A l’époque de Martin Luther King, être antiraciste signifiait le refus de conférer une quelconque valeur sociale à l’appartenance ethnique d’un individu. Les mouvements antiracistes woke contemporains bouleversent cette définition... ©Getty - Donald Iain Smith
A l’époque de Martin Luther King, être antiraciste signifiait le refus de conférer une quelconque valeur sociale à l’appartenance ethnique d’un individu. Les mouvements antiracistes woke contemporains bouleversent cette définition... ©Getty - Donald Iain Smith
A l’époque de Martin Luther King, être antiraciste signifiait le refus de conférer une quelconque valeur sociale à l’appartenance ethnique d’un individu. Les mouvements antiracistes woke contemporains bouleversent cette définition... ©Getty - Donald Iain Smith
Publicité
Résumé

Dans un essai stimulant, Mathieu Bock-Côté démonte l'idéologie de la Critical Race Theory.

En savoir plus

Le "racialisme" est un antiracisme qui a radicalement changé de sens. A l’époque de Martin Luther King, être antiraciste signifiait le refus de conférer une quelconque valeur sociale à l’appartenance ethnique d’un individu. La célèbre pasteur noir assassiné exigeait que "l’on juge ses enfants sur leur caractère et non sur leur couleur de peau", selon sa célèbre expression. A présent, comme l'explique le sociologue Mathieu Bock-Côté dans La révolution racialiste et autres virus idéologiques, "c’est au nom de l’antiracisme qu’on invite désormais les hommes à se départager selon la couleur de leur peau." Comment les Etats-Unis en sont-ils arrivés là ? C'est l'objet de cette seconde chronique consacrée à l'essai du sociologue et essayiste québécois qui vient de paraître aux Presses de la Cité.

5 min

Un nouvel antiracisme qui voit la couleur partout...

Hier, les races, de même que les genres, étaient décrites par l’université américaine comme des "constructions sociales" ; des artefacts culturels. Aujourd’hui, par un extraordinaire retournement intellectuel, prétendre ignorer la race est considéré comme une manifestation de "daltonisme racial", et comme une forme… de racisme ! Car, pour un Blanc, c’est refuser de prendre conscience de ses "privilèges" et de les dénoncer. 

Publicité

La théoricienne Robin DiAngelo a baptisé "fragilité blanche" le fait, pour les Blancs, de fuir les discussions approfondies sur leurs préjugés hérités et inconscients. Elle organise, pour les grandes sociétés et les administrations publiques, des séances de confession publique. On y est invité à reconnaître sa "cécité aux couleurs de peau", le péché d’individualisme, ou encore la croyance coupable en la méritocratie. L’héritage protestant de l’idéologie woke est frappante. Aux yeux de DiAngelo, le racisme des Blancs est une sorte de péché originel dont ils ne viennent jamais vraiment à bout. Au mieux, ils peuvent être admis en tant "qu’alliés" s’ils acceptent la totalité du nouveau catéchisme faussement qualifié "d’antiraciste" et le prêchent à leur tour. 

13 min

Critical Race Theory & racisme systémique

Alors qu’il y a encore peu, le prisme racial était jugé moralement condamnable et scientifiquement irrecevable, il revient fardé d’une légitimité nouvelle dans le langage de la sociologie. A travers ce qu’on appelle la Critical Race Theory. Mathieu Bock-Côté

Pour la Critical Race Theory, le nouveau racisme qu’il s’agit de combattre ne tient pas aux préjugés individuels : difficile de ne pas admettre que ceux-ci ont formidablement reculé depuis les lois Jim Crow. Quiconque a une expérience du vaste monde peut constater que l’Amérique du Nord est devenue, en l’espace de deux générations, l’un des endroits les moins racistes de la planète. Toutes les catégories ethniques que compte notre humanité diverse y collaborent à une œuvre d’émancipation, peut-être unique et vraiment remarquable. La participation des Afro-Américains, en particulier, à la vie politique, culturelle et économique y est spectaculaire. Pourtant, le nouveau racisme que les Nord-Américains sont appelés à combattre est décrit comme inscrit au cœur des institutions américaines elles-mêmes, il est censé imprégner le langage quotidien. Il est dit "systémique"

5 min

Antiracisme, lutte contre les discriminations : des notions renversées ?

Du coup, par un coup de force théorique, écrit Mathieu Bock-Côté "le racisme n’est plus perçu comme une perversion de l’idéal américain, mais comme le révélateur de la nature profonde du pays. Il n’en serait pas la tare honteuse, mais la vérité inextricable." A la limite, remarque le sociologue québécois, cette théorie pourrait bien parvenir à décréter qu’une société est raciste, sans qu’aucun de ses membres ne le soient de manière consciente et intentionnelle. Et c’est l’une des caractéristiques de l’esprit_woke_ : il se dispense d’apporter les preuves matérielles de ce qu’il affirme. La proclamation idéologique lui suffit. Parallèlement, la lutte contre les discriminations, qui fut celle du mouvement des droits civiques des années 1960, a été retournée en son contraire, toujours au nom de "l’antiracisme". 

La question fondamentale est de savoir si cette discrimination crée de l’équité ou de l’iniquité. Si elle produit de l’équité, alors elle est antiraciste. Si elle produit de l’iniquité, alors elle est raciste. (…) Le seul remède contre la discrimination passée est la discrimination présente. Ibram X. Kendi, militant antiraciste américain

Oui, décidément, Mathieu Bock-Côté a bien raison de nous mettre en garde contre les importations en cours en ce moment en Europe occidentale de ces lubies américaines. Pourtant, force est de constater que leur influence y augmente régulièrement, tant dans certains secteurs universitaires que dans certains médias… En particulier, évoquer un prétendu "racisme d'Etat" à la moindre bavure policière impliquant un délinquant issu de l'immigration est un manière d'adopter la logique et les postures woke américaines. 

7 min
Références

L'équipe

Brice Couturier
Brice Couturier
Brice Couturier
Production