Basic Instinct, briser la glace avec Sharon Stone : épisode 3/4 du podcast Paul Verhoeven, cinéaste de l’ironie

Sharon Stone dans "Basic Instinct", 1992
Sharon Stone dans "Basic Instinct", 1992 - Studio Canal
Sharon Stone dans "Basic Instinct", 1992 - Studio Canal
Sharon Stone dans "Basic Instinct", 1992 - Studio Canal
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Quand deux criminels se rencontrent, un flic à la gâchette facile et une écrivaine serial-killeuse, cela donne Basic Instinct, le 3ème film américain de Verhoeven. Comment le regard de l'écrivaine se meut-il dans celui du cinéaste et subvertit les clichés de l'écrivaine vue par le cinéma masculin ?

Avec

Basic Instinct sort en 1992, il s'agit du troisième film américain de la carrière du cinéaste Paul Verhoeven.
À la fois femme fatale et écrivaine voyante, corps désiré et regard désirant, Catherine Tramell, incarnée par Sharon Stone, est devenue une icône du thriller érotique. Et "écrire, c'est apprendre à mentir", nous dit-elle : quel est le sens de cette phrase ?

L'invitée du jour :

Hélène Frappat, écrivaine et critique de cinéma

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Une variation de "Vertigo"

"Basic Instinct" est une variation autour de "Vertigo" de Hitchcock, mais Verhoeven le révolutionne de l'intérieur : il donne à Sharon Stone les codes vestimentaires de Kim Novak, mais il n'y a plus de gaslighting (entreprise de démolition de l'héroïne) : Sharon Stone, Catherine Tramell dans le film, est décidée à ne pas se marier, à ne plus du tout subir toute forme d'oppression, de violence, et que s'il y a violence, elle en sera l'auteur. En gros, Kim Novak est l'actrice vue par Hitchcock, quand dans le film de Verhoeven, c'est l'écrivaine, c'est Sharon Stone qui voit, elle est en rivalité directe avec le cinéaste en tant qu'elle a le regard.                                
Hélène Frappat

Le mensonge de la fiction ne simule pas

Le film "Elle" de Verhoeven exprime le fait que la simulation est l'une des conditions sociales de la vie de la femme en société, qui doit, d'une manière ou d'une autre, faire semblant : simuler l'orgasme, le sourire, le fait d'être contente d'être payée moins 25% que les hommes, etc. Mais dans "Basic Instinct", on est dans la fiction, et le mensonge de la fiction n'est pas de la simulation. Philosophiquement, il faut vraiment comprendre qu'il y a une différence. Quand on est dans l'espace de la simulation, on est encore évidemment dans l'espace de la domination masculine.      
Hélène Frappat

Une scène culte qui échappe au male gaze (regard masculin)

Ce qui est extraordinaire dans la scène de l'interrogatoire, c'est que Sharon Stone subvertit, échappe à ce qu'on appelle le male gaze. Même si des policiers ballots sont en train de la mater, dépassés par la situation, le spectateur ne fait pas partie de ce point de vue-là, il n'est pas au milieu de ces policiers qui pourraient se rincer l'œil. On a cette femme qui va montrer sa chatte, vraiment, en écartant les jambes, plusieurs fois. Cette femme exceptionnellement belle et sexy. Et en fait, on est comme face au tableau de Courbet, "L'origine du monde". Son sexe nous regarde, il y a une dimension hypnotique de voir ce sexe féminin montré avec désinvolture, et en même temps il est là, il nous fixe et c'est elle qui nous regarde. Elle a le regard, comme un cinéaste a le regard, et c'est aussi un autoportrait de Verhoeven qui se fixe, se décrit lui-même en tant que cinéaste, à travers une femme qui possède le regard.          
Hélène Frappat

Texte lu par Bernard Gabay :

  • Jean-Paul Sartre, L’être et le néant, troisième partie Le pour autrui, Chapitre 4 Le regard, 1943, éditions Gallimard

Sons diffusés :

  • Extraits du film Basic Instinct, de Paul Verhoeven, 1992
  • Chanson de fin : Chris Rea, Looking for the Summer

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