Portrait d'Arthur Schopenhauer
Portrait d'Arthur Schopenhauer
Portrait d'Arthur Schopenhauer
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Résumé

On connaissait Schopenhauer pour sa misanthropie, on le connaît un peu moins pour son amour de la morale.

avec :

Christophe Salaün (professeur de philosophie au lycée au lycée Darius Milhaud au Kremlin-Bicêtre).

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Schopenhauer est bien ce même philosophe qui  incite les hommes à faire preuve à la fois d'égoïsme et de pitié. L'égoïsme s'oppose-t-il forcément à la morale? Contre le bon sens, la morale pratique. 

Le texte du jour

« Il n'est rien qui soulève jusque dans ses profondeurs notre sentiment moral autant que la cruauté. Toute autre faute, nous pouvons la pardonner ; la cruauté, jamais. La raison en est que la cruauté est précisément le contraire de la pitié. Venons-nous à apprendre quelque acte de cruauté, comme est celui-ci dont les journaux viennent de nous apporter la nouvelle, d’une mère qui a tué son petit garçon, un enfant de cinq ans, en lui versant dans le gosier de l’huile bouillante, et son autre enfant, plus petit encore, en l'enterrant tout vif ; ou cet autre, qu’on nous annonce d’Alger : une dispute suivie de rixe entre un Espagnol et un Algérien, et où celui-ci ayant eu le dessus, brisa à son adversaire la mâchoire inférieure, la lui arracha net, et s'en alla avec ce trophée,  laissant là l’autre qui vivait encore ; — aussitôt nous voilà saisis d’horreur ; nous nous écrions :  « comment peut-on faire de pareilles choses ? » Et quel est le sens de cette question ? Celui-ci peut-être : Comment peut-on redouter aussi peu les châtiments de la vie future ? — L’interprétation est difficile à admettre. — Ou bien celui-ci : Comment peut-on agir d'après une maxime aussi peu propre à devenir la loi générale de tous les êtres  raisonnables ?  — Pour cela,  non. — Ou bien encore : Comment peut-on négliger à ce point sa propre perfection et celle d'autrui ? — Pas davantage. — Le sens vrai, le voici à n’en pas douter : Comment peut-on être à ce point sans pitié ? C’est donc quand une action s'écarte extrêmement de la pitié, qu’elle porte comme un stigmate le caractère d'une chose moralement condamnable, méprisable. La pitié est par excellence le ressort de la moralité. »

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Schopenhauer, Le Fondement de la morale, 1840, § 19, éd. Aubier, p.147

Lectures

Schopenhauer, Pensées et fragments (N.401), trad. Alcan, parfois publié dans les Parerga et paralipomena, 1851

Schopenhauer, Le Fondement de la morale, 1840, § 19, éd. Aubier, p.147

Schopenhauer, Le Monde comme Volonté et comme Représentation,  1819, § 68

Extraits

Le Brio, film réalisé par Yvan Attal (2017)

"Schopenhauer, L’art d’avoir toujours raison", lu par Didier Bourdon (Frémeaux & Associés)

Références musicales

Jean-Jacques Goldman, Je marche seul

Stéphane Haeri, Eastern thoughts

Rossini, Péchés de vieillesse

Jean Wells, Have a little mercy

Références

L'équipe

Adèle Van Reeth, directrice de France Inter
Adèle Van Reeth, directrice de France Inter
Adèle Van Reeth
Production
Claire Perryman-Holt
Collaboration
Géraldine Mosna-Savoye
Géraldine Mosna-Savoye
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Production déléguée
Nicolas Berger
Réalisation
Olivier Bétard
Réalisation
Marianne Chassort
Collaboration
David Pargamin
Collaboration