Manifestations à la suite des attentats terroristes, place de la Nation (Paris), le 11 janvier 2015.
Manifestations à la suite des attentats terroristes, place de la Nation (Paris), le 11 janvier 2015.
Manifestations à la suite des attentats terroristes, place de la Nation (Paris), le 11 janvier 2015. ©Getty - Yves Forestier
Manifestations à la suite des attentats terroristes, place de la Nation (Paris), le 11 janvier 2015. ©Getty - Yves Forestier
Manifestations à la suite des attentats terroristes, place de la Nation (Paris), le 11 janvier 2015. ©Getty - Yves Forestier
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Résumé

La défiance du peuple envers les élites grandit et une abstention importante est prévue pour le second tour de l'élection présidentielle : est-ce le signe d'une fatigue démocratique ? Quelle place laisse-t-on aux mobilisations politiques non conventionnelles ?

avec :

Jean-Clément Martin (historien, professeur émérite de l'Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne), Jean-Laurent Cassely (Journaliste chez Slate.fr), Anne Jadot (Maître de conférences en Science Politique à l'Université de Lorraine).

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La passion de la politique fait partie des qualificatifs, peut-être exagérés, attribués aux Françaises et aux Français. On la fait remonter à la Révolution française et aux débats acharnés qui se déroulèrent dans les tribunes des assemblées mais aussi dans les rues de Paris ou dans les libelles qui fleurissaient alors. Le XIXe siècle lui-même, par les multiples renversements de régime qu’il connut, conforta cette image d’un peuple qui débat et choisit les représentants qui parlent en son nom, quand il ne tente pas de les destituer lui-même, mécontent de ses porte-parole. Mais les récentes consultations électorales ne sauvent presque rien à cette représentation de nous-mêmes, tant les observateurs des comportements politiques insistent sur des Français "en voie d’autonomisation par rapport à la politique", assommés par une fatigue démocratique et tentés par l’abstention, même pour l’élection-reine, la présidentielle.

Pour ce débat, Emmanuel Laurentin reçoit Jean-Laurent Cassely, journaliste et essayiste, Jean-Clément Martin, historien de la Révolution, de la contre-révolution et de la guerre de Vendée et Anne Jadot, maître de conférences en science politique à l'Université de Lorraine et coordinatrice du projet sur la présidentiabilité financé par la Maison des sciences de l'Homme de Lorraine.

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Jean-Laurent Cassely note la difficulté des citoyens à s'intéresser et se sentir concernés par la campagne de l'élection présidentielle : "L'extrême politisation existe mais je n'ai pas l'impression que ce soit la majorité de mes concitoyens. (...) Je suis frappé de constater que même au cœur de l'hyper-politisation, il n'y a pas de véritable ferveur, je ne l'ai pas constaté pendant cette campagne de l'élection présidentielle. (...) L'excès de couverture dans un moment où il y a eu le Covid, une guerre, rend difficile pour les gens de "se mettre dedans". (...) Il y a une fragmentation du vote. (...) On a affaire à deux candidats qui sont des émanations de la recomposition politique, il est difficile de les identifier à une tradition politique pour des gens qui ne sont pas des spécialistes de la politique."

Jean-Clément Martin revient sur l'histoire des mobilisations politiques, et souligne l'idée que le peuple français reste un peuple politique : "Les Révolutions ont montré que la vie politique est bien plus large que le vote. (...) Les conventionnels vont considérer qu'on ne peut pas avoir un peuple qui se forme lui-même dans une démocratie directe. (...) Certains considèrent qu'il ne suffit pas d'appartenir au peuple sociologiquement pour faire un peuple politique. Il y a un choix, il y a une politisation acceptée et débattue. (...) La politisation est claire dans toutes les communes rurales. Ca correspond à des sensibilités, à des populations qui se reconnaissent, s'identifient et n'ont pas besoin de savoir pour qui elle vote pour savoir qu'il y a des différences d'opinions entre les gens, entre les voisins. (...) Les réactions collectives sont traduites au moment des élections. De ce point de vue-là, on reste un peuple politique."

Anne Jadot met en lumière les différentes formes de mobilisation politique, notamment la participation non conventionnelle : "Les Français restent très intéressés par la politique même si des records d'abstention sont régulièrement battus. (...) Depuis les années 60, la science politique a intégré la participation conventionnelle ou protestataire : il n'y a pas que par un bulletin de vote que les citoyens peuvent s'exprimer. Il y a un dégradé de comportement : faire grève, manifester, pétitionner... C'est une participation spontanée non dictée par un calendrier institutionnel (...) La politisation est cyclique, s'intéresser ne veut pas dire ferveur. (...) L'élection présidentielle demeure l'élection qui mobilise le plus, les gens identifient une incarnation, un représentant. (...) On parle du vote expressif ou sincère quand les gens votent en fonction de leurs préférences, de leur adhésion ou de leur détestation. Une autre catégorie dépend de si on prend en compte ou pas les chances de gagner l'élection. Le versant positif, c'est le vote utile. Le versant négatif, c'est le barrage. (...) Il y a de moins en moins de citoyens qui se disent proches d'un parti politique."

Bibliographie :

  • Jean-Clément Martin, La Révolution n'est pas terminée : Interventions 1981-2021, Passés composés, 2022
  • Jean-Laurent Cassely et Jérôme Fourquet, La France sous nos yeux, Seuil, 2021
Références

L'équipe

Emmanuel Laurentin
Emmanuel Laurentin
Rémi Baille
Collaboration
Fanny Richez
Collaboration
Thomas Jost
Réalisation
Chloë Cambreling
Production déléguée
Mathias Mégy
Collaboration
Juliette Mouëllic
Collaboration