Lors d'une conférence de presse le 17 avril 2021, le Premier ministre tchèque Andrej Babis a annoncé que l'expulsion de 18 diplomates russes impliqués dans l'explosion d'un dépôt de munitions à Vrbetice en 2014
Lors d'une conférence de presse le 17 avril 2021, le Premier ministre tchèque Andrej Babis a annoncé que l'expulsion de 18 diplomates russes impliqués dans l'explosion d'un dépôt de munitions à Vrbetice en 2014
Lors d'une conférence de presse le 17 avril 2021, le Premier ministre tchèque Andrej Babis a annoncé que l'expulsion de 18 diplomates russes impliqués dans l'explosion d'un dépôt de munitions à Vrbetice en 2014 ©AFP - MICHAL CIZEK / AFP
Lors d'une conférence de presse le 17 avril 2021, le Premier ministre tchèque Andrej Babis a annoncé que l'expulsion de 18 diplomates russes impliqués dans l'explosion d'un dépôt de munitions à Vrbetice en 2014 ©AFP - MICHAL CIZEK / AFP
Lors d'une conférence de presse le 17 avril 2021, le Premier ministre tchèque Andrej Babis a annoncé que l'expulsion de 18 diplomates russes impliqués dans l'explosion d'un dépôt de munitions à Vrbetice en 2014 ©AFP - MICHAL CIZEK / AFP
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Résumé

Le 16 octobre 2014, une explosion a retenti à Vrbetice. 50 tonnes de munitions ont sauté, faisant deux morts. On sait aujourd'hui que c'est l'Unité 29155 du renseignement militaire russe qui était à la manœuvre. Pourquoi Moscou a-t-il envoyé ses agents en République tchèque, pays membre de l'OTAN ?

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Pourquoi les services secrets russes s'intéressent-ils tant à la Tchéquie, pays membre de l'OTAN ? Samedi dernier, le Premier ministre tchèque, Andrej Babis a accusé nommément l’Unité 29155 du GRU, c’est-à-dire la direction du renseignement militaire russe d’être "impliquée" dans la destruction d'un entrepôt d'explosifs survenue à Vrbetice, près de Brno, le 16 octobre 2014. Les accusations lancées par le gouvernement tchèque sont précises : celui-ci a même diffusé la photo de deux agents de cette unité, Anatoli Chepiga et Alexander Michkine, prise à cette époque dans son pays…  Ce sont les mêmes hommes qui sont, en effet, accusés par le gouvernement britannique d’avoir tenté d’empoisonner l’ancien espion russe Sergueï Skripal et sa fille Julia au Novichok, à Salisbury en 2018. Ils ont été décorés de l’une des plus hautes distinctions, "héros de la Russie".

À réécouter : L'affaire Skripal

Le site d’information en ligne sur l’espionnage Bellingcat a retracé les mouvements de ces deux hommes, arrivés à Prague sous une fausse identité, le 11 octobre. Il a également identifié quatre autres agents russes, impliqués dans ce sabotage et présents sur les lieux de l’explosion quelques heures avant, deux d’entre eux, Ezhov et Averyanov, venus depuis Vienne, le 11 octobre, et Kalinin et Kapinos, par Budapest, le 10. Le site donne même le nom du responsable de l’opération, un très haut gradé du service d’action russe, le général Andreï Averyanov, qui aurait supervisé l’opération depuis Moscou.

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L’Unité 291155 est, selon le New York Times, spécialisée dans la subversion, le sabotage et l’assassinat de personnalités à l’étranger. Elle fait partie des moyens mis en œuvre par Vladimir Poutine dans le but de déstabiliser les Etats occidentaux**.** Les gouvernements de ces Etats démocratiques devraient s’inquiéter plus qu’ils ne le font généralement d’une pratique qui consiste, pour les régimes autoritaires, à aller tuer des personnalités, ou à saboter des installations sur leur propre sol. 

Pourquoi Moscou a-t-il envoyé des espions en Tchéquie, pays membre de l’OTAN, afin d’y faire sauter un dépôt de munitions ?

Selon le journaliste tchèque, Ondrej Kundra, spécialiste des réseaux d’espionnage russes en Tchéquie, ces agents avaient pour mission de détruire des munitions destinées à l’Ukraine. En 2014, en effet, les séparatistes pro-russes du Donbass étaient alors en difficulté face à l’armée de Kiev. Interviewé par Le Courrier d’Europe centrale, Kundra relie cet attentat à la tentative d’empoisonnement subie, en avril 2015, par le marchand d’armes bulgare Emilian Gebrev et son fils. Sa société, Emco, était également en lien avec le gouvernement ukrainien pour une fourniture d’équipements militaires. 

Cette opération était exceptionnelle, car ce fut une énorme explosion qui a causé plus de 40 millions d’euros de dégâts, tué deux citoyens tchèques ; des centaines de personnes ont aussi dû être évacuées des villages environnants, en octobre, puis en décembre, à la suite d’une seconde explosion, alors que des explosifs ont été projetés à plus de huit cent mètres, mettant des vies en danger. ( …) Mais si cet acte était exceptionnel, l’espionnage russe est bel et bien actif sur le territoire tchèque, avec une ambassade d’une taille démesurée, depuis la fin des années 60, époque à laquelle l’Union soviétique s’est mise à surveiller le Printemps de Prague. A l’époque, ils ont créé toute une structure, avec des espions envoyés pour réprimer le mouvement démocratique. Depuis, ils ont sur place, toute une série de contacts, de traditions et de racines. L’année dernière, la police et les services de contre-espionnage tchèque ont obtenu des informations depuis l’intérieur de l’ambassade russe, selon laquelle un agent aurait pu venir (à Prague) dans le but d’attenter à la vie de deux membres du conseil municipal critiques envers la Russie, dont notamment le maire de la capitale, Zdenek Hrib, membre du parti pirate.      
Ondrej Kundra

Zdenek Hrib a en effet porté plainte contre les agissements d’un Russe qui le suivait dans la ville. Le Kremlin le déteste, depuis qu’il a proposé de donner le nom de Boris Nemtsov, l’opposant assassiné à Moscou en février 2015, à la place de Prague où est située l’ambassade de Russie. "La Russie a nié vouloir me tuer ou d’autres politiciens tchèques, mais je considère le danger comme réel. Il est très important pour moi de soutenir mon pays, en tant que pays démocratique, même si je risque ma vie. En tant que politicien élu, il est de mon devoir de protéger la liberté d’expression, non seulement pour moi, mais aussi pour tous les autres citoyens" a déclaré le maire de Prague dans une interview accordée à la radio allemande Deutsche Welle.

Les Tchèques ont expulsé dix-huit diplomates russes en représailles. Et Poutine a expulsé autant de diplomates tchèques en Russie. Mais comme ils n’étaient que vingt-et-un, il n’en reste plus que trois, à Moscou. L’ambassade russe à Prague reste, elle, bien garnie… Reste un problème non résolu : le président de la République tchèque, Milos Zeman, est un pro-russe déclaré. Et il prétend ne pas croire à l’implication des Russes dans l’explosion de Vrbetice… 

À réécouter : Une affaire de barbouzes au cœur d'une crise diplomatique entre la République tchèque et la Russie

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Brice Couturier
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