Le président français Emmanuel Macron s'entretient avec le grand rabbin de France Haïm Korsia, au palais de l'Élysée à Paris, le 26 janvier 2022.
Le président français Emmanuel Macron s'entretient avec le grand rabbin de France Haïm Korsia, au palais de l'Élysée à Paris, le 26 janvier 2022. ©AFP - LUDOVIC MARIN
Le président français Emmanuel Macron s'entretient avec le grand rabbin de France Haïm Korsia, au palais de l'Élysée à Paris, le 26 janvier 2022. ©AFP - LUDOVIC MARIN
Le président français Emmanuel Macron s'entretient avec le grand rabbin de France Haïm Korsia, au palais de l'Élysée à Paris, le 26 janvier 2022. ©AFP - LUDOVIC MARIN
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Le pacte entre l'Etat et la communauté juive de France qui apparait aux lendemains de la Révolution a évolué au fil des régimes politiques. Exemple d'une laïcité à la française, le franco-judaïsme est confronté à une résurgence de l'antisémitisme : est-il à un tournant ?

Avec
  • Martine Cohen sociologue. Chargée de recherche au laboratoire "Groupe sociétés, religions, laïcité" (CNRS)
  • Pierre Birnbaum professeur émérite à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne
  • Noémie Issan Benchimol Philosophe des sciences religieuses et du droit talmudique

La France a célébré jusqu’au mois dernier son grand écrivain, Marcel Proust, pour le centenaire de sa disparition. Marcel Proust, baptisé catholique, mais dont un de nos invités, Pierre Birnbaum, explique dans son dernier livre que "la dimension juive de sa propre histoire le troublait". Car lui qui aurait pu représenter une des synthèses du franco-judaïsme du XIXe disait adieu au monde juif.

Beaucoup ont réfléchi à l’adhésion enchantée parfois au rêve francais du franco-judaisme qui serait depuis plusieurs décennies mis à mal par la montée de l’antisémitisme, l’efficacité limitée de l’Etat pour le combattre mais aussi les nouvelles recompositions de ce même Franco-judaïsme, pluraliste voire, a l’image du reste de la France, archipelisé.

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Pour en débattre, Emmanuel Laurentin reçoit Martine Cohen, sociologue et observatrice du judaïsme français ; Pierre Birnbaum, historien et sociologue français ; Noémie Issan-Benchimol, normalienne et philosophe de formation, doctorante en sciences religieuses à l’École pratique des hautes études dont le sujet de thèse est le serment judiciaire en droit talmudique.

Un pacte entre l’Etat et les Juifs de France

"Je dirais que le franco-judaïsme implique la notion d’intégration et non pas la notion d’assimilation" explique Pierre Birnbaum. "Une intégration à la République, à l’Etat qui s’instaure par une sorte de mariage, d’épousailles, entre l’Etat et les Juifs, et qui repose sur un commun accord, sur les règles de la méritocratie, sur les règles de la rationalité, de l’universalisme et également sur la question de la laïcité. On peut aussi ajouter que le franco-judaïsme implique une sorte de réserve de la dimension publique de l’action juive. Les Juifs, comme l’ensemble de leurs concitoyens, sont, dans la logique de la Révolution française, amenés à limiter plus ou moins leur expression propre à leur domaine privé. Or il est évident que de nos jours les choses ont changé, avec la remise en question cruciale par le déclin de l’Etat". Si le franco-judaïsme est bien une notion historique qui apparait aux lendemains de la Révolution française, il connait des évolutions, des contradictions, comme Vichy ou encore l‘Alliance israélite universelle, rappelle ainsi Martine Cohen. "L’alliance a promu le modèle français d’émancipation du judaïsme comme confession et en même temps elle à fait de la politique à l’extérieur de la France, pas seulement avec ses écoles qu’elle a créées dans le bassin méditerranéen, mais aussi avec les comités d’action dans plusieurs pays d’Europe, pour inciter les Juifs de ces pays à obtenir l’égalité des droits et devenir des citoyens roumains ou hongrois per exemple. Donc paradoxalement, elle faisait une action politique hors de France, mais elle promouvait le modèle français d’émancipation confessionnel", c’est à dire la mise en retrait de l’appartenance religieuse dans la vie publique et politique.

Par ailleurs, l’isréalitisme français n’est pas étanche aux bouleversements du monde, et l'existence d’Israël vient modifier les fondements du compromis qu’est le franco-judaïsme explique Noémie Issan-Benchimol : "Il y a une certaine schizophrénie des discours. Il y a certaines personnes en France qui ont insisté sur le fait qu’elles n’étaient pas israéliennes, qu’elles étaient françaises. Aussi, elles n’avaient pas à rendre de comptes sur ce que fait Israël et sa politique, expliquant que cette injonction à répondre d’Israël procédait de mécanismes d’assignation raciste. Là où d’autres vont insister sur la centralité d’Israël comme leur refuge, comme référence fondatrice. Ce qui rend la chose un peu compliquée".

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