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Résumé

Tandis que Angela Merkel entend briguer un 4° mandat, en incarnant une forme de stabilité dans un monde perturbé, le président du Parlement européen va quitter Strasbourg. Sans doute pour se lancer à l'assaut de la chancellerie.

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Moins de deux semaines. Il n’aura fallu que 12 jours à Angela Merkel, après la victoire de Donald Trump aux présidentielles américaines pour annoncer son intention de briguer un 4° mandat de chancelière. Et les deux évènements sont manifestement liés. Elle venait, en effet, de se voir passer une sorte de flambeau symbolique par le président Obama qui, sur le départ, a semblé adouber son héritière. On a eu l’impression d’assister, entre les deux personnalités, à la transmission d’une mission. Celle de défendre les valeurs démocratiques et libérales, dans un Occident dont les nations ont tendance à basculer une à une dans une dimension différente – ce qu’on appelle, faute de mieux, « le populisme ».

Le New York Times n’hésite pas à voir dans la chancelière allemande « _le leader de facto du monde libr_e ». Ce qu’elle récuse. On verra pourquoi au cours de cette semaine. Mais il faut bien comprendre que, pour la grande majorité des Allemands, Donald Trump incarne une forme d’anti-modèle. Certes, pas pour tous les Allemands : le leader de la CSU, Horst Seehofer, a invité le prochain président américain à lui rendre visite aussitôt que possible dans « le libre Etat de Bavière ». Mais pour le philosophe Jürgen Habermas, c’est « la stabilité politique de nos pays occidentaux qui est ébranlée » par la victoire du candidat populiste aux élections américaines. Or, c’est bien la stabilité qu’entend incarner Angela Merkel sur la scène européenne et mondiale. Dans un monde en turbulence, elle pense pouvoir rassurer.

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Elle se présentera donc à nouveau au suffrage des électeurs allemands, afin, dit-elle, de « défendre nos valeurs et notre mode de vie ». Manière de laisser entendre qu’elle les considère précisément comme menacés. Or, le trouble est immense, lorsque la menace provient du pays même qui était censé les défendre, voire les répandre. Ces valeurs, le Spiegel les définit ainsi : les Lumières, le règne de la loi, le respect et la décence. Une manière de faire le portrait en creux de tout ce que n’est pas le futur président américain. Merkel a déjà un axe de campagne : elle est l’anti-Trump. Aussi modeste qu’il est arrogant. Aussi prudente qu’il est téméraire.

Cette candidature est une occasion de se pencher sur l’état de santé de la démocratie allemande. Car cette démocratie exemplaire n’est pas exempte des maux que connaissent nombre de nos démocraties occidentales. Une partie importante se plaint de ne pas être écoutée par les élus. Les maires SPD, récemment réunis à Berlin pour une convention de leur parti, ont fait remonter le même constat inquiet : l’insatisfaction des électeurs est profonde. Les signes de méfiance, voire de rupture, sont nombreux. Un sentiment d’aliénation se développe au sein d’une population qui a le sentiment que ses craintes et ses aspirations ne sont pas entendues.

Un signe a particulièrement frappé les esprits : suite à la poussée de l’AFD en Saxe-Anhalt, dans l’ex-RDA, les deux grands partis de gouvernement, CDU et SPD, qui gouvernent l’Allemagne en coalition n’ont pas pu trouver de majorité au sein du Parlement local pour former un gouvernement régional. Ils ont dû élargir leur majorité aux Verts.

Est-ce à dire que la fameuse stabilité politique allemande, la capacité apparente de ce pays à faire face à tous les défis n’est plus ce qu’elle était ? Il y a en tous cas une érosion du système partisan auquel le pays devait sa fameuse stabilité. La chancelière elle-même, même si elle demeure immensément populaire au sein de sa famille politique, la CDU, n’en est pas moins atteinte par une certaine usure du pouvoir.

Mais un évènement survenu la semaine dernière, est susceptible de relancer l’intérêt du public pour la politique nationale : l’annonce par le président du Parlement européen, le social-démocrate Martin Schulz, qu’il renonçait à son mandat européen pour venir bousculer le jeu politique dans son pays.

Dans un premier temps, Schulz revient en Allemagne pour briguer le poste de ministre des Affaires étrangères que va laisser vacant la très probable élection nomination de son actuel titulaire, Frank-Walter Steinmaier, vice-chancelier, à la présidence fédérale. Mais sa très grande popularité au sein de l’électorat du SPD fait de Martin Schulz le candidat naturel de son parti au poste de chancelier. Sa cote est de 67 %, alors que celle de l’actuel leader du parti social-démocrate, Sigmar Gabriel se traîne aux alentours des 24 %. Certes, pour l’instant, dans les intentions de vote, la chancelière est encore supérieure de 8 points à celle du probable prochain leader du SPD. Mais les jeux ne sont pas faits.

D’autant que le SPD, avec ses 23 % d’intentions de vote, contre 35 % à la CDU, se verrait bien dans le rôle de faiseur de roi. Il peut soit reconduire la Grande Coalition avec les chrétiens-démocrates, soit tenter de former une union de la gauche, avec les Verts (11 % d’intention de vote) et le Parti de gauche die Linke (9%).

Pourtant l’image que Martin Schulz laissera au Parlement européen risque de le desservir au sein d’une opinion allemande qui le connaît mal. Il fait partie de ces politiciens européens un peu trop professionnels, à la recherche systématique du consensus. En outre, comme le relève la presse européenne, en tant que président du Parlement, il a couvert son ami Jean-Claude Juncker, président la de la Commission, empêchant la constitution d’une commission d’enquête parlementaire sur le Luxleaks et les pratiques fiscales du Grand-Duché.

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Brice Couturier
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