Pour l'écrivain britannique Douglas Murray, Les préférences sexuelles sont fluctuantes et l'on devrait s’abstenir d’en faire le socle d'une "identité."
Pour l'écrivain britannique Douglas Murray, Les préférences sexuelles sont fluctuantes et l'on devrait s’abstenir d’en faire le socle d'une "identité."
Pour l'écrivain britannique Douglas Murray, Les préférences sexuelles sont fluctuantes et l'on devrait s’abstenir d’en faire le socle d'une "identité."  ©Getty - PYMCA/Universal Images Group
Pour l'écrivain britannique Douglas Murray, Les préférences sexuelles sont fluctuantes et l'on devrait s’abstenir d’en faire le socle d'une "identité." ©Getty - PYMCA/Universal Images Group
Pour l'écrivain britannique Douglas Murray, Les préférences sexuelles sont fluctuantes et l'on devrait s’abstenir d’en faire le socle d'une "identité." ©Getty - PYMCA/Universal Images Group
Publicité
Résumé

Dans un essai polémique intitulé "La grande déraison", l'écrivain britannique néo-conservateur Douglas Murray brocarde la politique des identités : celles qui se fondent sur la race, le genre ou sur les préférences sexuelles, et va jusqu'à remettre en cause la notion même de communauté LGBTQI+.

En savoir plus

L'écrivain et journaliste britannique néo-conservateur Douglas Murray s’affiche homosexuel, mais il se garde bien d’écrire "en tant que tel", puisque c’est un procédé qu’il dénonce. Dans son essai La Grande déraison. il remarque l’extraordinaire vitesse à laquelle a changé la manière dont les homosexuels sont perçus, du moins en Occident. Jusqu’en 1973, l’Association des psychiatres américains faisait figurer l’homosexualité dans la catégorie des "troubles du comportement" et elle suggérait de la traiter par des thérapies appropriées… A l’époque où son époux était président des Etats-Unis, Hillary Clinton se déclarait farouchement opposée au mariage de personnes du même sexe. A présent, elle y est tout aussi favorable. Oui, les choses changent dans le sens d’une  tolérance toujours plus grande... 

À lire aussi : The Boys in the Band : la pièce qui a changé la vie des LGBT+

La préférence sexuelle est-elle une identité ?

Mais le mouvement gay, lui, est-il tolérant ? Pas tant que ça, lui reproche Douglas Murray. Alors qu’ils sont devenus, à leur tour, des minorités un peu ridicules, ceux qui persistent à voir dans l’homosexualité une déviance et un "péché", et font la promotion des "gays repentis", comme les réalisateurs du film Voices of the Silenced, se voient empêchés de le projeter en Grande-Bretagne. A présent qu’il triomphe, le mouvement gay ne devrait-il pas faire preuve de la tolérance qu’il réclamait pour lui-même à l’époque où il fallait se cacher pour aimer d’autres hommes ?

Publicité

Les médias britanniques, et en particulier la BBC, relève Douglas Murray, félicitent les gays qui assument leur homosexualité et les met souvent en avant. Mais pourquoi ceux qui font le chemin inverse vers l’autre sexe sont-ils systématiquement considérés comme "inauthentiques" ? La nouvelle doxa fait pourtant sans cesse l’éloge de la fluidité. Les préférences sexuelles sont fluctuantes. On devrait s’abstenir de les figer et d’en faire une "identité" - ce thème est précisément l’objet des attaques du livre, tourné contre "la politique de l’identité". 

À lire aussi : Les identités contre la politique

L'homosexualité est-elle transgression des normes ?

Oui, manipulé par ceux qui entendent la représenter pour assurer leur propre pouvoir. Le mouvement gay est divisé, en réalité, en deux tendances peu conciliables. Une frange milite pour une forme de normalisation. On y réclame d’être reconnus comme des gens comme les autres, formant des familles stables et élevant des enfants. Mais la frange dite queer estime, au contraire, que l’homosexualité constitue une transgression des normes, en particulier familiales, et qu’elle doit viser à une transformation radicale de la société. 

De ce fait, elle considère les gays intégrés comme "inauthentiques". On en eu un exemple, lors de la campagne pour les primaires démocrates, lorsque l’un des candidats, Pete Buttigieg, homosexuel et marié à un instituteur, a fait l’objet d’attaques venimeuses. Non pas dans la presse conservatrice, mais dans la presse de gauche. Dans The New Republic, il était moqué sous le pseudonyme de "Mary Pete" et décrit comme "un homosexuel bien éduqué, raisonnablement blanc, et marié avec le premier gars qu’il a rencontré". Bref, commente l'éditorialiste libertarien américain Brad Polumbo, pour Quillette, "la mauvaise sorte de gay : un gars qui n’a pas expérimenté suffisamment de sexe dans sa vie." Dans la Los Angeles Review of Books, un autre portrait dépeignait leur couple comme "hétérosexuel sans femme". Et dans Outline, Buttigieg était décrit comme "trop acceptable" pour faire un candidat authentiquement gay. Un lobby s’était même créé, "Queers against Pete". La gauche woke se dévoile, écrit Brad Polumbo : ce qu’elle souhaite, ce sont des candidats tellement à gauche et tellement hors normes qu’ils en deviennent inacceptables pour la majorité de l’électorat. 

Depuis quand le fait de vivre une vie conventionnellement stable (et apparemment heureuse), en tant que col blanc qui réussit, signifie que vous avez abandonné quoi que ce soit ?                
Brad Polumbo

À réécouter : Existe-t-il une culture lesbienne/gay ?

Pete Butigieg, Peter Thiel, Bret Easton Ellis : pas assez "gays" ?

Douglas Murray, lui, prend l’exemple de Peter Thiel, le milliardaire co-fondateur de Paypal, connu pour ses idées libertariennes. Selon le magazine queer Advocate, "il a abandonné son identité queer". Ses préférences sexuelles ne suffisent donc plus à faire de lui un gay authentique. Que lui manque-t-il donc, interroge Murray ? Il faut désormais partager les causes politiques de la communauté. De la même façon, le romancier Bret Easton Ellis, raconte dans son livre White, avoir été "désinvité" à la cérémonie de la Gay and Lesbian Alliance Against Defamation, pour des tweets où il s’était moqué de l’exigence de faire jouer des rôles d’homosexuels par des acteurs gay. "L’association prêchait la tolérance, mais s’empressait de gifler quiconque ne marchait pas au pas de son programme et de son idéologie" écrit Easton Ellis. "Lorsqu’une communauté se flatte de ses différences et puis bannit des gens parce qu’ils s’expriment – non par des discours de haine, non, mais parce qu’elle n’aime pas leurs opinions, un fascisme corporatif est mis en place."

À réécouter : Bret Easton Ellis: réac ou pas ?

Références

L'équipe

Brice Couturier
Brice Couturier
Brice Couturier
Production