De la multitude au peuple...
De la multitude au peuple... ©Getty - portishead1
De la multitude au peuple... ©Getty - portishead1
De la multitude au peuple... ©Getty - portishead1
Publicité

Qu'est-ce qu'un peuple ? Comment passe-t-on de la foule à la multitude, et de la multitude au peuple ? Qui en décide ? Quel est son pouvoir ? "Du Contrat social" de Rousseau soulève ces questions. Les réponses qu'il apporte sont nouvelles et irriguent encore aujourd'hui la pensée politique.

Avec

Tout au long de sa vie, le philosophe Jean-Jacques Rousseau (1712-1778) établit une pensée politique autour d’un système d’idées portées par la question de nature humaine et sur les transformations qui l’ont amenée à son état actuel.
Dans la France de la première moitié du XVIIIème siècle, Jean-Jacques Rousseau critique l’émergence d’une économie politique et ce qu’elle entraîne, l’inégalité.
En 1762, il fait paraître Du Contrat social, un livre fondé sur l'idée que l’homme est libre par nature et que la société contemporaine est une forme d’esclavage, rendant les hommes dépendants les uns des autres, assujettis aux pouvoirs.
Rousseau questionne : cet assujettissement est-il légitime ? Existe-t-il une autorité légitime parmi les hommes ? Comment vivre avec les autres ? Qu'est-ce qu'un peuple ? Comment bâtir une société où les hommes seraient libres, mais soumis à des lois communes ?
La Révolution française fera l’écho de sa philosophie politique et des questions qu’elle a soulevées.

L'invité du jour :

Frédéric Brahami, directeur d’études à l’EHESS (Centre Raymond Aron)

Publicité

Rousseau, penseur de l’institution politique du peuple

Rousseau n’est pas véritablement dans le "Contrat social" un penseur de l’insurrection ni de la révolte. Au début du texte, il dit que quand un peuple est soumis ou assujetti à un tyran ou à un régime non libre, s’il se révolte, c’est tant mieux. Dès qu’il peut se révolter, il fait bien puisqu’il se libère d’un esclavage.    
Mais cette révolte ne suffit certainement pas à instituer le peuple en tant que peuple.    
Dans le "Contrat social", Rousseau est un penseur de l’institution politique du peuple et le schéma à partir duquel il réfléchit n’est certainement pas un schéma insurrectionnel ou révolutionnaire mais plutôt un schéma de l’auto-institution ou de l’auto-constitution du peuple par lui-même à partir d’une situation où il n’est même pas évident qu’il y ait société antérieure ou groupement ; dès le début du "Contrat social", il dit qu’il suppose que les hommes sont parvenus à un point où ils ne peuvent plus survivre s’ils en restent là où ils en sont et donc où les obstacles l’emportent sur les forces que chaque individu peut employer pour se maintenir dans cet état.    
Rousseau va construire le peuple à partir de l’individu et non pas à partir des groupes, ou des hordes, ou de proto-sociétés. Dans le "Contrat social" il pense le peuple à partir d’une situation anthropologique où les individus, chacun, ne peut plus survivre seul, où il va falloir s’associer pour survivre.    
Frédéric Brahami

Pourquoi la notion de peuple est-elle indispensable à Rousseau pour proposer le "Contrat social" ?

Rousseau dit qu’il n’y a de souveraineté légitime que du peuple partout où ce n’est pas le peuple qui est souverain : on n’a pas alors un peuple mais un maître et des esclaves. Donc le concept de peuple, c’est-à-dire le concept de public, de République, le concept de peuple comme entité politique est absolument constitutif de sa réflexion politique. Il n’est pas possible de penser le politique sans comprendre l'acte par lequel un peuple est un peuple…    
Frédéric Brahami

Sons diffusés :

  • Chanson de John Lennon, Power To The People
  • Extrait du Contrat social de Rousseau, Livre I, chapitre 5, éditions Flammarion GF, lu par Denis Podalydès
  • Extrait du Contrat social de Rousseau, Livre II, chapitre 8, éditions Flammarion GF, lu par Denis Podalydès
  • Extrait d'un journal de France Inter daté du 10 octobre 2017 à l'issue du référendum sur l'indépendance de la Catalogue, organisé par Carles Puigdemont
  • Montage de Thomas Beau : révolution française vs grand débat
  • Musique de Nicolas Jarre
  • Musique de fin : Le Grand Kallé et l'African Jazz, Indépendance cha cha

Texte lu par Pierre Rochefort :

  • Extrait de L'Education sentimentale de Flaubert, troisième partie, éditions Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade

L'équipe