Singapour, Thaïlande, Cambodge, Laos, Indonésie, Malaisie : un grand nombre d'Etats membres de l'ASEAN redoutent d’être pris en tenaille entre l’influence chinoise et celle des Etats-Unis
Singapour, Thaïlande, Cambodge, Laos, Indonésie, Malaisie : un grand nombre d'Etats membres de l'ASEAN redoutent d’être pris en tenaille entre l’influence chinoise et celle des Etats-Unis
 Singapour, Thaïlande, Cambodge, Laos, Indonésie, Malaisie : un grand nombre d'Etats membres de l'ASEAN redoutent d’être pris en tenaille entre l’influence chinoise et celle des Etats-Unis  ©Getty - Naveen Jora/The India Today Group
Singapour, Thaïlande, Cambodge, Laos, Indonésie, Malaisie : un grand nombre d'Etats membres de l'ASEAN redoutent d’être pris en tenaille entre l’influence chinoise et celle des Etats-Unis ©Getty - Naveen Jora/The India Today Group
Singapour, Thaïlande, Cambodge, Laos, Indonésie, Malaisie : un grand nombre d'Etats membres de l'ASEAN redoutent d’être pris en tenaille entre l’influence chinoise et celle des Etats-Unis ©Getty - Naveen Jora/The India Today Group
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Résumé

Au lendemain de la victoire de Joe Biden, Bilahari Kausikan, ancien ministre des Affaires étrangères de Singapour, formule quelques conseils à la nouvelle administration américaine. Au président, il demande de ne pas faire preuve de faiblesse face aux ambitions de Pékin dans le sud-est asiatique.

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Bilahari Kausikan est bien placé pour apprécier la situation dans le Sud-Est asiatique au lendemain de la victoire de Joe Biden. Sous prétexte de commenter trois essais consacrés à la diplomatie chinoise envers ses voisins régionaux, l'ancien ministre des Affaires étrangères de Singapour en profite pour glisser quelques conseils à la nouvelle administration américaine. Son article, paru dans le numéro de mars-avril de la revue Foreign Affairs, commence par une anecdote. Alors qu’un changement de gouvernement venait d’avoir lieu à Hanoï, il demande à un haut responsable du pays si cela pourrait avoir des conséquences sur les rapports de son pays avec la Chine. "Tout leader vietnamien doit s’entendre avec la Chine, lui répond son interlocuteur. Et tout leader vietnamien doit tenir tête à la Chine. Et s’il ne peut pas faire les deux à la fois, alors, il ne mérite pas d’être un leader vietnamien." 

Une diplomatie du "en même temps" est-elle possible ?

En réalité, selon Bilahari Kausikan, les Etats de la région redoutent d’être coincés entre l’influence chinoise et celle des Etats-Unis. C’est pourquoi Joe Biden ne devrait pas exiger un alignement pur et simple sur la politique américaine. Comme l’écrivait récemment Yoo Young-Kwan sur le site Project Syndicate, beaucoup souhaitent à la fois bénéficier de leurs liens économiques avec la Chine, tout en comptant sur les Américains pour faire contrepoids à l’expansion chinoise. 

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Car l’agressivité manifestée par Pékin dans sa zone d’influence, inquiète autant qu’elle incline à la prudence. On s’y demande si Xi Jinping parviendra ou non à expulser les Etats-Unis d’Asie du Sud-Est. Pour tous, si les relations économiques et commerciales avec Pékin constituent, pour tous, un facteur important, il en existe un autre dont il faut tenir compte, et c’est le nationalisme. Certes, certains voisins dépendent tant de la Chine qu’ils tendent à s’aligner diplomatiquement sur Pékin. C’est le cas du Laos, mais surtout du Cambodge. Pourtant même le Laos, même s’il dispose d’une faible marge de manœuvre, négocie pied à pied avec la Chine, comme on l’a vu pour le projet de construction d’une ligne de chemin de fer. 

À réécouter : Nationaliste et autoritaire, la Chine selon Xi Jinping

L'ASEAN ou l'effort de promotion de la multipolarité

Bilahari Kausikan remarque, en passant, que la diplomatie américaine, focalisée sur la liberté de navigation en mer de Chine, tend à négliger un autre enjeu géostratégique majeur pour la région, le Mékong. Il traverse cinq des pays de l’ASEAN et c’est la Chine qui en contrôle le débit. Or, le Laos et le Cambodge, qui en font partie, ont des économies largement agricoles. Pour ces pays, la circulation maritime en mer de Chine et la militarisation des îlots par Pékin ne constituent pas des problèmes vitaux. Le débit du Mékong, si. Car, dans l’ombre de la puissance chinoise en expansion, il y a l’ASEAN, l’Association des nations d’Asie du Sud-Est. 

Peu d’universitaires comprennent véritablement comment l'ASEAN fonctionne. Son but principal n’est pas d’apporter des solutions aux problèmes locaux, mais de gérer la défiance et les différences entre ses membres, de stabiliser une région où les rapports de voisinages ne vont pas de soi. Et ainsi de minimiser les opportunités d’intervention offertes aux grandes puissances rivales.
Bilahari Kausikan

Evidemment, la Chine y compte des clients, tels que le Cambodge, qui votent dans le sens de la position chinoise. Mais l’expérience démontre que les autres membres de l’Association parviennent parfois à infléchir leur position. 

Dans son livre, Where Great Powers Meet : America and China in Southeast Asia, David Shambaugh relève que "les Etats de l’ASEAN sont déjà conditionnés à ne jamais critiqué publiquement la Chine." Réponse de Bilahari Kausikan : "Mais ils ne critiquent pas les Etats-Unis, non plus". En fait l’équilibre des forces est si fragile dans cette région que des experts comme Yoon Young-Kwan estiment que la rivalité américano-chinoise pourrait déraper en conflit militaire. C’est pour l’éviter à tout prix, que les Etats de l’ASEAN accueillent à leurs sommets des puissances qui n’en sont pas membres, telles que l’Inde, le Japon, la Corée du Sud, la Russie ou l’Australie. Il s’agit, écrit Kausikan de "maximiser les espaces interstitiels et d’élargir la multipolarité."

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Conseils à Biden : ne pas faire preuve de faiblesse !

Enfin, les conseils que prodigue Bilahari Kausikan au nouvel hôte de la Maison-Blanche sont intéressants, mais ambigus. Le Partenariat Transpacifique, négocié et signé par Obama, a été un énorme succès pour les Etats-Unis. Mais Obama a fait preuve de faiblesse dans plusieurs circonstances, où Xi Jinping est revenu sur sa parole, comme le récif de Scarborough, annexé et militarisé par la Chine. Cette retenue de Washington a confirmé, localement,  l’idée que la puissance militaire américaine était sur le déclin. Trump a commis une énorme bévue en retirant les Etats-Unis du Partenariat transpacifique. Mais en déployant la 7e flotte et en s’engageant à faire respecter la liberté de circulation maritime, il a rassuré les alliés de l’Amérique. "Alliés et ennemis vont guetter les signes de faiblesse chez Biden". Pour le moment, il demeure, à leurs yeux, le successeur du "président faible", dont il a été le vice-président. 

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Brice Couturier
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