Le "droit à l'alimentation" est aujourd'hui largement pris en charge par le secteur associatif. ©AFP - Martin Bureau
Le "droit à l'alimentation" est aujourd'hui largement pris en charge par le secteur associatif. ©AFP - Martin Bureau
Le "droit à l'alimentation" est aujourd'hui largement pris en charge par le secteur associatif. ©AFP - Martin Bureau
Publicité
Résumé

Lors du confinement, nous avons vu des files d'attente s'allonger, interminablement, devant les structures d'aide alimentaires. Si l'existence de ces associations qui prennent à leur charge le problème de la faim est nécessaire, est-ce à dire que le "droit à l'alimentation" est garanti en France ?

avec :

Estelle Tsalavoutas (coordinatrice dans la Maison interculturelle de l'alimentation et des mangeurs/euses (Miam), Eric Birlouez (Ingénieur agronome et sociologue de l'alimentation), Guillaume Garot (Député socialiste de Mayenne).

En savoir plus

Depuis plusieurs mois, les associations d’aide alimentaire ont vu leur nombre de bénéficiaires bondir. Du Secours populaire aux restos du Cœur, environ 40% de plus de demandeurs ont afflué par rapport à l’année dernière, si bien qu’en avril, l’Etat a débloqué 39 millions d’euros de plus pour les associations, avant d’ajouter  55 millions pour aider à financer denrées et chèques alimentaires le 1er juillet. Quand on sait qu’en 2018 ils étaient près de cinq millions à avoir recours aux aides, on mesure la gravité et l’importance de ces besoins alimentaires aujourd’hui. C’est pourquoi certains en appellent à la création d’une Sécurité sociale alimentaire : sous quelle forme et à quelle condition ? 

Eric Birlouez, ingénieur agronome et sociologue de l'alimentation : 

Publicité

Aujourd'hui, on peut vraiment parler de fracture alimentaire. Avant la crise, on comptabilisait plus de 5 millions de personnes qui avaient recours à l'aide alimentaire. Il faut bien voir qu'il y a au moins 3 ou 4 millions de personnes en plus dont la situation justifierait un tel recours et qui n'y ont pas accès , pour différentes raisons. 

Il faut réfléchir aux dispositifs d'aide alimentaire, qui peuvent prendre des formes variables. Mais à ces investissements matériels et financiers, il faut pouvoir associer des investissements immatériels, qui relève de la transmission alimentaire. Ce, en associant les individus pour ne pas leur imposer des injonctions, et en les faisant participer à la définition de ce qu'ils veulent manger. 

Guillaume Garot, ancien ministre délégué à l'agro-alimentaire, aujourd'hui député de Mayenne et défenseur d'une "couverture alimentaire universelle" : 

Il y a un vrai problème dans notre pays sur la qualité de l'alimentation. Sur la question de l'accès, j'en viens à la conclusion qu'il faudrait une couverture alimentaire universelle. C'est un droit fondamental et il faut reconnaître la faim comme un risque social, au même titre que la maladie ou le chômage. Pour cela, la première étape est de sortir d'une vision stigmatisante de la faim et de la pauvreté. 

L'objectif est que personne ne soit privé d'être nourri. On voit encore trop d'inégalités entre les enfants qui mangent à la cantine et ceux qui n'y ont pas accès. La première exigence est de garantir des tarifs sociaux, des tarifs solidaires à tous les enfants . C'est déjà un travail énorme, une bataille culturelle à mener. Et puis il faut voir comment garantir l'accès à des paniers repas à l'ensemble de la population qui en a besoin sur un territoire. Et nous pouvons assortir cela d'une pérennisation, avec les bons alimentaires.

Estelle Tsalavoutas, coordinatrice dans la Maison interculturelle de l'alimentation et des mangeurs/euses (Miam) :

L'alimentation a une fonction culturelle, sociale, économique. Une des priorités est que chacun puisse manger à sa faim, avec une alimentation de qualité. Mais il faut que tout le monde puisse participer à la résolution de ce problème. A la Miam, nous nous demandons comment, à l'échelle des habitants, chacun va trouver une porte d'entrée pour participer à la construction d'une société plus juste, en tout cas sur la question alimentaire. 

Pour aller plus loin : 

Références

L'équipe

Caroline Broué
Caroline Broué
Caroline Broué
Production
Portrait de Mattéo Caranta
Portrait de Mattéo Caranta
Mattéo Caranta
Chronique
Pierre Hivernat
Chronique
Roxane Poulain
Collaboration
Stéphanie Villeneuve
Production déléguée