Gaston Bachelard, photographié chez lui à Paris, le 06 novembre 1961
 Gaston Bachelard, photographié chez lui à Paris, le 06 novembre 1961 ©AFP
Gaston Bachelard, photographié chez lui à Paris, le 06 novembre 1961 ©AFP
Gaston Bachelard, photographié chez lui à Paris, le 06 novembre 1961 ©AFP
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Coins, tiroirs, armoires, nids et coquilles, d'où est venue l'idée à ce philosophe des sciences qu'est Gaston Bachelard, de s'intéresser à tous ces espaces rêvés ?

Avec
  • Vincent Bontems philosophe des sciences et des techniques, chercheur au CEA (commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives)

En quoi ces différents espaces sont-ils des espaces heureux, là seul où l'on peut trouver le repos et échapper à toute géométrie ? Exploration de la maison et de la topophilie de Gaston Bachelard avec Vincent Bontems.

Le texte du jour

La maison est notre coin du monde. Elle est (…) notre premier univers. Elle est vraiment un cosmos. Un cosmos dans toute l'acception du terme. Vue intimement, la plus humble demeure n'est-elle pas belle ? Les écrivains de l'humble logis évoquent souvent cet élément de la poétique de l'espace. Mais cette évocation est bien trop succincte. Ayant peu à décrire dans l'humble logis, ils n'y séjournent guère. Ils caractérisent l'humble logis en son actualité, sans en vivre vraiment la primitivité, une primitivité qui appartient à tous, riches ou pauvres, s'ils acceptent de rêver. (…) Par les songes, les diverses demeures de notre vie se compénètrent et gardent les trésors des jours anciens. Quand, dans la nouvelle maison, reviennent les souvenirs des anciennes demeures, nous allons au pays de l'Enfance Immobile, immobile comme l'Immémorial. Nous vivons des fixations, des fixations de bonheur. Nous nous réconfortons en revivant des souvenirs de protection. Quelque chose de fermé doit garder les souvenirs en leur laissant leurs valeurs d'images. Les souvenirs du monde extérieur n'auront jamais la même tonalité que les souvenirs de la maison. En évoquant les souvenirs de la maison, nous additionnons des valeurs de songe ; nous ne sommes jamais de vrais historiens, nous sommes toujours un peu poètes et notre émotion ne traduit peut-être que de la poésie perdue.

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Gaston Bachelard, La Poétique de l’espace, [1957], PUF, 1974. P.24-25

Lectures

Gaston Bachelard, La Poétique de l’espace, chapître I, [1957], PUF, 1974. P.24-25

Gaston Bachelard, L’Air et les songes, 1943, José Corti, 1994. P.18: imagination et mobilité

Gaston Bachelard, La Poétique de l’espace, Chapître VIII [1957], PUF, 1974    

Lectures cette semaine: Vincent Schmitt

Extraits

Archive Bachelard : documentaire d’Hubert Knapp et Jean-Claude Bringuier, Cinq colonnes à la une, 1961

Archive Bachelard : entretien avec Paul Chavasse, RDF, 21/02/1959

Références musicales

Sylvie Vartan, Tout au fond des tiroirs

Quatuor Schoenberg, Ainsi la nuit: miroir d’espace

Bruno Letort, L’Atelier de Gerome

Van Dyke Parks, The attic

Album CD « Causeries » de la collection Les Grandes Heures Radio France / Ina 

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