Bernard Stiegler  ©Radio France
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Résumé

Bernard Stiegler a découvert la philosophie en prison, et depuis, n'a eu de cesse de la transmettre, dans des ouvrages ou dans la création d'une école de philosophie : "Pharmakon". Spécialiste de la technique, il questionne les enjeux des mutations de nos sociétés engendrées par le numérique.

avec :

Bernard Stiegler (philosophe, directeur de l'Institut de recherche et d'innovation (1952-2020)).

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Etre philosophe, est-ce un métier ? est-ce une vocation ? Comment se fabrique un concept ? Et quel est le rôle du philosophe dans la cité ?

Bernard Stiegler est le fondateur d’un groupe de réflexion philosophique créé en 2005 : Ars industrialis, dans lequel il en appelle à une nouvelle manière de penser notre rapport à la technique et en particulier aujourd’hui aux algorithmes. Depuis 2006 il dirige l’Institut de recherche et d’innovation qu’il a créé au Centre Pompidou ainsi que l’école de philosophie d’Epineuil, Pharmakon, qui offre des cours de philosophie à suivre sur place ou en ligne. Il a écrit 35 livres et le dernier en date s’appelle Bifurquer (éditions des Liens qui libèrent).

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L'invité du jour :

Bernard Stiegler, philosophe retraité de l’université de Compiègne-utc, enseigne la philosophie en Chine à l’université de Nanjing et à l’école d’art de Hangzhou, président de l’IRI (institut de recherche et d’innovation) et président de l’association des amis de la génération Thunberg

Pratiquer la philosophie en philosophe

En prison, j’ai commencé à pratiquer la philosophie comme je crois doivent le faire les philosophes. Je pense qu’on peut étudier l’histoire de l’art sans se vouloir artiste, je ne crois pas qu’on puisse étudier la philosophie de l’extérieur sauf à faire ce qu’on appelle l’histoire des idées… il faut se mettre sur le même plan que celui qu’on lit, on tente d’en refaire l’expérience de pensée, d’abord on lui fait crédit sur ce qu’il dit : il faut dire oui à ce qu’on est en train de lire, c’est ma position dans la vie… et en philosophie c’est une position requise.                        
Bernard Stiegler

L'expérience du silence

Pendant des années, en prison, j’étais enfermé avec moi-même, je ne pratiquais que l’écriture. Un des aspects très importants pour moi de l’expérience carcérale c’est l’expérience du silence absolu. Ça m’est arrivé de rester silencieux pendant des mois, sans dire un mot. J’y ai découvert un phénomène qui, je crois, a peu été étudié par les philosophes, davantage par les religieux, et parfois par des philosophe religieux comme saint Augustin : l'expérience du silence dans lequel tout à coup, ça se met à parler.                        
Bernard Stiegler

Soigner ce qui est menaçant dans la technique

Trump semble chercher la guerre civile : pour en être arrivé là, il faut vraiment que l’humanité soit tombée très bas dans ce que j’appelle la “dénoétisation”. Je crois que le rôle de la philosophie, et plus largement des savoirs, même des savoirs empiriques y compris le savoir de la mère par rapport à l’enfant, c’est toujours de cultiver la possibilité de penser par soi-même et soigner ce qui, dans la technique, est toujours menaçant, et qui le sera toujours, car la technique ne peut pas être bonne.                        
Bernard Stiegler

Combattre la toxicité de la technologie en se l'appropriant

Rien n’est plus effrayant aujourd’hui que la gouvernementalité algorithmique et cependant je pense que l’humanité ne peut pas éviter de développer des moyens qui passent par la cybernétique. Je pense qu’il ne faut pas rejeter ces techniques mais il faut les critiquer, ce qui ne veut pas dire simplement les dénoncer mais les transformer. "Stopcovid" est une application qui pose beaucoup de problèmes, et m’en pose à moi aussi… Quand on veut combattre le côté toxique d’une technologie, il faut commencer par se l’approprier…                        
Bernard Stiegler

Sons diffusés :

  • Musique The shoes of the fisherman's wife are some jive ass slippers de Charles Mingus (Album Let my children hear music)
  • Archive de Jacques Derrida, émission Le bon plaisir du 22/03/1986, France Culture
  • Archive de Michel Onfray, émission L'université populaire de Caen du 28/07/2003, France Culture
  • Extrait du film Le vent se lève de Hayao Miyazaki
  • Discours de Edouard Philippe du 28 mai 2020
  • Impromptu n°1 en ut mineur (Allegro molto moderato), de Franz Schubert et interprété par Christoph Eschenbach
Références

L'équipe

Adèle Van Reeth, directrice de France Inter
Adèle Van Reeth, directrice de France Inter
Adèle Van Reeth
Production
Clara Degiovanni
Collaboration
Thomas Beau
Réalisation
Géraldine Mosna-Savoye
Géraldine Mosna-Savoye
Géraldine Mosna-Savoye
Production déléguée
Nicolas Berger
Réalisation
Isis Jourda
Collaboration
Manon de La Selle
Collaboration
Laurence Malonda
Réalisation
Anaïs Ysebaert
Collaboration