Anne Bouillon
Anne Bouillon - Emilie Sarrazin
Anne Bouillon - Emilie Sarrazin
Anne Bouillon - Emilie Sarrazin
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Qu’est-ce que l’avocate Gisèle Halimi a révolutionné pour la défense des femmes et comment a-t-elle inspiré Anne Bouillon ? Quel est le rôle de l’avocat dans la société ? Peut-il choisir ses combats ? Les mots sont-ils une arme ? Quelle rupture #Metoo a-t-il marqué dans la défense des victimes ?

Avec
  • Anne Bouillon avocate au Barreau de Nantes, spécialisée sur La Défense des femmes

Chaque semaine, dans les Cours particuliers, nous rencontrons une personnalité qui évoque son métier sous l’angle de la pratique… Intellectuel, manuel, artisan, musicien, et aujourd'hui avocate.

L'invitée du jour :

Anne Bouillon, avocate au Barreau de Nantes, spécialisée sur La Défense des femmes 

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Gisèle Halimi, un phare, une force

Gisèle Halimi reste une référence absolue, un modèle indépassable. Je pense que ce qu'elle avait à coeur, c'était de montrer un exemple et d'ouvrir un chemin. Très modestement, moi et beaucoup d'autres avocates, essayons à petits pas mettre nos pas dans les siens et de suivre la route qu'elle a bien voulu défricher. Comment a-t-elle pu investir ce métier qui était à son époque majoritairement pratiqué par les hommes ? Comment est-ce que sa condition de femme lui a été renvoyée pendant son exercice professionnel, et comment elle a pu, paradoxalement, en faire une force ? C'est aussi quelque chose j'essaye de faire dans ma pratique lorsque j'ai pu subir ici et là du sexisme, de la misogynie.    
Anne Bouillon

Les préjugés ont la peau dure

La parole des femmes est complexe à recueillir parce qu'on leur a appris à se taire, à supporter, à ne rien dire. Pour que leur parole soit libérée, recueillie et comprise, ça prend du temps et on part de loin. On pourrait parler de #Meetoo, on pourrait parler de tout ce qui nous occupe, dans l'institution judiciaire sur le traitement des violences faites aux femmes, qui est en marche, en progrès. Gisèle Halimi disait : il n'y a qu'un seul auteur du viol, c'est le violeur. Cinquante ans plus tard, on en est encore là. L'idée de ce que les femmes victimes de violences conjugales, de violences sexuelles, de viols, aient participé ou n'aient pas posé d'actes raisonnables face à ce qu'elles subissent, révèle une méconnaissance crasse de ce que sont les violences domestiques, de ce que sont les mécanismes d'emprises économiques, physiques, moraux, affectifs ; à quel point c'est compliqué pour les femmes de partir, à quel point les portes des commissariats, des gendarmeries et des cabinets d'avocats sont lourdes à pousser, même si les choses évoluent. Tout ça est au travail...    
Anne Bouillon

La justice est genrée

On évolue dans une société extrêmement patriarcale qui non seulement produit de la violence, mais qui utilise la violence comme outil pour s'auto-régénérer. La violence est non seulement la conséquence du patriarcat, mais c'est sa condition sine qua none. Sans violence, le patriarcat s'effondre. La justice n'est donc pas un ilôt paradisiaque arraché à la violence, pour mal citer Bourdieu. Elle est imbibée de réflexes. La lecture de la société par la justice n'échappe pas aux clichés de genre. C'est notre travail de proposer une lecture un peu systémique des choses_._
Anne Bouillon

Sons diffusés :

  • Archive de Gisèle Halimi, émission Le texte à la marge, France Culture, 10 janvier 1974
  • Beth Ditto, Fire
  • Archive Gisèle Halimi au procès de Bobigny, 1972
  • Archive de Robert Badinter, émission Contrechamp, France Culture, 26 novembre 1970
  • Extrait de L’Emprise, téléfilm de Claude-Michel Rome, 2015
  • Bande annonce de Madame porte la culotte, film de George Cukor, 1949

Les livres de chevet d'Anne Bouillon :

  • Le choeur des femmes, de Martin Winckler
  • King Kong Théorie, de de Virginie Despentes
  • L'Abolition, de Robert Badinter

L'équipe