"The Dark Knight Rises", de Christopher Nolan (Christian Bale incarne Batman) - Copyright Warner Bros. France
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Résumé

Le dernier Batman de Nolan sort en 2012, et fait écho au mouvement Occupy Wall Street. Si Batman n’a pas de superpouvoir, il a pour lui son humanité et ses valeurs, et cherche un retour à l’ordre : mais la justice est-elle toujours du côté de l’ordre ? Etre du côté de la loi, est-ce forcément réac ?

avec :

Richard Mèmeteau (professeur agrégé de philosophie).

En savoir plus

Le 30 mars 1939, dans un numéro de la revue dessinée Detective Comics, le dessinateur Bob Kane et le scénariste Bill Finger donnent le jour à un nouveau personnage : The Batman, l’homme chauve-souris…

Il entre ainsi dans la Justice League créée par les DC Comics, aux côtés de son double solaire, Superman. Mais contrairement à celui-ci, il n’a aucun superpouvoir, ce qui ne l’empêche pas de traverser l’histoire à travers de nombreuses séries et adaptations télévisuelles et cinématographiques avant de faire l’objet d’un triptyque réalisé par Christopher Nolan entre 2005 et 2012.

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Alors Batman est-il un superhéros ou un homme ordinaire ? Lui, que l’on présente comme le justicier par excellence n’a-t-il pas tout intérêt à maintenir un ordre établi dont il tire tous les bénéfices ? Pourquoi s’identifie-t-on aussi facilement à des personnes qui nous ressemblent si peu ? Si notre besoin de héros est impossible à rassasier, qu’est-ce qu’un bon héros ?

L'invité du jour :

Richard Mèmeteau, philosophe et auteur de Pop culture : Réflexions sur les industries du rêve et l'invention des identités, aux éditions Zones

Un héros contradictoire

Il y a deux méthodes de venir en aide aux plus démunis. Celle de Bruce Wayne d'un côté et celle de Batman de l'autre.
Sa première méthode consiste à combattre violemment le crime. Mais dans d'autres récits, et notamment dans le Batman de Nolan, il essaye également d'aider économiquement les plus pauvres...

"Il y a quelque chose à la Dickens : les enfants perdus deviennent des criminels. Il y a alors cette tentation de revenir à ce qui serait le nerf de la guerre, et Nolan prend ce parti-là : l’économie. Comment investir pour sauver une cité et faire en sorte qu’il y ait moins de criminalité ? On est vraiment dans un principe de justice qui serait celui qu’on connaît, celui de la redistribution. Mais, aussi parce que c’est un chevalier noir, Batman ne fait pas qu’aider les plus pauvres en leur donnant de l’argent, il venge, il a son propre code moral qui n’est pas forcément celui de la justice et sa posture est donc contradictoire : d’un côté il reconnaît l’importance de faire des lois ; de l’autre, il reconnaît que le système est corrompu de façon récurrente et il va devoir suivre son propre code au-delà des lois avec le risque d’être pris pour un hors-la-loi…"
Richard Mèmeteau

À réécouter : Que fait la police ?

Doit-on employer des moyens illégaux pour obtenir une loi juste, et la faire respecter ?

C’est la question que pose David Graeber, un anthropologue à l’origine du mouvement Occupy Wall Street. "The Dark Knight Rises" sort en 2012, et fait écho à ce mouvement. Il se sent interpellé par le film puisqu'il met en scène une révolte populaire, celle qu’aurait peut-être voulue David Graeber. Dans cette révolte populaire, avec un flot d’anarchistes qui inondent Gotham et détruisent tout, Graeber se demande ce que peut faire le superhéros dans ce moment de révolution. Batman ne retomberait-il pas dans cette pensée archaïque qui consiste simplement à lutter contre toute forme de changement et défendre systématiquement le statut-quo ? Est-ce que la justice est forcément du côté de l'ordre ? Est-ce que parfois la justice n'est pas l'alibi pour mieux maintenir des inégalités ?

Batman, réac ?

Batman serait un héros réactionnaire au sens propre puisqu'il réagit à un désordre systématiquement causé par des criminels ou des fous, et doit simplement faire regagner sa tranquillité aux rues de Gotham. Il ne ferait que réagir sans vraiment proposer quelque chose qui modifierait totalement le rapport entre les riches et les pauvres.
La trilogie Batman hésite sur les valeurs que porte le personnage...

"C'est un reproche que Graeber lui fait, sur une sorte de position très réactionnaire, très conservatrice, qui consiste à dire le monde est corrompu, et qu'il doit chasser tous ces criminels violents et anarchistes sans s’attaquer aux racines". Richard Mèmeteau

Sons diffusés :

  • Archives de Christopher Nolan, 13/05/2018, France Inter
  • Chanson de Snoop Dogg, Batman and Robin
  • Extraits du film The Dark Knight Rises, de Christopher Nolan, 2012
  • Archive Occupy Wall Street
  • Extrait du Prince, de Machiavel, éditions puf, lu par Adèle van Reeth
  • Chanson des The Who, Batman and Robin