Le passage à la sobriété énergétique est-elle une arme stratégique nouvelle ?
Le passage à la sobriété énergétique est-elle une arme stratégique nouvelle ?
Le passage à la sobriété énergétique est-elle une arme stratégique nouvelle ? ©Getty - Vostok
Le passage à la sobriété énergétique est-elle une arme stratégique nouvelle ? ©Getty - Vostok
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Résumé

Alors que les pays européens dépendent du gaz russe, l’Union européenne cherche des alternatives. La guerre va-t-elle nous pousser à la sobriété ? Faut-il mettre en place une “écologie de guerre”, arme de guerre pacifique qui pourrait constituer un véritable tournant stratégique ?

avec :

Pierre Charbonnier (Philosophe, chercheur à Sciences-po), Angélique Palle (Géographe, chercheuse à l'IRSEM, membre du projet ANR Army).

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Bien des guerres du XXe siècle furent des guerres pour le pétrole. La guerre en Ukraine pourrait apparaître le dernier en date de ces conflits, une "fuel fossile war", mais c’est plus exactement une guerre lancée par un état pétrolier et gazier qui se sert de son pétrole et de son gaz comme arme. Le philosophe Pierre Charbonnier, penseur de l’écologie, a imaginé, dans la revue en ligne "Le Grand Continent", de retourner cette arme contre l’agresseur lui-même. Pourquoi ne pas profiter de ce moment pour se passer du gaz et du pétrole russe ? Et donc entrer dans une ère de sobriété énergétique forcée, favorable à la transition nécessaire pour contrer le réchauffement climatique ?

Pour ce débat, Emmanuel Laurentin reçoit Pierre Charbonnier, philosophe, chercheur à Sciences Po, Angélique Palle, géographe, chercheuse à l'Institut de recherche stratégique de l'école militaire et chercheuse associée à l'UMR Prodig, spécialiste des questions énergétiques et environnementales et Philippe Vion-Dury, rédacteur en chef de la revue Socialter.

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Pierre Charbonnier souligne l'intérêt de la mise en œuvre d'une écologie de guerre et est optimiste quant à la possibilité de changement de régime énergétique du fait du contexte géopolitique actuel : "L'Europe veut utiliser sa dépendance comme une arme, avec des politiques d'efficacité, de sobriété, de changements de schémas de consommation, pour sortir de cette dépendance et aider l'allié ukrainien à se défaire des griffes de l'agression russe. (...) On est dans un cas typique de "pétro-agression". (...) L'Europe essaie de faire de la préservation de la démocratie ukrainienne et européenne un marche-pied pour forcer le passage vers de nouveaux schémas de production, de consommation. (...) La voie que nous n'arrivions pas à trouver vers un changement de régime énergétique par le passé va peut-être s'ouvrir en raison de la conjonction géopolitique. (...) Il faut aider l'Europe à trouver d'autres sources d'approvisionnement."

Angélique Palle met en lumière la difficulté que présente l'idée d'une indépendance énergétique totale des puissances européennes : "Il y a une dimension économique qui marche dans les deux sens car la Russie est aussi dépendante, pour son produit national brut en large partie des exportations d'hydrocarbures qu'elle fait vers l'Union européenne. (...) Il n'y a aucune énergie qui assure une indépendance énergétique totale. Peut-être que la sortie de la sortie absolue de la dépendance énergétique russe est une dépendance absolue vers d'autres puissances pour demain. (...) Les armées sont de plus en plus mobilisées dans la réponse aux événements climatiques extrêmes. Cet emploi de l'armée est inclut par les Etats dans une réponse au changement climatique."

Philippe Vion-Dury remet en perspective la question de la sobriété et explique son scepticisme quant à la possibilité de l'existence d'une écologie de guerre : "Il y a une mobilisation de l'écologie au motif d'une action guerrière, ou de sécurité, ou de géostratégie. (...) La question de la sobriété, je ne l'entends pas beaucoup. C'est quelque chose de culturel, de politique, de profond. (...) Je sens plutôt un parfum de rationnement, je ne suis pas certain de voir des réactions politiques qui vont dans le sens d'une sobriété, dans le sens d'une transition, d'une substitution d'hydrocarbures "sales" russes vers des hydrocarbures sales venant d'ailleurs, ou d'une transition vers des énergies supposément vertes. (...) Je suis pessimiste concernant les capacités des politiciens à sortir de l'opportunisme."

Bibliographie :

  • Pierre Charbonnier, Culture écologique, Presses de Sciences Po, 2022
  • Pierre Charbonnier, Abondance et Liberté : Une histoire environnementale des idées politiques, La Découverte, 2020