Le petit-déjeuner est-il vraiment le repas le plus important de la journée ? ©Getty - Enrique Diaz
Le petit-déjeuner est-il vraiment le repas le plus important de la journée ? ©Getty - Enrique Diaz
Le petit-déjeuner est-il vraiment le repas le plus important de la journée ? ©Getty - Enrique Diaz
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Résumé

Thé, café, céréales soufflés à l'américaine : s'il est un repas mondialisé c'est bien le petit-déjeuner. Englouti à la va-vite, mis-à-mal par le locavorisme, concurrencé par son cousin le brunch, le petit-déjeuner gardera-t-il encore longtemps sont titre du "repas le plus important de la journée" ?

avec :

Gilles Fumey (Professeur de géographie culturelle, chercheur à l’unité mixte de recherche du CNRS-Sorbonne « Identités, relations internationales et civilisations de l’Europe »), Christian Grataloup (Géographe, ancien professeur à l’université Paris-VII et à Sciences Po Paris, spécialiste de géohistoire.).

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Que nous le prenions sucré ou salé, faut-il déclarer la guerre au petit-déjeuner qui a longtemps constitué un parent pauvre de la gastronomie française ? Fruit de la mondialisation, longtemps considéré comme le repas le plus important de la journée, le petit-déjeuner est en passe d’être détrôné par l’essor notamment des nouvelles tendances, locavorisme, jeûne intermittents et autres breakfasts ou brunchs qui nous viennent des pays anglosaxons. 

Gilles Fumey, géographe, professeur de géographie culturelle, spécialiste de l'alimentation et auteur de Feu sur le breakfast (Terres urbaines).

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Peu à peu, l'industrie a opéré sa main mise sur le chocolat ou le café pour satisfaire les curiosités nouvelles du XIXe siècle dans les sphères bourgeoises. Les industriels ont ensuite démocratisé ces produits en faisant baisser les prix et en offrant par la publicité ce message selon lequel le petit déjeuner est le repas le plus important de la journée.

Les céréales sont une invention américaine, qui s'est facilement mondialisé dans des pays comme la Russie : mélangées avec du lait, on retrouve ce qui était à la base des repas du matin jusqu'alors, c'es-à-dire les bouillies. Les céréales soufflées sont donc venues offrir à ceux qui avaient connu ces repas consistants du matin de quoi se sustenter suffisamment. 

A chaque fois que s'opère une désynchronisation des modes de vie dominants, comme l'école ou le bureau, les repas changent. C'est ce qui s'est passé avec le confinement : les salariés qui sont chez eux ne se sentent pas contraints de manger avant d'aller au travail. On a alors un nouveau repas : on mange autour de 10h, puis en fin d'après-midi. 

Christian Grataloup, géo-historien, professeur émérite à l'Université Paris-Diderot, auteur de Le monde dans nos tasses (Armand Colin). 

Le petit-déjeuner est une manifestation de la mondialisation européenne : le cacao est américain, le thé asiatique, le café est africain d'origine. C'est un repas né au XVIII e siècle, chez les plus riches, à base de boissons tropicales. Réciproquement, avec la colonisation, les Européens ont diffusé ce repas un peu partout dans le monde. 

Jusqu'au XVIIIe siècle, le déjeuner était le nom qu'on donnait en France au premier repas de la journée. Puis la manière de classer les repas a changé : le dîner, soit le repas du midi, se fractionne en deux et on dit désormais "petit" et "grand déjeuner". Le terme de "petit-déjeuner" a donc une origine parisienne, et il s'est ensuite diffusé dans toute la société. 

Le café est une boisson totalement mondialisée : c'est la boisson la plus bue au monde après l'eau. Boire du café tôt le matin s'est largement diffusée dans le monde, du Japon, à partir de 1945, jusqu'à la Chine. C'est désormais une norme mondiale. 

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Références

L'équipe

Caroline Broué
Caroline Broué
Caroline Broué
Production
Roxane Poulain
Collaboration
Stéphanie Villeneuve
Production déléguée