la région interroge.
Face à la hausse récente des tensions entre Paris et Bamako et à l’insécurité croissante au Sahel, la présence des armées françaises dans la région interroge. ©AFP - FLORENT VERGNES
Face à la hausse récente des tensions entre Paris et Bamako et à l’insécurité croissante au Sahel, la présence des armées françaises dans la région interroge. ©AFP - FLORENT VERGNES
Face à la hausse récente des tensions entre Paris et Bamako et à l’insécurité croissante au Sahel, la présence des armées françaises dans la région interroge. ©AFP - FLORENT VERGNES
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Résumé

Alors que la junte a expulsé fin janvier l’ambassadeur de France au Mali et que Jean Castex a promis un débat parlementaire sur l’avenir de la présence française au Sahel, l’Élysée pourrait annoncer un réaménagement de l’intervention militaire lors du sommet UE-UA prévu mi-février.

avec :

Nicolas Normand (ancien ambassadeur de France en Afrique du Sud, au Mali, au Congo, au Sénégal et en Gambie. Auteur du "Grand livre de l’Afrique", Editions Eyrolles), Caroline Roussy (chercheuse à l’IRIS (Institut des Relations Internationales et Stratégiques) et docteure en histoire de l’Afrique contemporaine), Amzat Boukari-Yabara (docteur du Centre d’études africaines de l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS), spécialiste du panafricanisme).

En savoir plus

Depuis qu’a été déclenchée l’opération Serval par François Hollande, il y a neuf ans, la question d'un départ des troupes françaises s’est posée à de multiples reprises. 

Néanmoins, la situation n'a jamais été aussi probable bien que ce départ ne pourrait être que partiel : le retour de l’ambassadeur de France à Bamako et la demande de révision des accords de défense ne concernent, pour l’instant, que les rapports tendus entre la junte malienne et Paris. Malgré la montée d’un sentiment anti-français au Burkina Faso, au Tchad et au Niger, autres lieux d’implantation des armées françaises dans la région, rien, momentanément, ne laisse imaginer que la situation y est aussi envenimée. 

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Faut-il donc partir ? Et d’où ? Partir seuls ou accompagnés des pays européens que la France avait convaincu de participer à la force internationale « Takuba » ? Partir suffirait-il pour apaiser les critiques contre l’arrogance française ? Que signifierait d’ailleurs ce départ dans la lutte contre le djihadisme ? 

Pour ce débat, Emmanuel Laurentin reçoit Amzat Boukari Yabara, historien, secrétaire général de la Ligue panafricaine-UNOJA, Nicolas Normand, ancien ambassadeur de France en Afrique du Sud, au Mali, au Congo, au Sénégal et en Gambie et Caroline Roussy, chercheuse Afrique à l’IRIS, chargée du programme Afrique/s. 

Amzat Boukari-Yabara insiste sur la nécessité d'une refonte de "fond en comble" et d'une prise en compte plus importante de l'avis des autorités africaines quant aux opérations : "La France se pense en terrain conquis.  Des nouvelles générations de dirigeants contestent et estiment qu’il est temps de réviser les accords militaires, mais pas que : c’est toute une révision de l’intégralité des relations avec la France qui se pose dans ces territoires. Il faut avoir une approche globale, la question militaire n’est qu’un élément parmi d’autres. Par ailleurs, il y a une insatisfaction de la part des autorités maliennes quant aux attentes de cette présence, ce qui les amène à se tourner vers d’autres acteurs qui  peuvent paraître plus efficaces, comme les Russes, mais surtout les armées africaines.  (...) Il y a une volonté réelle des Maliens de régler eux-mêmes leurs problèmes."

Nicolas Normand, lui, propose trois options possibles pour l'armée française, mais se positionne en faveur d'un maintien des troupes françaises au Sahel : "Il y a trois options : se maintenir en faisant le dos rond en attendant qu’il y ait un nouveau gouvernement, agir de façon discrète auprès de l’armée malienne si c’est encore possible malgré la dégradation des relations, ou le repli, au Niger ou au Burkina. (…) Mais je pense que la France a intérêt à maintenir un dispositif dans le Sahel, il s’agit d’éviter la déstabilisation de cette zone, de lutter contre les djihadistes, et de défendre des intérêts sécuritaires pour la France et pour l’Europe. (...) Il ne faut pas parler d’échec militaire de Barkhane."

Quant à elle, Caroline Roussy considère le départ des troupes françaises comme "acté", après plusieurs occasions manquées, notamment en 2019 : "Il y a un vrai problème dans le discours français : ils ne parlent pas aux Africains. Il y a une disjonction permanente, on ne comprend pas quels sont les intérêts communs entre la France et les pays du Sahel. On se bat pour quoi et contre quoi ? Lutter contre le terrorisme, ça me semble mission impossible. On a du mal à le définir, et quand on définit mal un problème, on en est toujours au même point neuf ans après, on aboutit même à une dégradation des relations. (...) Je pense que le départ est acté et inéluctable."

Bibliographie :

  • Thomas Borrel, Amzat Boukari-Yabara, Benoît Collombat, Thomas Deltombe, L'empire qui ne veut pas mourir, Une histoire de la Françafrique, Seuil, 2021 
  • Amzat Boukari-Yabara, African Unite ! Une histoire du panafricanisme, La Découverte, 2014
  • Nicolas Normand, Le grand livre de l'Afrique, Éditions Eyrolles, 2018 
37 min
58 min
Références

L'équipe

Emmanuel Laurentin
Emmanuel Laurentin
Rémi Baille
Collaboration
Fanny Richez
Collaboration
Thomas Jost
Réalisation
Chloë Cambreling
Production déléguée
Mathias Mégy
Collaboration
Juliette Mouëllic
Collaboration