Dessin d'Anaïs Ysebaert, "Les marges du temps 8", 2020
Dessin d'Anaïs Ysebaert, "Les marges du temps 8", 2020 - Copyright Anaïs Ysebaert
Dessin d'Anaïs Ysebaert, "Les marges du temps 8", 2020 - Copyright Anaïs Ysebaert
Dessin d'Anaïs Ysebaert, "Les marges du temps 8", 2020 - Copyright Anaïs Ysebaert
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Le "Phédon" est-il une démonstration de l’immortalité de l’âme ?

Avec
  • Monique Dixsaut Professeur émérite de philosophie antique à l'université Paris 1

Dans le Phédon, Socrate, condamné à mort, s'apprête à boire la ciguë.
Face à la tristesse de ses amis, le philosophe soutient une thèse déconcertante : celui qui s'est exercé à la pensée durant toute sa vie n'est pas inquiet mais plein de confiance au moment de mourir.
Et pour une simple et bonne raison : car philosopher ne consiste en rien d'autre qu'apprendre à mourir, autrement dit, en rien d'autre qu'à exercer de délier son âme de son corps.
Toutefois, persistent plusieurs questions dont celle-ci : que reste-t-il de l'âme après la fin ? Ou plutôt, pourquoi reste-t-il tout de l'âme après la mort ?

L'invitée du jour :

Monique Dixsaut, philosophe, a enseigné la philosophie au lycée et à l'Université Paris I

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La mort à partir de sa définition même

Socrate ne prétend pas qu'il y a une vie après la mort ou que nos âmes iront, pleines de pensées et de souvenirs de leur vie, dans l'Hadès et continueront à se parler, et à survivre, finalement, à vivre ailleurs, mais à vivre. Rien dans le "Phédon" n'est jamais conclusif. La mort commence par y être définie, et Socrate va chaque fois parler à partir d'une de ses définitions possibles : la séparation de l'âme et du corps, puis la destruction, puis finalement la pensée. Le problème, c'est que l'homme est le seul animal qui sache qu'il doit mourir. Et en ce sens, il y a quelque chose de scandaleux qui arrive avec chaque mort singulière. Socrate était là, il va disparaître, dans quelques heures il ne sera plus là. Donc l'écart entre cette loi naturelle à laquelle nous sommes tous soumis, qui ne souffre aucune exception, et la singularité de quelqu'un comme Socrate, justement, qui fait qu'elle ne lui permettra pas d'y échapper, sauf si, malgré tout, quelque chose survit. Mais qu'est-ce qui va survivre ? C'est ça, le problème. Et où est-ce que ça va survivre ? Dans les enfers, au paradis, dans la mémoire des hommes, ou tout ça va sombrer dans l'oubli ?  
Chaque argument essaie de prendre une perspective, d'adopter un point de vue qui est donc celui d'une certaine définition de la mort et, à partir d'elle, de démontrer quelque chose. Mais aucun des arguments ne va démontrer exactement la même chose. Chacun va démontrer une certaine espèce d'immortalité ou d'indestructibilité.  
Monique Dixsaut

Textes lus par Bernard Gabay :

  • Platon, Phédon, éditions GF, traduction de Monique Dixsaut, page 229
  • Platon, Phédon, éditions GF, traduction de Monique Dixsaut, pages 246-247

Sons diffusés :

  • Extrait du film Monty-Python : Le sens de la vie, de Terry Jones, 1983
  • Extrait du film Une vie de chien, de Maurice Cammage, 1943
  • Chanson de fin : Motorhead, Killed By Death

Dessin de Anaïs Ysebaert : Insta @anais.ysebaert

L'équipe

Géraldine Mosna-Savoye
Géraldine Mosna-Savoye
Adèle Van Reeth, directrice de France Inter
Adèle Van Reeth, directrice de France Inter
Adèle Van Reeth
Production
Antoine Ravon
Collaboration
Nicolas Berger
Réalisation
Manon de La Selle
Collaboration
Laurence Malonda
Réalisation
Carla Michel
Collaboration
Anaïs Ysebaert
Collaboration
Jules Barbier
Collaboration